Coup de blues et figement

Poème du jour : Coup de blues et figement

 Par : NWESLA BIYONG – poète camerounais

Vais-je continuer à prendre des vessies pour des lanternes
En commutant mes délires à mes combats
Tenir le couteau par le fil
Toute ma verve dans les entrailles des ténèbres et de
La fixité thématique

D’où vient le sel du poème
Si les rêves pourrissent dans l’œuf
Et ce sexe que je becquette dans l’antichambre de l’amnésie
Qu’apporte-t-il au visage froissé de mon vécu
Vais-je continuer à prendre des vessies pour des lanternes

Et dire à ceux qui dansent qui chantent
Qui jouent qui rient qui se moquent de tout que
Ce monde schlingue la fin des haricots
C’est l’Immonde monstrueux qui monte son hymne
N’est-ce pas grand temps de sortir de l’auberge de ma propre flatulence

C’est la crise dans ma fange crânienne oui
Ou alors la lassitude a raison de moi
L’alcool de mon érection scripturale est
Une malsaine illusion qui m’aspire m’anéantit
N’est-ce pas grand temps de sortir de l’auberge de ma propre flatulence

L’Immonde dehors est déjà entré insidieusement en moi
Par cet appétit des lendemains joyeux
Je n’ai aucune emprise ni sur le passé ni sur le présent
Pourtant je me vante de la lumière du futur
Ma mine a tout agrégé à l’à-venir des cieux cléments

Mince
L’étau se resserre sur ma passion louable
Pendant que très peu de choses composent le bonheur de la majorité
Je creuse l’océan et l’ondée mais tout se comble
Mince je m’arrête !
NWESLA BIYONG – poète camerounais
NWESLA BIYONG
Sans se départir de son attitude critique à l’égard de la réalité africaine qui se profile tout au long de ce texte sous la forme d’un arrière-fond sombre, le poète que nous avons connu jusque-là comme un militant engagé pour la cause de ses con-continentaux nous dévoile dans ce nouveau texte un visage auparavant insoupçonné, celui d’un homme taciturne non seulement lassé par la vie qu’il mène mais aussi désespéré et d’un pessimisme viscéral vis-à-vis de l’avenir. Ce qui ne concorde pas avec l’esprit militantiste dont il a toujours fait preuve.

En réalité ce dédoublement est loin d’être étonnant , vu la situation dans laquelle se débat indéfiniment l’intellectuel africain confronté à mille tracasseries dans sa vie quotidienne. D’où le sens réaliste du militantisme chez cet intellectuel qui se définit comme un surpassement obligatoire de ses faiblesses et affects qui constituent en lui un état d’âme meurtri voire dépressif ( lassitude : « la lassitude a raison de moi » - rupture avec le temps : « Je n’ai aucune emprise ni sur le passé ni sur le présent » - sentiment de persécution : «L’Immonde dehors est déjà entré insidieusement en moi » -refoulement : « ce sexe que je becquette dans l’antichambre de l’amnésie » …etc. ). Saisissant cette dualité charnière sur laquelle a été construit le niveau sémantique texte, nous pouvons dès lord entrevoir une autre conçue en parallèle sur le plan esthétique : il s’agit de la mise en évidence démesurée de l’état psychologique du locuteur en lui consacrant la plus grande place dans le poème, au détriment de l’esprit combatif et militant (mes combats - ma verve) relégué intentionnellement à un second plan presque sous-entendu. 

Un poème profond et émouvant de la part d’un poète qui nous a toujours convaincu et émerveillé !