Principales œuvres d'Aristote

Aristote : Philosophe grec de l'Antiquité (Stagire 384-Chalcis 322 avant J.-C.) L'un des penseurs les plus influents que le monde ait connu.

Quelques oeuvres d'Aristote :

Regard sur l'image d'Aristote
Tout savoir sur Aristote : Livres & Œuvres Majeurs

1. Ethique à Eudème, Aristote :

Ouvrage en sept livres d'Aristote (384-322 av. JC.) compris dans la collection des ses oeuvres en même temps que la "Grande morale". C'est un compendium rédigé par un péripatéticien inconnu. La question de l'attribution de l'Ethique à Eudème et de sa date a été des plus débattues. Certains ont voulu y voir une ébauche des doctrines morales aristotéliciennes, faite par Aristote lui-même, quand il ne s'était pas encore soustrait complètement à l'influence de Platon: d'autres, au contraire, croient pouvoir affirmer qu'il s'agit d'un abrégé de l' "Ethique à Nicomaque", travail conduit avec fidélité par le péripatéticien Eudème de Rhodes, dans l'intention de clarifier les leçons d'Aristote. Un fait est certain, c'est que l'Ethique à Nicomaque et l'Ethique à Eudème se correspondent parfaitement dans le contenu doctrinal, l'ordre de l'exposition, la manière de traiter le sujet et jusque dans le style. Trois livres même, V, VI et V. VI, VII- sont identiques. On peut cependant remarquer, entre les deux oeuvres, deux différences fondamentales: tout d'abord, l'Ethique à Eudème n'est pas, comme l'Ethique à Nicomaque, liée à une politique, mais elle a un contenu strictement moral. En second lieu, elle est empreinte d'un ton religieux: la véritable vertu repose sur la religion et elle traduit le commandement et l'inspiration d'une raison surhumaine. Cette particularité est expliquée, par les uns, comme un héritage platonicien et, par les autres, comme le résultat de l'influence stoïcienne que l'on remarque nettement dans la "Grande morale". Les renseignements historiques que nous possédons sur Eudème de Rhodes confirment en tous points l'hypothèse suivant laquelle il serait l'auteur de ce résumé fidèle et exact que constitue ce livre. Il fut, parmi les disciples d' Aristote, l'un des plus estimés du maître, qui lui dédia une élégie et soumit à son jugement la "Métaphysique" avant de la publier. Il nous reste de lui des fragements d'une "Physique" et d'une "Analytique", tous composés selon la lettre et l'esprit de l'école péripatéticienne.

2. Ethique à Nicomaque, Aristote IVe siècle avant JC :

Oeuvre philosophique en 10 livres dans laquelle Aristote de Stagire (384/3-322 av. JC.) développe sa doctrine morale dans sa forme la plus évoluée. Il existe trois autres traités de morale d'Aristote: "L'éthique à Eudème", "La grande morale", le "Traité des vertus et des vices", mais leur authenticité est contestée. Nicomaque, fils de l'auteur, qui révéla cet ouvrage, lui donna son nom. Toute activité humaine, théorique ou pratique, a pour fin le bien. Il y a des fins vers lesquelles nous tendons en vue d'autres fins. C'est pourquoi les premières sont relatives, imparfaites et présupposent une fin absolue recherchée pour elle-même: c'est le bien suprême, dont l'étude est du ressort de la politique, prise dans le sens d'éthique collective. Tout le monde est d'accord pour reconnaître que le bien suprême est le bonheur; quant à ce dernier, les opinions sont divisées: pour certains, c'est une vie de plaisirs primaires, d'autres le placent dans la gloire, d'autres enfin dans une vie contemplative. Après avoir à ce sujet critiqué la conception platonicienne des idées, qui préconise le "bien en soi", Aristote revient au problème du bien suprême, ou bonheur, lequel ne peut être défini que par rapport à la fonction caractéristique de l'homme: or, comme celle-ci est l'activité rationnelle, il résulte que le bien parfait, ou bonheur, est, chez l'homme, "activité de l'âme selon ses penchants", conception qui contient et concilie tout à la fois les exigences spiritualistes et eudémonistes, lesquelles trouvent le bonheur, soit dans le plaisir, soit dans l'activité sociale. Délaissant la vertu purement physique de l'âme végétative, Aristote examine la vertu propre à l'être humain. Ici, se place l'importante distinction des vertus humaines en "dianoéthiques" et "éthiques"; les premières sont particulières à l'activité rationnelle et sont susceptibles d'être développées au moyen de l'enseignement; les secondes, propres aux facultés appétitives, sont engendrées par l'habitude.
Le deuxième livre est consacré à la définition de la vertu éthique : à l'encontre des choses naturelles que l'on possède d'abord et dont on use ensuite, la vertu est en acte avant d'être en puissance: on devient juste en agissant justement, d'où l'importance, pour la vie morale, d'une éducation de la jeunesse où il sera de règle de faire un bon usage du plaisir, lequel -comme on le voit- n'est pas rejeté. Que doit-on entendre par acte vertueux ? La vertu n'est ni une passion, ni une faculté de l'âme, mais une habitude, et précisément, une habitude qui perfectionne à la fois l'agent et l'acte.

