Chaque heure se ferme sur les regrets

Poème du jour : Chaque heure se ferme sur les regretsPar : France Bernard

J’ouvre l'enveloppe 
je lis le mot
Point d'appui de mon désarroi
La confidence noie la douleur
Les rêves meurent dans le souvenir
Je ferme les yeux 
Flux et reflux de sensations
Délice dans ma bouche gourmande
Je ferme les yeux
Flux et reflux d'images
Le passé féconde le présent
Comment raconter ?
J'écoute le mot
Je m'accroche à mon chapelet
Je l'égrène avec ferveur
Tranche de vie jaillit de ma pensée
Versets grandioses du coran
Paroles consolatrices
Se disputent mon attention
Miracle joyeux
Miracle ténébreux
Chaque heure se ferme sur les regrets
Au temps du rire
Au temps de l'amour
Au temps de la tristesse...
Photo du France Bernard
Copyright © France Bernard
Dans ce poème, l’auteure esquisse un portrait psychologique dans lequel elle met en évidence les traits les plus marquants d’une âme féminine qui se révèle à nous d’une sensibilité à fleur de peau, laquelle se manifeste dans une tendance à se laisser entraîner par des afflux d’affects contradictoires bouillonnants qui la prennent d’assaut du début du texte jusqu’à sa fin .Ces affects sont d’un côté négatifs ( «désarroi » , « douleur » - ) et de l’autre positifs («je ferme les yeux flux et reflux délice dans ma bouche gourmande »- « je ferme les yeux flux et reflux d'images le passé féconde le présent » ) .Cette hypersensibilité , naturelle, chez les artistes en général, se trouve doublée ici d’une spiritualité profonde ( « je m'accroche à mon chapelet , l'égrène avec ferveur » - « versets grandioses du coran » ) qui dévoile un autre aspect de soumission, celle de l’âme devant son créateur ,une soumission qui lui procure une sensation de sécurité , de confiance et de plénitude ( « Paroles consolatrices » - « Miracle joyeux » ) . 

Sur le plan du style, la poétesse en procédant, à la manière des impressionnistes, par de petites touches juxtaposées, a réussi à créer une atmosphère purement abstraite, celle de l’intérieur de l’âme humaine.