Orage

Poème du jour :OragePar : José Le Moigne

Orage 
Que faire 
que dire 
que désirer en somme 
dans l’effroi des murailles 
l’orage a dégainé 
sa puissance de feu 
l’ombre fait face avec ardeur 
à la tourmente des sous bois 
mais je suis prisonnier 
des mâchoires du bruit.
©José Le Moigne - La louvière
Ce nouveau mini-poème-calligramme de José Le Moigne qui semble se spécialiser dans ce genre médian entre le haïku et le poème ordinaire , s’articule autour d’une émotion aussi forte qu’étrange que le locuteur lui-même reconnaît son incapacité de la gérer, en ouvrant son texte sur trois interrogations ( que faire - que dire- que désirer) qui resteront sans réponse jusqu’à l’ultime vers.

Cette émotion s’apparente à une phobie angoissante (effroi- tourmente) liée à deux contextes :l’un est spatial restreint, fermé : ( l’effroi des murailles - je suis prisonnier ) et situé en bas (sous bois) et l’autre est sonore, désagréable , astreignant et agressif (mâchoires du bruit ) .Ce qui équivaut à une prison auditive. Il s’agit donc d’un double sentiment d’enfermement qui peut s’expliquer aussi bien par un retour inconscient à la vie utérine prénatale ou par la sensation d’étouffement habituelle qu’on éprouve dans le milieu urbain ou par la suffocation de claustration existentielle dans ce bas-monde, lesquels sont tous des interprétations possibles valides.

Quant au style employé dans ce texte, il ne s’écarte pas de l’orientation de l’auteur sur ce plan et qui consiste à privilégier les écarts et les connotations au détriment des sens dénotatifs, faisant baigner son discours dans une pénombre sémantique propice à activer la réflexion et à faire participer le lecteur à l’élaboration du poème.