Aristote considère donc la vertu non pas comme un "acte", mais plutôt, par une analyse empirique, comme un "fait" qui se compose de deux éléments: l'un volontaire, déterminant le but, l'autre intellectuel, qui précise les moyens pour atteindre ce but. Il arrive ainsi à la trop célèbre définition de la vertu: "La vertu est une disposition acquise volontairement par rapport à nous dans la "mesure" [le juste milieu], elle-même définie par la raison conformément à la conduite d'un homme réfléchi". Pour en venir à l'examen de la vertu en tant qu'acte, Aristote la définit comme la perfection de l'activité, le sommet de la dernière extrémité opposée au mal; mais il ne s'attarde pas à cette position de principe, il s'attache davantage au concept de "médiation" qu'il considère sous l'aspect pratique et pédagogique.
Le troisième livre est consacré à l'acte pratique en vue de définir ce qu'il y a de volontaire et d'involontaire dans l' action, et d'analyser l'intention et la délibération. Ce qui est volontaire trouve sa cause chez l'agent et dérive, soit uniquement du désir de ce dernier, soit du désir guidé par la raison, donc par un choix préférentiel ou l'intention, laquelle est "désir pour ce qui est délibéré". Par l'intention, qui suppose une simple vertu physique, -se transforme alors en vertu proprement dite, qu'il définit enfin comme "habitude conforme, voire conjointe à la juste raison". La vertu, de même que le vice, résident donc en notre pouvoir: l'homme est responsable, et la thèse selon laquelle "personne" n'est volontairement mauvais" doit être rejetée. Il passe ensuite, dans le quatrième livre, à la description des vertus éthiques particulières : la fermeté, la tempérance, la libéralité, la magnanimité, la douceur, la franchise, l'urbanité, la pudeur, description très utile pour nous éclairer sur le climat moral particulier au peuple grec. Un examen spécial est consacré (livre cinquième) à la justice et à l'équité: il distingue la justice distributive (à chacun selon son mérite) et la justice réparative (équilibre du profit et des pertes dans les contrats et proportionnalité entre les peines et les délits).

