Une fête tragique

Poème du jour : Une fête tragique …

Par : Qamar Sabri Aljassem "poétesse syrienne"
Nous trinquions au succès 
De notre petite-fille aînée 
Dans la classe du souvenir.
Nous avons découpé le gâteau des rêves
Et allumé les bougies des mots
Sur la table des jours violés
« Où est le youyou ? »
Dit l’épouse de mon frère. 
Ma mère regarda vers mon frère
Et fit signe avec affliction
Vers le téléviseur blessé :
« Une nouvelle urgente :
« Nous réaliserons votre rêve arabe
Après la démocratie ».
Myriam n’a pas cessé de me demander :
« Ma tante ,que voulait dire grand’mère ?!
J’essuie la larme de mes réponses
Et je baisse le cœur

Analyse & Critique :

Les poéticiens et les critiques modernes s’accordent qu’il n’y a pas seulement mille façons d’écrire la poésie mais des centaines de centaines de milliers et plus . Et ceci est dû à la nature opaque du texte littéraire telle que la qualifiée François Récanati , celle qui a fait dire à Roland Barthes qu’il ya des galaxies de sens dans ce genre de textes. Néanmoins, cette spécificité, à notre avis, ne s’applique pas à n’importe quel texte littéraire mais seulement à ceux qui répondent au critère de créativité et d’ingéniosité, lequel dépend des aptitudes du poète ou de l’écrivain narrateur et non de la technique qu’il met en œuvre. 

Dans ce poème, par exemple, écrit en 2004 ,l’auteure, ici présente depuis plus de quatre ans et dont la sensibilité esthétique et les capacités imaginatives ne sont plus à démontrer, a eu l’astucieuse idée de décrire une cérémonie festive organisée par une famille dans un pays arabe occupé et ravagé par la guerre, à l’occasion du succès de l’une de ses petites-filles mais étant donné que les membres de cette famille se sont dispersés dans des lieux lointains , la fête se déroule en l’absence de la personne concernée et a pris ainsi un aspect tragique. Ce qui a engendré le besoin d’utiliser une langue empruntée à la langue du deuil mais tout en laissant le sens glisser aussi bien vers ce côté que vers son contraire , bien que dans le titre c’est la première acception qui est dénotée expressément. 
Cependant, ce qui donne à ce texte son effet dramatique et déchirant et qui a été à l’origine de ce chevauchement entre la joie et la tristesse à tel point qu’elles sont devenues synonymes dans le lexique de l’auteure, est que la situation qu’elle décrit est recueillie directement dans le réel vécu qui prévaut dans les pays arabes occupés ou ravagés par la guerre où la plupart des familles ont été démembrées soit par l’exil soit par la mort.

Un poème émouvant, d’une sensibilité extrême et d’une haute valeur esthétique !