Vestiaire d'automne

La trahison 
plus haute que le mensonge …

Abîmées, les lumières. 
Arrêtées, les possibles civilisations …

Interdites, les bâtisses 
et sombres, les murs de révolutions …

S’en suit le viol de la liberté 
aux noms si simples 
des guerres voulues.

Aux marches fugitives 
jusqu’aux frontières d’Orient.

Voici la Syrie et ses sœurs 
à souffrir la trace assassine.

À l’exil des frères,
se dénonce le monde impuissant.

Les cœurs vont pleurer 
là, aux déserts …

De grands oiseaux 
sur les sables bruns 
dessinent les nouvelles ombres 
de la paix dépeinte

et si seule, au loin 
des lumières épuisées.

Il se peut que les assassins 
s’arrangent d’autres tranchées.

Là, si prêt des gorges 
historiques des cris 
de passion révoltée !

Au loin, des mirages 
invisibles et secrets 
comme si rien n’était.

Il y a un décor 
aux silencieux murs 
du monde.

Le Poète
Copyright © Patrick Berta Forgas & N.A.D.A

Rarement l’auteur de ce poème spécifie les lieux où se déroulent les événements dont il parle ou les personnes qui y prennent part, du fait que sa vision tente d’approcher l’âme humaine dans sa globalité et d’y creuser profondément pour mettre à nu le mal qui l’habite afin d’éclairer les causes du comportement nuisible de l’homme sur lui-même, sur son prochain et sur l’environnement.

Cette fois, il nomme expressément la Syrie et ses sœurs qui sont les autres pays arabes ayant subi des agressions( Irak – Libye –Tunisie- Egypte- Algérie – Yémen …) soit de la part des grandes puissances ( Irak – Libye ) soit émanant d’états arabes qui leur sont dépendants ( les autres su-citées ). Et la notion d’agression est la plus appropriée ici parce qu’elle constitue le noyau sémantique du texte et elle est composée donc de deux éléments formant une dualité: Agresseur/Agressé.

L’agresseur est responsable d’une série d’actes destructeurs ( abîmées, les lumières./arrêtées, les possibles civilisations/ viol de la liberté/ guerres voulues / trace assassine/ les assassins s’arrangent d’autres tranchées) et inhibiteurs (Interdites, les bâtisses). Quant à l’agressé, il est toujours en position de passivité (souffrir la trace assassine - Les cœurs vont pleurer là, aux déserts - des gorges historiques des cris de passion révoltée ). Mais ce qui semble tourmenter le poète le plus est l’indifférence du reste du monde qui pense que les malheurs sont ailleurs et qu’il s’en bat l’œil tant que sa tête est en sécurité ( au loin, des mirages invisibles et secrets comme si rien n’était/ il y a un décor aux silencieux murs du monde ). 

Quant au style et comme d’habitude, il s‘appuie sur le pouvoir évocateur des mots grâce auquel le lecteur ou l’auditeur baigne dans une atmosphère magique formée de connotations et de métaphores inédites.