En secret j’ose aimer

Poème du jour : En secret j’ose aimer 

Par : Evy Godey-Lassalle

De toutes les façons,
Tu auras été l'exception,
L'être sans pareil
Qui raviva
Mes envies,
Mon sommeil,
Qui ranima
Ma vie.
De toutes mes décisions,
Tu fus ma soumission
La plus exquise,
Une douce gourmandise
Qui sala
Mes fantaisies
Et sucra 
Ma poésie.
De toutes les manières,
Je garderai nos hiers
Au gré d’un avenir
Qui peuple
Mon esprit,
Au creux des souvenirs
Qui esseulent
Mes nuits.
De toutes mes espérances
Tu es la fulgurance,
L’empreinte gravée,
L’évidence assumée
De mes métamorphoses,
Qu’en secret,
J’ose
Aimer.
Yeux bleus foncés
Evy Godey-Lassalle © Août 2014

L'Analyse : 

Malgré les apports et les éclaircissements incontestables de la psychanalyse depuis la fin du dix-neuvième siècle et ceux tout récents la sexologie, l’amour demeure le plus insaisissable et le plus énigmatique des sentiments humains. Et c’est pour cette raison qu’il est capable, comme l’ont si bien démontré Sigmund Freud ( 1956 – 1939 ), Carl Gustav Jung ( 1876 -1961 ) et Jacques Lacan (1901 – 1981 ), de marquer une vis entière dès la première enfance de l’individu. 
Ce qui expliquerait que chaque personne à l’âge adule aime à sa façon la plus singulière et que le sentiment qu’il éprouve au cours de cette expérience est inévitablement se présente comme un mélange parfois très hétérogène d’affects dont la plupart émanent de l’inconscient et remontent à différents étapes de la vie ,comme nous le constatons bien dans ce poème où l’amour exprimé explicitement (j’ose aimer ) est traversé par d’autres sentiments dévoilant des traits caractériels chez la locutrice ( celle qui parle dans le texte et non la personne de l’auteure ) très particuliers. 

Il y a d’abord le mot « caprice » qui dénote que cet amour n’est qu’un engouement passager et une attirance irréfléchie , ce qui expliquerait son extinction puisqu’il appartient au passé (qui raviva - qui ranima - je garderai nos hiers - des souvenirs qui esseulent mes nuits - empreinte gravée ). Et la caractéristique première du caprice est que le ou la partenaire n’est pas aimé en soi mais qu’il est utilisé pour satisfaire un égoïsme profond c.à.d. un moyen pour exprimer son amour pour soi-même.

Le second est la reconnaissance par la même locutrice du caractère changeant de sa personnalité (l’évidence assumée de mes métamorphoses ) qui confirmerait le bien-fondé de l’interprétation précédente. Et ce mélange semble être contradictoire du fait qu’un caprice est éphémère et ne laisse pas de traces tandis qu’il est décrit ici comme extrêmement persistant. Et ce qui rend cet état d’âme encore plus mystérieux est qu’il est vécu comme un secret bien gardé (en secret, j’ose aimer ). Ce continu nébuleux a conféré, au niveau du style, au texte un halo de clair obscur et l’a élevé à un haut degré poéticité.