Je t'aime à en mourir

Poème du jour : Je t'aime à en mourir 

Par : Gaëtan Parisi
suspension cœur en bois amour de poésie
Gaëtan Parisi dans Je t'aime à en mourir 
Je me suis perdu 
Dans une prairie d'étoiles.
Aujourd'hui l'herbe ne pousse plus.
La lumière se couvre d'un voile.
Au fond d'un trou 
J'ai pris place.
Je n'ai plus l'audace  
D'attendre ton retour.
Mille fois j'ai du le dire 
Je meurs d'aliénation 
Fou de ma passion 
Je tombe 
Dans la nuit 
La nuit profonde est ma tombe 
Je succombe à ma douleur 
Merci pour le dernier bouquet de fleurs 
L'amour ne peut vivre 
Dans les pages blanches d'un livre 
J'ai pleuré ton absence 
Ton indifférence  
Je t'ai offert ma soumission 
Jusqu'à la déraison  
Alors je pars 
Puisque tu es partie  
J'assume la déshérence 
L'errance 
J'endosse la veste de coutil 
De l'exil  
Il me mène à l'opposé 
De là où il est bon d'exulter 
Face au jet ondulant 
Du désert blanc 
Je n'entends plus le vent 
Le froissement de l'océan 
Le murmure des arbres géants 
Légers comme les vagues du firmament  
Je n'entends plus la houle 
De pleine mer 
Qui roule  
Roule 
Roule  
Avec le souffle de l'air 
Sous un ciel indifférent.
Mort 
Je vis  
Le sceau invisible du temps 
Il cerne mes pensées 
Il calme mes baisers 
Il panse mes plaies 
Voilà le sort  
Du corps.
Rester sourd  
Aux crevasses du cœur.
Le ciel se voûte 
Avec les fantômes de la matière 
L'âme écoute  
Ces silences de terre 
Dans ce cimetière humain 
Où est le chemin 
Ma route s'arrête  
Entre rien 
Et rien 
Je suis ankylosé 
De fantasmes 
De rancœurs 
De regrets  
Noyé 
De miasme 
Je me souviens  
Enfin 
Non plus de nos bavardages 
Non plus de ta jeunesse 
Non plus de ton visage  
Ni de tes caresses 
Seulement  
Je me souviens 
D'une blessure 
Un goût de neige sûre 
Un vol de corbeaux 
Un barbelé sur ma peau 
Surpassez votre phobie du néant 
Ne laissez pas les questions s'éteindre en dedans 
L'être aura accès aux prothèses de l'oubli 
Aux antithèses de l'ennui 
J'ai entendu les prières des sages 
Voler jusqu'à mon trépas 
Pour ressusciter mon pas 
Pour raviver ma foi 
En toi 
Que je ne connais pas 
Qui tue 
Et puis redonne la vie 
Je dois gravir les montagnes 
Serrer des mains dans la rue  
Me hisser hors du crépuscule 
Mon âme bascule 
J'atteins 
Le secret divin 
De la résurrection  
L'aube est magnifique 
J'entends des cantiques 
Les anges s'habillent de couleurs 
Je respire l'éther du bonheur 
Le ciel est clair 
L'éclair 
Le soleil 
M'inondent de lumière 
Le vin coule des aiguières 
Bonjour 
Je t'aime à en mourir 

L'Analyse : 

Comme je l’ai dit maintes fois dans plusieurs commentaires sur des poèmes traitant le thème de l’amour, ce sentiment appartient à la même zone dans la psyché humaine que la mort et la folie. 

Pour cette raison, rien d’étonnant de voir ce trio évoqué côte à côte dans ce poème (je t'aime à en mourir - fou de ma passion).D’abord, Freud a démontré le lien étroit entre l’amour et l’instinct de mort qui crée dans le corps humain une sorte de nostalgie voluptueuse de son origine lointaine : la terre .Ensuite, il a en commun avec la folie une grande part d’irréel et de fantastique. De ce fait, on ne peut parler de vrai amour s’il n’est pas « fou », sinon il ne peut être que de l’admiration ou de l’amitié ou même un égoïsme camouflé. Et ce caractère déraisonné est d’autant plus fort lorsque l’amour est unilatéral, soit dès le début, soit à la suite d’une rupture d’un seul côté, comme c’est le cas dans ce long poème où l’accent est intensément mis, par le locuteur lui-même, sur l’ébranlement dont était l’objet son dispositif affectif, à cause du départ définitif de sa bien-aimée (tu es partie).

Ceci, en bref, est le noyau sémantique duquel a été généré le texte. Quant à la façon avec laquelle le poète l’a traité, il a usé de deux procédés concomitants : le premier est la division temporelle de son état d’âme et d’esprit en deux phases opposées (l’abattement à l’avant-mort / le bien-être à l’après-mort ) et le second est l’amplification à l’extrême de ce même état au cours des deux phases , tout en déployant de grands efforts de métaphorisation, du début du poème jusqu’à sa fin , nous gratifiant dans de très belles images telles que « je me suis perdu dans une prairie d'étoiles - face au jet ondulant du désert blanc -le murmure des arbres géants légers comme les vagues du firmament - rester sourd aux crevasses du cœur. Le ciel se voûte avec les fantômes de la matière…). Bravo Gaëtan !
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