Poésie Narrative : Pendue sur un fil

Pendue 
Sur un fil 
Entre les nuages 
Et la terre 
Je demeure… 
Invisible –
Une petite araignée 
Qui attend 
Son train 
En direction  
Du ciel ou 
De l’enfer,
Le destin décidera 
Du vent.

Pourtant 
Je me bats
Encore
Contre les
Courants
Des éléments
Déchaînés –
La menace
De tous les temps.

Je lâche parfois prise
En me laissant
Endormir
Par le chant 
Doux,
Ensorceleur,
Séduisant.

Il m’emmène
Sur un tapis
Volant
Vers les contrées
Lointaines
Là, où il n’est
Pas interdit
De rêver,
Où tout le monde
S’aime 
Où on n’entendra plus
De rires 
Sarcastiques
D’hyènes
Car elles
Pleureront
Sur mon cadavre
Monika Del Rio
Polonaise installée en Ethiopie
Les amis qui suivent régulièrement mes commentaires de poèmes ne connaissent Monika Del Rio qu’à travers ses poèmes amoureux. Mais il leur est peut-être utile de savoir que cette auteure que je connais de près depuis la fin des années 90, vu que je lui avais traduit vers l’arabe trois livres parus tous en Tunisie , n’avait jamais abordé dans ses écrits des thèmes amoureux et que son intérêt pour ces thèmes n’a commencé qu’au cours de ces deux dernières années après son installation en Ethiopie. Serait-ce donc une sorte de rattrapage dont elle a senti le besoin une fois établie dans ce pays ? En tout cas, ce nouveau poème représente un retour aux origines étant donné qu’elle y traite d’un sujet qui avait constitué le thème principal de ses quatre premiers livres : le côté énigmatique et effrayant du rêve et plus p exactement du cauchemar. 

Et y’a-t-il plus cauchemardesque que de se trouver pendu sur un fil entre ciel et terre ? En effet, cette image charnière sur laquelle a été édifié le poème n’a rien de positif, car elle ne signifie nullement une élévation spirituelle mais un état de suspension forcée dans lequel la locutrice se trouve à la merci des éléments naturels en présence. Mais elle ne semble pas non plus avoir une signification compensatoire car la fuite de la réalité procure tout de même une sensation de soulagement. Ce qui n’est point le cas ici .

Je dirais plutôt que dans ce rêve , il s’agirait probablement d’un retour inconscient à la période infantile où la locutrice, étant bébé, aurait peut-être fait face à un traumatisme occasionné par une naissance difficile. Ce qu’appuierait la projection de l’image de son propre corps dans un futur sordide celui de l’après-décès en présence d’animaux charognards ; les hyènes. Et c’est ainsi que ce poème nous présente une sorte d’autoportrait psychologique profond et non un simple état d’âme passager. 

Quant au style, il est clairement influé par les techniques narratives auxquelles l’auteure est habituée vu qu’elle est venue récemment à la poésie du roman et la nouvelle.
Copyright © Med Salah Ben Amor