Comme il avait abouti plus haut à une définition de la juste raison, il se devait d'étudier (livre sixième) les vertus dianoéthiques où l'intellect fournit au désir, à la fois la fin et l'image du bien, et où la raison participe au choix des moyens par lesquels la volonté parviendra aux fins. Les vertus dianoéthiques sont au nombre de cinq: la science, l'art, la prudence, l' intellect et la sagesse. La science a pour objet ce qui est nécessaire et est "susceptible de la démonstration", laquelle s'actualise par induction et devient ainsi connaissance de l'universel, soit par le particulier, soit par syllogisme déductif partant de l'universel. L' art est défini comme "habitude de créer avec la véritable raison", et a pour but de produire des choses qui peuvent exister ou ne pas exister. La prudence ou bon sens est une "habitude pratique appliquant la véritable raison à ce qui est bien pour l'homme". l' intellect, ou intelligence, est la faculté qui recueille intuitivement, et non pas démonstrativement, les principes de toute connaissance. La sagesse, union de l'intellect et de la science, s'adresse aux choses plus élevées. Toutes ces vertus ont également de la valeur en elles-mêmes; et en particulier, la prudence, à laquelle se rattachent toutes les autres (thèse presque identique à celle de Socrate) et qui est indispensable à la vraie vertu. Le livre septième traite de l'intempérance et du plaisir. Tentant d'expliquer pourquoi des hommes qui sont en possession d'une certaine science dans le vice, Aristote reprend en somme, malgré ses critiques, l'attitude de Socrate : il conclut, en effet, que ces hommes-là, au fond, ne connaissent pas la science. Par contre, l'étude du plaisir, qui anticipe sur celle qu'il poursuivra dans le livre dixième, est inspirée par un eudémonisme résolu, mais équilibré, qui reconnaît que le plaisir est le fondement du bonheur. Dans les livres huitième et neuvième, il traite de l' amitié et de l' amour, désignés sous un même nom, vertu liée à la justice, fondamentale pour l'animal politique qu'est l'homme. Dès le début du dixième livre, il reprend le problème du rapport entre le plaisir et la vertu, et conclut que le plaisir procède d'une "perfection de l'acte", non essentielle, mais qui survient "comme la beauté pour qui est dans la fleur de l'âge". Le plaisir peut accompagner n'importe quelle fonction de l'âme, même les plus élevées: c'est pour cela que la vertu et le bonheur ne sont pas séparés du plaisir. Le bonheur suprême résidera dans la pure contemplation de la vérité éternelle, activité qui, tout en nous délivrant des maux de ce monde, nous fera participer à la béatitude divine. Cette activité spéculative ne peut être continuelle chez les humains comme chez les Dieux; de là, la nécessité de l'activité éthique, modératrice des appétits, et qui a son domaine d'application spécialement dans la vie politique, laquelle, pour cette raison, doit être étudiée avec attention (voir "La politique"). Cet écrit, certainement postérieur à deux autres œuvres de morale aristotélicienne, est une continuelle oscillation entre l'eudémonisme humaniste (vers lequel est orientée "La grande morale") et l' intellectualisme éthique qui inspire "L'éthique à Eudème". Toutefois c'est par ce caractère même que l' "Ethique à Nicomaque" demeure en substance l'ultime et la plus significative expression de la morale grecque.

3. La constitution d' Athènes, Aristote entre 328 et 325 av. J.-C :

C'est la seule étude sur les institutions politiques de 158 Etats grecs et barbares qui nous soit parvenue; elle fut découverte en 1880 dans un état fragmentaire. Matériau de base de "La Politique" d'Aristote, l'oeuvre comprend d'abord une partie historique. L'auteur relate les étapes fondamentales de l'évolution politique du régime athénien: il remonte aux temps mythiques de la monarchie, puis aborde les balbutiements de la république. Au départ, il n'y avait aucun code écrit et la république relevait plutôt de l'aristocratie et de la féodalité. Le premier code écrit remonte à Dacron, mais c'est Solon qui est l'auteur de la constitution athénienne moderne. Grâce à lui, un grand progrès est fait: il abolit l' esclavage pour dettes, décision grave dans une société où les citoyens sont répartis, en fonction de leurs revenus, en quatre classes politiques. Aristote évoque ensuite les troubles et conflits d'Athènes jusqu'à l'ordre retrouvé grâce à Thrasybule. Dans la seconde partie, l'auteur décrit le système de gouvernement démocratique tel qu'il était pratiqué sous le règne d' Alexandre le Grand : tous les citoyens de plus de dix-huit ans qui ont rempli les devoirs de l'éphébie, sorte de service militaire, reçoivent les droits ciciques et politiques qu'ils pourront exercer à vie; ils ont ainsi le contrôle des affaires publiques et peuvent intervenir dans les domaines judiciaire, exécutif et législatif. Aristote a écrit, avec cette "Constitution", une oeuvre de vulgarisation. Son effort d'objectivité ne cache pas sa volonté philosophique; il prône en toutes circonstances son goût pour le juste milieu, d'où sa sympathie pour la constitution de Solon qui aspirait à la justice sociale et à la réalisation du bien de l'Etat.

