BOLÉRO ou Le Dernier Retour

Poème du jour : BOLÉRO ou Le Dernier Retour. 

Par : Patrick Berta Forgas
Le Dernier Retour
Intimes, les terres et le sable.
Montagnes,
mers et glace aux deux pôles
sublimes et seuls.
Juste le temps
de l’effacement.
Des villages et des figures,
des terres à vallées …
Au grand tableau
de la sphère bleue,
le dessert sera servi
juste après les guerres.
Bougies condamnées
aux tables et aux autels
des églises qui sonnent
L E N D E M A I N
comme magiciennes mortes.
Des hommes vont tomber
aux sables ensanglantés
de l’histoire ivre et perdue.
La terreur est-elle le remède
dernier des civilisations ?
Se relever sans cesse
de la détresse arrangée.
Aurons-nous la force
de combattre
le peut-être et ses suites.
Nous avons laissé le temps
effacer l’histoire.
Nous avons confondu
les droits et les désirs.
© Patrick Berta Forgas & N.A.D.A.

Analyse & Critique :

A la différence du philosophe proprement dit dont la vision de l’être et du monde est exclusivement mentale et raisonnée , celle du poète philosophe l’est, en plus, imaginaire et sensible.
De ce fait, si le premier y revient parfois pour y apporter des rectifications ou des compléments ou des précisions, le second se trouve continuellement porté à l’exprimer de manières toujours nouvelles. Ce qui s’applique à l’auteur de ce poème qui, bien qu’il aborde dans la presque totalité de ses écrits le même thème, il est rare de lui trouver des répétions aux deux niveaux de la construction du texte et des images.

Dans ce nouveau poème, une constante majeure dans l’expérience de son auteur est fortement présente : le pessimisme obscur à l’égard du devenir de l’humanité auquel se rattachent la plupart des vocables qu’il a utilisés et qui se distribuent sur deux axes complémentaires : l’extrême détérioration de la situation présente (juste le temps de l’effacement des villages et des figures, des terres à vallées - bougies condamnées )et l’absence de tout espoir pour l’avenir (sonnent L E N D E M A I N comme magiciennes mortes - des hommes vont tomber aux sables ensanglantés de l’histoire ivre et perdue ). 

Entre temps, l’auteur n’omets pas de semer ici et là des indices connotant les causes profondes de cet état cauchemardesque, collectif et général (nous avons laissé le temps effacer l’histoire - nous avons confondu les droits et les désirs) et qui se résument en deux principales : le comportement passif de l’Homme vis-à-vis de l’élément temps (nous avons laissé le temps effacer l’histoire) et son incapacité de s’élever au dessus du stade animal (nous avons confondu les droits et les désirs).

Le style se distingue, comme toujours, par la floraison d’un langage second dont les éléments de base sont les connotations, les symboles et les sens seconds. Une poésie certes écrite pour l’élite mais elle n’est nullement obscur à tel point qu’un profane attentif peut y accéder sans grande difficulté .

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