De ma solitude immense

Je ne dors pas,
J'erre,

Comme un fantôme,
Dans ma somnolence,

Moi la mendiante,
Des mots que l'on écrit avec son cœur,

Éternel amour,
Dans l'infini,

J'ai peur de l'obscurité de la vie,
Aux heures de la pénombre du ciel,

J'avance dans le champ de bataille,
Où l'espace est glacial,

Je pleure,
Je vide mes yeux,

Sur la robe noire,
Qui a envahi les cieux,

Pour ne pas oublier la douleur,
Les battements de mon cœur,

Échangent quelques larmes de cristal,
Avec l'aurore qui s'installe,

Puis je m'endors,
Ou les premières lueurs du jour se sont posées,
Pour rêver.
Copyright © Patricia Royet
Une tendance s’accentue de plus en plus dans les écrits de cette poétesse : une sorte d’hyper-sensibilité mélancolique s’exprimant à travers une vision nettement phobique de l’univers comme si elle n’y trouve pas la place qui lui convient ou si elle y est, comme le dit Sartre, « de trop ». Et la dimension existentielle de cette vision se manifeste surtout dans l’absence de toute trace de la présence humaine à part celle de la locutrice et de tout élément à caractère social ou civilisationnel dans le milieu vaste qui l’entoure.

En effet, la poétesse se place dès le titre et tout au long du son texte dans une solitude totale en face d’un monde inhabité sur lequel elle se met à projeter énergiquement son état d’âme endolori comme si elle trouve dans cette démarche un peu de soulagement. Ce que confirmerait l’ultime vers « Pour rêver » qui fait allusion à cette démarche compensatoire.

Cependant bien que l’auteure qui est d’une spontanéité et d’une sincérité exemplaires nous livre son propre ressenti, l’image qu’elle donne d’elle-même est, en réalité, celle de tous les poètes, ces quémandeurs de sens et de mots qui vivent dans un monde non seulement plein de secrets mais aussi et surtout regorgeant de contrariétés. 

Le style très attachant grâce à sa teneur romantique et psycho-philosophique est un vrai régal pour les amoureux de la belle poésie !