4. La physique, Aristote :

Ce traité fait partie des ouvrages acromatiques d' Aristote (384-322 avant JC.), qui étaient réservés à un petit nombre d'auditeurs. Il fut écrit entre 335 et 332 avant JC., pendant le second séjour d'Aristote à Athènes, en même temps, semble-t-il, que les autres ouvrages scientifiques de celui-ci. La "Physique" est annoncée dans la "Logique", qui étudiait les conditions générales du savoir. Elle-même étudie la réalité naturelle, ouvrant ainsi la voie à la "Métaphysique", qui a pour objet la réalité première. Elle contient une part critique, dirigée notamment contre les Eléates, qui niaient le changement. Puis elle développe une théoride dynamique du changement, considéré comme un passage de la puissance à l'acte, et cherche à expliquer les causes, le hasard, l' infini, le lieu, le vide, le temps et la cause première. L'ovrage est formé de huit livres. Au premier, Aristote détermine l'objet de la physique: c'est l'étude des principes des choses de la nature.

Que ces choses existent va de soi, et qu'elles sont en mouvement. L' éléatisme, qui le nie, est absurde. Combien maintenant y a-t-il de principes ? On peut en distinguer trois: la matière, la forme, le privation. L'objet de la "Physique", c'est à la fois la matière et la forme, c'est la forme engagée dans la matière. Au livre II, Aristote étudie les causes. Elles sont au moins au nombre de quatre: matière, forme, cause efficiente, cause finale. Ainsi la statue a quatre causes: sa matière, sans quoi elle ne serait pas; son modèle ou forme dans l'esprit du sculpteur; celui-ci en tant que cause efficiente : ce qu'elle sera enfin, son état final, en vue duquel l'être en puissance qu'elle était devenue être en acte. Qu'est-ce maintenant (livre III) que le mouvement? Le mouvement est l'acte de ce qui est en puissance. Si l'enfant grandit, c'est parce qu'il est un adulte en puissance; et c'est là spécifiquement son mouvement. C'est au livre V seulement qu'Aristote poursuit son analyse du mouvement. Tout mouvement a lieu entre des contraires, du haut en bas, du blanc au noir, etc. Il y a donc autant de genres de mouvement qu'il y a de genres de l'être qui admettent des contraires: c'est le cas de la qualité, de la quantité et du lieu, d'où trois genres de mouvement: altération ; augmentation ou diminution; mouvement local. A chaque fois le mouvement va de la privation d'une certaine qualité à la possession de cette qualité. Au livre III (2e partie) et au livre IV, Aristote avait, entre-temps, défini l' infini, le lieu, le vide et le temps. Le changement, en effet, est continu, ce qui introduit l' infini. Il a lieu dans l'espace, il a besoin, selon l'opinion générale, du vide et du temps. Il faut donc analyser ces quatre notions. L' infini existe. Mais comment existe-t-il? Il n'est pas une chose en soi, comme le pense Platon. Attribut de la grandeur, il n'existe qu'en puissance. Et la nature évite l' infini. Le ciel, ainsi, est fini. L'espace est avant tout, pour Aristote, la limite, l'enveloppe de la chose et non pas l'intervalle entre deux choses. Le vide, c'est un tel lieu privé de corps ; mais son existence est inadmissible: le contenant ne peut qu'avoir un contenu. Le temps enfin, inséparable du mouvement, est continu comme lui; il est le nombre du mouvement. Au livre VI, Aristote, poursuivant l'étude du mouvement, étudie sa divisibilité et sa division; au livre VII, sa relation aux moteurs et aux mobiles. Il démonte d'abord l'existence d'un premier moteur et d'un premier mobile. Tout mû, en effet, est mû par quelque chose. Et le mouvement a été et sera toujours. Il y a donc eu (la démonstration en est faite au début du livre VIII) un premier moteur, lequel ne peut être lui-même qu'immobile. Ce principe de tous les autres mouvements meut par transition circulaire, une, continue, infinie, parfaite. Il est inétendu. Il est unique. Il est pensée pure.

