Le jour se lève

Biographie : 

Philippe Lemoine est né le 3 octobre 1954 à Paris et habite à Norbonne (France) . Il est le président de l'association " Mille-Poètes en Méditerranée " et le créateur et le directeur de la Maison Poétique à Narbonne. Sa poésie ne se prête pas facilement à la classification. Et elle tire cette originalité du triple aspect de sa nature qui est à la fois lyrique, engagée et néo-classique.
Photo du poète Philippe Lemoine
Le poète Philippe Lemoine
De par son lyrisme et son engagement, elle se place dans la lignée de la poésie romantique allemande et arabe qui prônait l’idée du défi de la mort et célébrait l’attachement ferme et inébranlable à la vie. Quant à son caractère néo-classique, il se matérialise, au niveau du style, dans une sorte de tempérament mixte alliant le respect des règles de la langue et de la métrique et une forte tendance à l’innovation des images.
Ses recueils de poèmes :Poussières d’oxygène – Vaincu par l’orage…-Les innombrables – Insurgé poétique- Les correspondances – In vino Véritas – Souffles d’encre … - Intime confidence . Et je parle aux oiseaux ...

Poème du jour : Le jour se lève…

Entre chien et loup, déversant des amphores 
De miel, un titan, dans l’intervalle ténu 
Où s’échappe l’abîme, écrit des métaphores ;
L’or ruisselle abondant dans l’espace chenu…

La lumière solaire étend ses grandes ailes.
Sous son abyssal flot, les formes, les couleurs
Se défeuillent soudain des encres informelles
Et nébuleuses où maraudent les voleurs…

Demoiselle coquette aux prunelles mouillées,
La terre se toilette et maquille ses yeux
De vert ourlé de bleu. Les ombres, dépouillées
S’émiettent en lambeaux sous la clarté des cieux…

La nature, au sommeil, ne peut-être asservie.
Plus un spectre ni même un miasme nuiteux
Ne s’appareille encore aux branches de la vie
Diffusant à foison des parfums capiteux…

Aplats d’indigo clair crénelé de dentelles,
Tissages de coton, moutonneux, filandreux,
À l’aube, dans le ciel, un essaim d’hirondelles
Fracture l’horizon, le jour se lève heureux…

Analyse & Critique :

L’une des capacités les plus spécifiques du poète, le vrai, est de voir ce que ne peuvent voir les autres. Et ce pouvoir de vision et aussi de voyance, il le doit à son intuition aiguisée et à son imagination fertile et créatrice. Ce qui apparaît clairement dans ce poème qui, bien qu’il traite d’un sujet très courant ( le lever du jour), nous présente une façon totalement inédite de le voir qui consiste à imaginer cet événement temporel sous les traits d’une créature mythologique gigantesque ( un titan ) mais bienfaitrice s’attaquant énergiquement aux ténèbres et répandant progressivement la lumière. Et de cette image charnière de base, le poète a généré une multitude d’images partielles les distribuant sur les deux éléments de la dichotomie : obscurité/lumière, nous gratifiant ainsi de deux séries opposées de métaphores fascinantes telles que , dans le registre négatif, (l’intervalle ténu où s’échappe l’abîme - encres informelles et nébuleuses où maraudent les voleurs - plus un spectre ni même un miasme nuiteux ne s’appareille encore aux branches de la vie diffusant à foison des parfums capiteux) et ( un titan, dans l’intervalle ténu où s’échappe l’abîme, écrit des métaphores - l’or ruisselle abondant dans l’espace chenu- la lumière solaire étend ses grandes ailes - la terre se toilette et maquille ses yeux de vert ourlé de bleu - les ombres, dépouillées s’émiettent en lambeaux sous la clarté des cieux) dans le registre positif. Et cette métaphorisation est tellement condensée et soutenue que le poème est presque complètement purifié de tout sens dénotatif et référentiel. L’incorporation tout à la fin de ce paysage optique d’une image dynamique ( le vol de l’essaim d’hirondelles ) a eu pour effet de mettre encore plus en avant l’événement principal décrit ( le lever du jour )e en le présentant comme le couronnement d’un processus long et difficile. Ce qui constitue en soi une source supplémentaire de fascination. 

En un mot, nous sommes lâ devant un poème de création pure qui prouve qu’aucun sujet n’est vraiment épuisé et que la réussite en poésie dépend uniquement du savoir-faire du poète

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