T'aimer

Le Poème du jour : T'AIMER
Par : Iman Omar

J'ai faim 
J’ai envie 
de t’aimer fort 
fort très fort 
t’aimer sans souffrir 
t’aimer à en mourir 
t’aimer à voix haute 
et sans rien dire 
aimer t’aimer et 
dans tes yeux luire 
aimer sans jamais te fuir 
aimer te lire et t’écrire mes 
pensées et mes fantasmes 
aimer ta laideur 
tes soucis, tes excuses 
tes mensonges 
faux et vrais 
et leur immensité 
aimer ta délicatesse 
comme ta grossièreté 
enfin de journée 
j'ai faim 
j'ai envie de 
t’aimer rare 
t'aimer pur,  
t’aimer brut, stoné 
énervé et des fois 
comme un enfant excité 
j’ai envie d’aimer tes 
amours passés 
tes regrets et 
tes souvenirs 
aimer ton égo et  
les autres 
qui le nourrissent  
au point de l'étouffer…
les aimer …moi ?  
ah! non non,  
de quel droit ? 
mon étoile intérieure 
d’amour exige 
soulagement, voyages 
larmes de joie et soupirs 
flammes en feu 
sans flamme 
l'amour réclame 
faut le croire, le saisir  
et à sa source revenir 
rire rire pour panser 
nos maux et ne jamais 
plus par amour souffrir…
tu as faim de mon  
appétit sans fin 
tu m’appelles volcan 
enfant volant 
que puis-je en corps et  
encore de mes pores 
t'offrir et te dire.. 
sauf ces trois mots 
très précieux  
que de coeur et cerveau 
viennent… 
“je nous aime “… 
Et tu protestes ? !
 au delà d’aimer
Photo d'Iman Omar : Poétesse égyptienne
Tous droits réservés @ Iman Omar
Tout en demeurant dans son thème de prédilection, à savoir l’amour total et fusionnel englobant aussi bien l’âme que le corps et sans tenter de le définir en une formule taxinomique brève et rigide à la manière des scientifiques, l’auteure donne cours à ses envies les plus délirantes (j’ai envie de t’aimer fort, fort très fort ) à l’égard du bien-aimé qui, selon ses dires, partage ses sentiments ( tu as faim de mon appétit sans fin tu m’appelles volcan enfant volant ). Et étant donné que l’envie d’amour n’est pas l’amour proprement dit, le discours de la locutrice laisse entendre que cet amour est souhaité de sa part et non point réel, contrairement à son partenaire qui l’aime follement. Et la question qui se pose ici : comment as-t-on avoir envie d’aimer quelqu’un quelque soit le degré de ce sentiment alors que ce qui passe effectivement dans le domaine des sentiments est soit aimer soit ne pas aimer. 

Cependant, n’essayons pas, malgré tout, de trop forcer la dose dans la critique de ce poème car la contradiction est l’un des tares inévitables en art qui a son propre logique et qui appartient à la même zone de l’irréel que la folie. En effet, bien que le texte entier ait été placé sous le mode du souhait, les conditions nécessaires à l’existence du vrai amour énumérées, tout au long du poème, semblent acceptables et convaincantes, surtout le fait d’aimer les défauts du partenaire ( aimer ta laideur tes soucis, tes excuses tes mensonges faux et vrais et leur immensité aimer ta délicatesse comme ta grossièreté) qui constitue le point de différence fondamental entre l’Amour et l’admiration ; entre l’Amour et le désir. 

Côté style, ce poème vaut surtout par sa texture rythmique très soutenue grâce à la répétition du verbe « aimer », et à l’usage massif de l’asyndète ( absence ou faible usage des conjonctions de coordination ) .