Je suis Femme

Présentation de la poétesse : 

Maissa Boutiche est née à Eulma , Wilaya de Sétif ( Algérie). Poétesse profuse et entreprenante .A travers ses écrits, essentiellement psychologiques regorgeant de souvenirs où l’enfance se taille une part substantielle, elle se donne l’image d’une femme contrariée par la vie mais qui prend son destin avec sagesse, s’identifiant à la femme algérienne typique, solidement liée à la terre et profondément attachée aux hautes valeurs ancestrales.

Le Poème du jour :

Je suis femme : 

Je suis femme !
Ça n’a pas d’importance
Si l’absence me fouette
Et l’amour me fait fi

Je suis femme sacrifice
Fourmilière 
Qui s’efface dans l’oubli
Dans les grottes du passé
Ma pensée s’achemine
Reconnait
Sa mémoire 
Son devoir
Dans la vie
Ça n’a pas d’importance
Si je crie
Si je pleure
Et peu importe, si je meurs
Je laisserai sur la margelle
De la mémoire
Mon écho qui sourit
Ça n’a pas d’importance
Si je traîne la savate
Dans la lumière de ma ville
Je voyage sans bagage
Sans appui 
Et peu importe
Si mes pieds fatigués, m’abandonnent
Je m’assis à l’ombre
De mon ombre
Et je laisse, mon âme, libre 
Vagabonder
Voyager
Sur mes monts, sur mes landes
Et les chemins de ma vie
Ça n’a pas d’importance

Je suis femme
Qui revête sa mémoire
Qui refile des sillons 
Pour les âmes absentes
Ça n’a pas d’importance

Je suis femme 
Et mon âme dépendante
Heureuse pour les autres
Dans la vie
Et de ma vie de poète
L’enfant, en moi, agonit

Je suis Femme image
 Copyright © Maissa Boutiche
Ain Bénian, Alger / Algérie.

Analyse et Commentaire du professeur Mohamed Salah Ben Amor :

Ce poème attire surtout l’attention par l’image dont l’auteure se fait d’elle-même à une époque où le féminisme bat son plein et dont les adeptes vont parfois jusqu’à prôner la supériorité de la femme sur l’homme. Contrairement à cette idée, celle que véhicule le texte ci-haut est que la femme peut bien être contente de la condition que lui a assigné le destin et trouve les injustices que lui inflige la société les plus naturelles du monde .Ce qui a été exprimé intensivement à travers la répétition élevée de ce vers « Ça n’a pas d’importance » (5 fois) qui joue le rôle de refrain et qui renvoie aux différentes peines que le destin et la société lui infligent (l’absence me fouette - l’amour me fait fi -
je suis femme sacrifice ,fourmilière qui s’efface dans l’oubli - je crie - je pleure - mes pieds fatigués, m’abandonnent …etc.).

Néanmoins , cette attitude est, malgré tout, loin d’être défaitiste car la poétesse laisse entendre dans les derniers vers que ce comportement lui est dicté par une conviction profonde et des principes intangibles qui se résument en une sorte d’éthique altruiste qui le pousse à chercher son bonheur dans le bonheur des autres quitte à être lésée et perdante. Ce qui dénote une noblesse de l’âme et un humanisme authentique et place ce poème dans le cadre général de l’engagement mais un engagement modéré et implicite, du fait que l’auteure ne fait ici que dépeindre ses traits caractériels et ne cherche aucunement à défendre une cause.