C'était son anniversaire

Poème du jour : C'était son anniversaire 

Par : Philippe Correc
Philippe Correc dans C'était son anniversaire
C'était son anniversaire
A mon papa.
On faisait la fête hier
Tous, ces jours-là.
Aujourd'hui l'cœur à l'envers
J'aurais tant voulu mon père
Encore une fois.
🎂
J'ai en mémoire
Ces rédactions
  Où tu m'aidais
  A faire le plan
  Mais pour les maths
Nous étions deux
Rivalisant
Sur la vitesse.
🎊
Je te revois
  Dans la cuisine
Cherchant au loin
A l'horizon
Par la fenêtre
  Tu t'évadais
Et ton regard
  En disait long.
🎉
Je me souviens
  De nos fous rires
Trop peu nombreux
Je le déplore.
Et ton sourire
Qui m'électrise
Je ne pourrais
M'en séparer.
🎀
Je me rappelle
A Savigny
Où dans le ciel
Nous regardions
Tes yeux brillaient
Devant ces spots
Tu m'inventais
Belles histoires.
🎁
J'ai souvenirs
Parfois des flashs
De ton visage
De ta moustache
Dans ces moments
Où rien ne va
Je sens ton souffle
Sur moi Papa.
Philippe Correc 
© tous droits réservés

Commentaire de Med S B Amor :

Les poèmes sur le père sont relativement rares, en comparaison avec ceux qu’on consacre à la mère. En Tunisie, par exemple, et si je me rappelle bien, c’est la poétesse Imène Amara qui semble être, jusqu’à présent, la seule à accorder au père dans ses écrits une place prépondérante.

Expliquons-nous ce manque ou peu d’intérêt au père chez les poètes de sexe masculin par le complexe d’Œdipe, étant donné qu’il représente dans l’inconscient du fils, si l’on croit Freud, un rival qui s’approprie la mère corps et âme ainsi que l’autorité qui est souvent associée à la notion de punition ? Et même chez l’auteur de ce poème, c’est la première fois que nous lui lisons un poème sur ce thème. Continueras-t-il à le traiter dans d’autres textes ou il ne s’agit seulement que d’un fait unique et exceptionnel qui ne se répétera pas ? En tout cas, l’image donnée du père, dans ce poème, est entièrement positive, aussi bien au niveau du dit que celui du non-dit  où la lecture attentive et fouineuse ne laisse soupçonner l’existence d’aucun indice qui dévoilerait une attitude négative même inconsciente à l’égard du père.

Effet, le locuteur donne de lui le portrait d’un père incarnant le soutien moral (des flashs de ton visage de ta moustache dans ces moments où rien ne va je sens ton souffle sur moi Papa), d'un père formateur, soucieux de l’avenir de son fils  (j'ai en mémoire ces rédactions où tu m'aidais à faire le plan mais pour les maths nous étions deux rivalisant sur la vitesse), sérieux (je me souviens de nos fous rires trop peu nombreux je le déplore) mais plein de tendresse (ton sourire qui m'électrise je ne pourrais m'en séparer) et qui élève son fils, sans doute sans le vouloir, à son image, car ce sont son esprit créatif (à Savigny où dans le ciel nous regardions tes yeux brillaient devant ces spots tu m'inventais belles histoires) et son inclinaison pour la rêverie (je te revois dans la cuisine cherchant au loin à l'horizon par la fenêtre tu t'évadais et ton regard en disait long) qui auraient éveillé chez le fils ses dons poétiques. 

Stylistiquement, l’énumération des qualités du père, tout au long du poème, a engendré un rythme interne intense qui a éliminé tout besoin de rimer les vers. D’autre part, la forte charge émotionnelle que porte le thème a été suffisante pour attacher le lecteur au texte au lieu des images ultra-recherchées.