5. Parva naturalia, Aristote :

Les philologues modernes désignent sous ce nom une série de petits traités philosophiques d'Aristote (384-322 avant JC.) Ce sont des recherches complémentaires au grand traité "De l' âme". Aristote les nomme "Œuvres relatives au corps et à l' âme". Elles traitent en effet des fonctions et des états de l'âme, qui sont aussi des fonctions et des états du corps, ou qui en dépendent. Les principaux de ces écrits sont: "De la sensation et des choses sensibles", "De la mémoire et de la réminiscence", "Du sommeil et de la veille", "Des rêves", "De la divination dans le sommeil", "De la longévité et de la brièveté de la vie", "De la vie et de la mort", "De la respiration". Les autres sont, soit d'authenticité douteuse, soit apocryphes. On ne sait quand furent composés ces traités; certainement après celui "De l'âme", auquel ils se réfèrent constamment. Aristote y applique en effet à des sujets particuliers les principes fondamentaux de sa psychologie, tels que les formule le traité "De l'âme". Parmi ces principes, retenons celui concernant les rapports fonctionnels existant entre le corps et l' âme, principe essentiel qui sépare radicalement l'aristotélisme du platonisme. La méthode reste la même que dans les grandes œuvres : position du problème, exposé rapide et critique des diverses opinions, solution du problème sur la base des principes théoriques et des données de l'expérience.

6. Poétique, Aristote vers 344 avant JC :

Oeuvre d' Aristote (384-322 avant JC), écrite vers 344 et dont il ne nous est parvenu qu'un fragment. L'expression grecque "poiesis" embrasse un domaine plus vaste que notre "poésie": elle s'applique à toute la création artistique en général, conçue, selon la tradition réaliste grecque, comme une imitation de la réalité sensible. Mais une difficulté surgit alors: celle de concevoir l'art comme une valeur spirituelle, c'est-à-dire renfermant une valeur idéale.

Platon, dans "La République", avait nié la spiritualité de l' art; dans "Ion", il avait défini l'art comme le produit mystérieux d'une sorte de délire, d'une folie d'origine divine. Sa conception métaphysique permet à Aristote de lever le doute platonicien sur la nature de l'art: la "forme" étant d'après lui immanente à l'objet, même une imitation de la réalité sensible peut posséder une signification spirituelle, du moment qu'elle tend à exprimer l'aspect formel de cette réalité; or tel est précisément le caractère de l'imitation artistique. Ayant ainsi défini le concept de "poiesis", Aristote établit une distinction entre les genres considérés en général: "l' épopée et le poème tragique, comme aussi la comédie, le dithyrambe et, pour la plus grande partie, le jeu de la flûte et le jeu de la cithare, sont tous, d'une manière générale, des imitations; mais ils diffèrent entre eux de trois façons: ou ils imitent par des moyens différents, ou ils imitent des choses différentes, ou ils imitent d'une manière différente, et non de la même manière" (1447 a).

C'est ainsi que tout en discernant très clairement l'unité de l'art en tant que tel, Aristote pose le problème des genres d'un point de vue technique et empirique. La majeure partie du long fragment qui nous est parvenu est consacré à la tragédie et à l'épopée, qu' Aristote, avec tous les Grecs, considérait comme l'art par excellence, et à la comédie. Les trois éléments fondamentaux de la poésie: la tendance à l'imitation (soeur de cette soif de connaître qui produit les sciences), l' harmonie et le rythme sont innés dans l'homme; ils ont donné naissance à l' épopée et, par l'introduction du dialogue, à la tragédie et à la comédie. Six éléments caractérisent la tragédie: l' intrigue, les caractères, le style, le spectacle, la musique. De tous, le plus important est l'intrigue qui, imitant la réalité, est le seul objet propre de l'art poétique; c'est donc à elle qu'Aristote consacre surtout son attention. L' imitation, on l'a vu, est une réalité spirituelle dans la mesure où elle s'applique à "la forme": or, comme la forme est l'élément proprement rationnel de l' expérience, toute l'analyse aristotélicienne de l'intrigue se déroule sur le plan strictement rationnel. Ce qui possède une forme est un Tout, c'est-à-dire une chose qui a un commencement, un milieu et une fin; une totalité finie et séparée des autres. De plus, "le bel animal et toute belle chose composée de parties supposent non seulement de l'ordre dans ces parties, mais encore une étendue qui n'est pas n'importe laquelle, car la beauté réside dans l'étendue et dans l'ordre" (1450 b); le principe de la limitation des dimensions et de l'harmonie d'une oeuvre d'art est la première loi de la Poétique aristotélicienne; les événements doivent se suivre avec vraisemblance et nécessité, de manière à former un tout harmonieux et cohérent. La seconde loi est celle de l' "unité", dont les théoriciens de la Renaissance et de l'époque classique déduisirent, d'une manière assez arbitraire, les célèbres règles de l' unité de temps, de lieu et d' action.

