L'automne fait son entrée

Le soleil s'incline il fait sa révérence 
à nouveau il décline ce que le ciel lui offre 

Peu importe ce qui brille il ne regarde pas 
Peu importe l'étoile elle ne l'intéresse pas

Il se contente de peu mais le ciel est gourmand 
Un paradis pour deux ne se construit pas de vent 

Il lui faut un soleil et des nuits pleins d'étoiles 
Il lui faut plus qu'un rêve qui soit réalisable

L'automne fait son entrée avec son lot de perte 
Les feuilles mortes jonchées dans toutes ses rues désertes 

Les rayons du soleil ne réchauffent plus les cœurs
Ils se cachent et s'éloignent et raccourcissent les heures

Lorsqu'a nouveau le gel cristallisera de glace 
Les matinées de brume qui voilent tout l'espace 

le froid de son manteau recouvrira l ´absence
Hibernera à jamais le cœur de l’innocence

feuilles de l'automne et d'amour

Tous droits réservés Judith Pitussi 

Depuis le passage du mode de production basé sur la cueillette et la chasse à la sédentarisation autour des grands cours d’eau il y environ sept mille années , l’Homme s’est accommodé progressivement aux spécificités de chaque saison , en adoptant un ensemble de conduites appropriées .Et c’est ainsi que l’entrée de l’automne marque, déjà depuis longtemps et pour la société toute entière , le début d’un cycle nouveau ( labourage et semence pour le cultivateur- rentrée scolaire pour les enseignants et les élèves – fin des vacances pour les politiciens , les magistrats et la majorité des fonctionnaires …etc. ) .Cependant , ce contexte est perçu différemment par les artistes et les poètes qui, grâce à leurs capacités imaginatives hors du commun et leur sensibilité effilée ,sont portés naturellement à s’introduire dans l’essence même de cette saison pour y dégager les traits voilés que ne peut voir l’homme commun .Partant de cet état d’esprit, la poétesse entrevoit toute une trame de relations entre deux grands éléments constitutifs de notre système solaire :le soleil et le ciel .Et de ce noyau sémantique, elle a généré une série d’images correspondant aux principaux changements qui se produisent dès l’arrivée de cette saison (le soleil s'incline, se contente de peu - les rayons du soleil ne réchauffent plus les cœurs ,ils se cachent et s'éloignent et raccourcissent les heures - les feuilles mortes jonchées dans toutes ses rues désertes ).

Les aspects extérieurs sont évidemment visibles pour tout le monde mais les relations qu’entretiennent le soleil et le ciel ne sont perceptibles que par un œil d’artiste , ce qui explique ce besoin de les décrire par le biais de la personnification (fait sa révérence - décline ce que le ciel lui offre - ce qui brille il ne regarde pas - l'étoile elle ne l'intéresse pas - ciel est gourmand ) en plus de cette dose d’émotivité qui traverse le texte de bout en bout (un paradis pour deux - il lui faut plus qu'un rêve qui soit réalisable - ne réchauffent plus les cœurs - Hibernera à jamais le cœur de l’innocence ). 

Un poème émouvant , dénotant une certaine nostalgie existentielle née de l’éternel étonnement de l’être humain devant les changements cycliques de la nature .

Un bon poème inspiré de la saison en cours .A lire et à relire Bravo Judith !