l'infinie solitude

Poème du jour : l'infinie solitude
Par :Claude Donnay

L'heure où les poussières hésitent à se poser sur le bois ciré, où la main n'appelle plus que le repos – personne dans la rue pour t'entendre gémir, rien que le silence qui précède ou suit les grandes catastrophes.

L'heure que les montres emportent à moins qu'on ne les brise pour fixer le temps sur l'aiguille. L'heure des pierres dressées pour dire au ciel les vérités qu'il noie sous la pluie.

On émiette des secondes trop intenses – elles crépitent sur le sol comme des balles perdues – et on reste accroupis en cercle, les yeux emmêlés pour tenir à l'écart l'infinie solitude.
Mais que dire aux oliviers orphelins du rire des enfants ?
Photo de Claude Donnay (poète)
© Claude Donnay 29/08/2014
L’idée maîtresse de laquelle a été généré ce texte empreint d’une forte sensation de non accommodation avec soi-même et avec le monde est , bien qu’elle tourne autour de la notion de « temps », l’impossibilité pour l’être humain d’être conscient de son essence profonde sauf dans la solitude absolue et que sa confrontation en solitaire avec le milieu externe n’est nullement aisée parce que l’univers lui apparaît, à ce moment-là, sous son véritable visage, celui d’une masse amorphe dénuée de sens et baignant dans un chaos temporel absurde (l'heure que les montres emportent à moins qu'on ne les brise pour fixer le temps sur l'aiguille - on émiette des secondes trop intenses – elles crépitent sur le sol comme des balles perdues).

Dans cette position, le sujet se rend compte de deux réalités amères et fort inquiétantes :

  1. La première est que le temps cosmique que comptent les aiguilles de la montre est illusoire, du fait qu’il ne relève pas de mesures intrinsèques spécifiques mais de mesures purement spatiales;
  1. La seconde est que l’Homme est emprisonné totalement dans son intériorité la plus radicale. D’où ces remarques insolites que formule le poète, tout au long du texte, sur les relations qu’entretiennent les objets entre eux ou avec les êtres humains (les poussières hésitent à se poser sur le bois ciré - l'heure des pierres dressées pour dire au ciel les vérités qu'il noie sous la pluie - que dire aux oliviers orphelins du rire des enfants ?).
Enfin, si cette expérience phénoménologique et profondément existentielle révèle l’une des préoccupations de l’auteur que nous retrouverons peut-être chez lui dans d’autres textes, le plus important, à notre avis, est sa formulation esthétique qui retient l’attention par une sensibilité effilée, doublée d’une tendance constante à l’accumulation des écarts et à la condensation des signifiés pour donner une impression générale de flou ,d’opacité e et d’incertitude conformaient à la nature du thème abordé.

Lire aussi : Poème en prose : Le corps est en trop