C'est dans l'unité que se trouve la différence fondamentale entre narration poétique et narration historique; alors que celle-ci est une suite empirique d'événements contingents, l'autre résulte d'un choix élevé d'événements significatifs rattachés les uns aux autres par le lien d'une nécessité absolue, de manière à former un enchaînement tel qu'en changeant une partie de place, ou en la supprimant, on en vienne à changer de place, ou en la supprimant, on en vienne à changer ou à boulverser l'ordre général. C'est une conséquence du fait que "la poésie est plus philosophique et d'un caractère plus élevé que l' histoire; car la poésie raconte plutôt le général, l'histoire, le particulier" (1451 b); l'histoire expose ce qui est, la poésie ce qui devrait être. Quand à sa valeur morale et éducative, il n'est pas vrai que la tragédie suscite et attise les passions, comme le croyait Platon ; étant donné leur reproduction objective sous une forme universelle, elle en provoque au contraire la "catharsis" ou purification: idée par laquelle Aristote annonce la théorie de la nature objective et désintéressée des sentimens esthétiques qui, ébauchée par saint Augustin, sera développée par Kant. La division de la tragédie en différentes parties (aujourd'hui on dirait "actes") ne présente désormais qu'un intérêt médiocre; elle est moins importante à nos yeux que la théorie des caractères, où l'on retrouve également les lois de la vraisemblance et de la nécessité (cohérence). Les considérations qui suivent ont trait à la métrique, à la stylistique et à la rhétorique. Le fragment s'interrompt au début de l'exposé sur l' épopée, qui ne fait en substance que répéter ce que l'auteur avait déjà dit au sujet de la tragédie. L'importance historique de cet ouvrage a été immense : on peut le considérer comme le "manifeste" du classicisme ou du rationalisme esthétique de toutes les époques: l' art est une imitation de la beauté, considérée comme l'aspect formel, idéal de la réalité sensible.

Dans l'antiquité, la "Poétique" d'Aristote inspira l' "Art poétique" d' Horace (par endroits presque calqué sur elle). Au moyen âge, Averroès la paraphrasa et la commenta et Hermann l'Allemand donna, en 1265, une version latine de ce commentaire. Mais, d'une manière générale, les théories esthétiques d'Aristote n'exercèrent au moyen âge aucune influence. Elles n'en eurent pas davantage auprès des humanistes qui étaient essentiellement des platoniciens, ni auprès des philosophes et des artistes de la première moitié du XVe siècle. En revanche, à partir de la seconde moitié de ce siècle, la "Poétique" d'Aristote exerça sur la pensée critique et esthétique une influence décisive.
C'est à l' humaniste italien Francesco Robertelli (ou Robertello, 1516-1567), professeur à l' Université de Pise, qu'on doit la première interprétation de l'oeuvre d' Aristote. L'ouvrage de Robertelli, intitulé "Commentaire au livre d'Aristote sur l'Art poétique", publié à Florence en 1548, comprend la traduction latine du texte d' Aristote et une série de gloses sur chaque passage. Se fondant sur la doctrine du philosophe grec, Robertelli reconstruit les lois générales qui régissaient les oeuvres d'art de l' antiquité et formule, à son tour, un certain nombre de règles auxquelles les artistes modernes doivent selon lui se conformer. Un des points les plus intéressants soulevés par Robertelli a trait à la nature de la tragédie. Celle-ci est en effet une représentation vigoureuse des passions, y compris les plus malfaisantes. Un tel spectacle n'est-il pas capable d'entraîner vers le mal les esprits de ceux qui le contemplent? Et Robertelli de rappeler ici la notion de la "catharsis" qu'on trouve chez Aristote, et en particulier ce qu'il dit au sujet de la tragédie qui, "par la pitié et la terreur, libère l'homme de tels sentiments". Cette définition devait soulever d'innombrables discussions pendant toute la Renaissance et devenir un des canons littéraires de la Contre-Réforme catholique. Traitant ensuite de l' épopée, Robertelli conclut à la valeur philosophique de la poésie; en raison de sa valeur universelle, elle touche à la vérité de bien plus près que l'histoire. Les principes de la "Poétique" aristotélicienne, détachés de leur application concrète à la littérature et notamment à la tragédie grecque, acquièrent ainsi la valeur de règles applicables à l'art de toutes les époques. D'autre part, si Robertelli témoigne, en raison de sa formation rhétorique, d'un certain penchant pour les beautés purement formelles de l'oeuvre d'art et pour le plaisir qu'elles procurent, son livre annonce déjà le moralisme rigide de la Contre-Réforme. L'art poétique sera désormais considéré comme un guide pour l'artiste, et ses préceptes comme des règles universelles, antérieures à la création artistique elle-même.

