Je veux juste hurler mon amour de la vie

Poème du jour : Je veux juste hurler mon amour de la Vie 

Par : Evy Godey-Lassalle
Un Cri de Femme
 Parce que je ne comprends pas,
Parce que j'ai peur pour demain,
Parce je ne sais pas, ni pourquoi,
 Ni vers où déambule notre chemin
Parce que je suis sourde et aveugle
Comme les autres au péril qui beugle
Parce que ce soir, je ne veux pas me taire
Parce que ce soir, je ne veux pas plaire
Je veux juste entendre la clameur sur les murs
  Qui dénonce ce qui se trame, ce qu'on ourdit
Qui enfle, se déforme et s'éparpille en murmures
Parce que je veux juste hurler mon amour de la Vie. 

Copyrights © février 2014 - Evy Godey.

L'Analyse :

Comme à notre habitude lorsqu’il s’agit d’un nouveau ou d’une nouvelle poète, nous procédons par tâtonnements jusqu’à ce que  nous apparaissent  nettement les traits spécifiques de son écriture. Dans ce premier poème , la clé de sa visée illocutoire semble être placée dans le dernier vers (parce que je veux juste hurler mon amour de la Vie.)  qui nous fournit des  renseignements préliminaires intéressants sur la personnalité de la locutrice ( celle qui parle dans le texte). 
D’abord ,il indique qu’elle s’attache très fortement à la vie  et cet état d’esprit est  lié étroitement à l’optimisme et la croyance en soi. 

Ensuite le verbe hurler révèle, de son côté, une âme  expansive et ouverte animée d’un désir ardent de s’affirmer, de s’imposer et de faire entendre sa voix .Cette esquisse d’autoportrait retardée délibérément à l’ultime vers dans un but esthétique , s’étoffe , en réalité, de détails pertinents qui ont été semés dans les vers précédents .Ce qui exige du lecteur, une fois arrivé à la fin du poème ,  de rebrousser chemin et de relire le poème à la lumière de ces nouvelles données .Et le plus significatif de ces détails est, sans doute,  la nature émotionnelle de la personnalité de la poétesse  que montre la haute fréquence des vocables  évoquant l’effacement presque total  de l’intellect(je ne comprends pas - je ne sais pas, ni pourquoi ni vers où déambule notre chemin -  je suis sourde et aveugle ) et de ceux qui, au contraire,  amplifient l’affectivité et le ressenti (je ne veux pas me taire - je veux juste entendre la clameur sur les murs qui dénonce ce qui se trame, ce qu'on ourdit qui enfle, se déforme et s'éparpille en murmures) .Ce qui donne, en fin de compte, l’image de soi d’un être hypersensible nullement enclin à la réflexion et à la méditation. Mais cette conclusion reste, tout de même  provisoire, en attendant d’examiner d’autres poèmes de la même auteure. 

Stylistiquement, on peut dire que la construction du  poème tout entier sur la chute finale a été une belle réussite.