Réincarnation

Réincarnation
Par : +Wafae Abid 

L’ombre aveugle circule 
Sur les frontières de ton cœur 
L’obscur s’étale sur ton deuxième visage

Quand le temps dépouille 
Ton cadavre de son odeur 
Tu n’as que chercher le fossé 
Du néant 
Quand les incendies comblent 
Ta vie de cendres 
Tu n’as que rafraîchir la brise 
De l’enfer

Ta pensée bouillonne 
Comme un volcan renaissant 
Qui cherche la fraîcheur des corps 

Ton corps abandonne la fuite 
Car ton regard 
Admire ce spectacle pathétique 
Il se ranime…

Ne touche pas au soleil 
Le monde s’éteindra

Un poète pense
Réincarnation

Le style de l’auteure de ce poème se caractérise par l’usage à fond de la technique du clair/obscur dont l’avantage est l’intensification du pouvoir suggestif des mots, en faisant fleurir à chaque pas une image ambigüe résonnant de plus d’un sens, comme nous le remarquons dans ce nouveau poème assez concis où le lecteur ne dispose d’aucun indice pour déterminer si l’allocutaire (personne à qui s'adresse le message linguistique. Larousse) est féminin ou masculin ou encore plus si la locutrice s’adresse ou non par ce « tu » à sa propre personne. Néanmoins le noyau sémantique du texte, si son essence, du fait de cette ambigüité, est nébuleuse , son aspect général présente, par contre, une structure binaire claire ( agresseur/agressé ) :le premier élément bien que la poétesse n’avance aucune information sur son identité, le genre d’actions qu’il accomplit l’assimilerait au Destin dont la cruauté à l’égard des humains n’a aucune limite et qui se plaît à s’acharner contre eux sans pitié et avec une méchanceté inégale ( l’ombre aveugle circule sur les frontières de ton cœur l’obscur s’étale sur ton deuxième visage - le temps dépouille ton cadavre de son odeur - les incendies comblent ta vie de cendres…).Ce qui fait de ce « tu » un vrai antihéros (ou héros lunaire) puisqu’il se contente d’encaisser les coups sans la moindre réaction défensive ou même sans essayer de les esquiver, consentant ainsi à être une victime. Bien plus, un minime indice situé à l’avant-dernière strophe révèle chez lui un masochisme, du moins ce qu’a semblé voir la locutrice (ton regard admire ce spectacle pathétique) et ce sentiment pathologique est l’aboutissement d’un processus qui a débuté par une fuite compensatoire (ta pensée bouillonne comme un volcan renaissant qui cherche la fraîcheur des corps - ton corps abandonne la fuite ).Un autre indice fait penser que le poème aborde la question existentielle et ô combien problématique de la situation de l’Homme dans l’univers (tu n’as que chercher le fossé du néant ) .Ce qui montre qu’il se prête à plus d’une lecture .Un autre poème bien réussi Wafae ! Félicitations !

Beau texte renvoi à une réflexion de René Char la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil avec une très belle illustration