7. Politique, Aristote :

Oeuvre d' Aristote de Stagire (384-322 av JC.) qui nous est parvenue incomplète et dans un certain désordre. Aristote y développe sa théorie de l'Etat: il s'oppose à la fois au communisme intellectualiste de Socrate et de Platon, aux Sophistes qui faisaient de l'Etat le résultat d'une convention passée entre les hommes, en même temps qu'à la thèse individualiste et cosmopolite des Cyniques. Pour lui, l' Etat est la plus haute forme de société: et si même il est précédé dans le temps par d'autres êtres ou entités, au moins d'un point de vue absolu précéde-t-il l'individu, la famille et le village, puisque ni l'homme seul, ni ses associations ne se suffisent, tandis que l' Etat seul vaut par soi et réalise dans sa perfection les fins auxquelles famille et village tendent. L'homme est donc par nature un "animal politique". Puisque l'Etat est composé de familles, il convient d'examiner les éléments de la famille qui sont: le mari et la femme, le père et les enfants, le maître et les esclaves. Aristote traite d'abord des rapports entre maître et esclave et voit dans l'esclavage un élément essentiel qu'on ne peut supprimer, de l'économie, "étant donné dit-il, que les navettes ne tissent pas d'elles-mêmes la toile". Et non seulement la différence entre celui qui commande et celui qui doit être esclave est pour lui naturelle et juste, mais il pense encore que celui qui est esclave l'est par nature. Il y a pourtant des hommes libres devenus esclaves à la suite d'une guerre, cette constatation introduit la notion d'un esclavage purement légal : c'est pourquoi, en dernier ressort, la différence entre l'homme libre et l' esclave est celle de la vertu et du vice. l'autorité du maître et celle de l' Etat diffèrent en ceci que cette dernière s'exerce sur des êtres libres. Vient ensuite l'étude de la crématistique, art d'acquérir les richesses ( l' usure et le commerce y sont condamnés comme contraires à la nature); l'étude de l'autorité qui s'exerce sur les êtres libres de la famille, femme et enfants. Dans le cas de l'épouse, l'autorité, toutes réserves faites sur la différence entre hommes et femmes, est semblable à celle d'un gouvernement républicain; dans le cas des enfants, à celle d'une monarchie. Le naturalisme, qui a guidé jusqu'ici Aristote, le conduit maintenant à de graves problèmes d'éthique et de pédagogie, ainsi qu'à une minutieuse critique de la théorie de Platon selon laquelle (V. La République) il devrait y avoir dans les deux classes supérieures communauté de biens et d'enfants et mariages d'Etat. L'auteur passe ensuite à la définition du vrai citoyen, qui n'est pas tel parce qu'il réside dans la cité (qui est l'Etat), ou qu'il y jouit du droit, par exemple, d'intenter un procès, mais parce qu'il participe à la justice et à la magistrature. La vertu du citoyen est donc de savoir obéir et commander. Artisans et marchands ne peuvent être citoyens d'un Etat parfait, car la vertu politique réclame des loisirs. Dans un Etat, la souveraineté est le fait du gouvernement. Et les gouvernements et les constitutions ne peuvent être que de trois types, puisque la souveraineté ne peut être exercée par un seul homme, ou par quelques-uns, ou par beaucoup : c'est ainsi que nous avons la monarchie, l' aristocratie et la république, auxquelles correspondent, par dégradation, la tyrannie, l' oligarchie et la démocratie. La république est en quelque sorte la synthèse de l' oligarchie et de la démocratie : elle en écarte les inconvénients et en garde les avantages, l'équilibre y étant rétabli par une classe moyenne. On ne peut décider laquelle des trois formes non dégénérées est la préférable: il faut tenir compte des caractères de chaque peuple. Mais de peuples adaptés à la tyrannie ou aux autres formes dégénérées, il n'y en a pas, car ces formes sont contraires à la nature. Les Etats ont trois fonctions: délibérer, administrer, juger. Grosso modo, c'est la distinction moderne des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. L' impéralisme est justifié dans des nations qui, telles que la grecque, sont placées par nature au sommet de la civilisation et peuvent donc commander aux barbares. Mais nulle autre forme de domination n'est légitime. Pour la plus grande vertu des individus, il est nécessaire que ce soit l' Etat et non l' individu qui ait la charge de l'éducation. L'étude préalable qu'il fit de la constitution de cent cinquante-huit Etats, grecs ou barbares, a permis à Aristote de donner à son oeuvre une universalité telle que sa lecture en est, aujourd'hui encore, des plus instructives.

8. Protreptique, d'Aristote :

Oeuvre de jeunesse d'Aristote (384-322 av JC), qui fait partie des écrits "exotériques", c'est-à-dire destinés au grand public. Elle fut composée quand Aristote était encore à l'Académie, donc avant la mort de Platon (347 av JC), et elle nous est parvenue en fragments conservés surtout dans les écrits de Jamblique qui portent le même titre et dans l' "Hortensius" de Cicéron. Tandis que pour le contenu elle s'inspire fortement de l' "Euthydème" de Platon, pour la forme au contraire elle obéit à la rhétorique d' Isocrate et abandonne donc le procédé du dialogue qu'Aristote lui-même avait adopté en d'autres oeuvres de cette époque. Fait, pour autant que nous puissions juger, d'un tissu serré de syllogismes, le "Protreptique" représente, de la part d'Aristote, une tentative particulièrement méritoire pour conférer la dignité philosophique à cette rhétorique si dépréciée dans les milieux platoniciens. Adressé à Thémison, un des seigneurs de l'île de Chypre, pour l'exhorter (d'où le titre) à s'adonner à la vie contemplative, c'est-à-dire à la philosophie, et à établir son gouvernement sur cette base, il est une oeuvre de propagande, destinée à répandre la théorie platonicienne de l' Etat. Le centre de l'ouvrage est une très vive démonstration de la supériorité de la philosophie sur toute autre activité humaine. Il faut philosopher, car la philosophie est éducation morale, et seule l'âme moralement éduquée peut connaître le bonheur.
La fin de chaque être, en effet, c'est la réalisation active de sa nature propre: et dans le cas de l'homme, cette activité est la raison qui a sa fin en soi-même. Rationnelle, et connaissance de l'universel et du nécessaire, la philosophie est supérieure aux sciences empiriques. A qui prétend qu'elle n'a pas d'utilité pratique, Aristote rétorque en distinguant entre les biens qui valent par l'usage qu'on en fait et ceux qui valent par eux-mêmes, au nombre de ces dernières étant la contemplation philosophique, pure et désintéressée, qui donne la béatitude absolue. Du reste, la philosophie est une discipline libre et aristocratique. Pour le prouver, l'auteur retrace l'histoire de la civilisation. Après le Déluge, les hommes cherchèrent d'abord les moyens d'assurer leur vie matérielle, puis ils inventèrent les Beaux-Arts pour leur plaisir; enfin, libérés de la nécessité, ils s'adonnèrent aux arts libéraux, à la science pure, mathématiques et philosophie. En outre la philosophie est nécessaire à la politique, à laquelle elle est seule à pouvoir donner de la rigueur. Finalement, seule la philosophie rend les hommes heureux, en les poussant à abandonner la dissipation de la vie pratique et à se tourner vers ce monde divin d'où provient l'âme et qui est sa vraie patrie. Le "Protreptique" est d'inspiration strictement platonicienne, et les éléments propres à Aristote ne font qu'y affleurer. Cependant la foi dans une pensée purement théorique, et le sentiment de la valeur pratique de la philosophie guideront toujours Aristote. C'est de ce point de vue que le "Protreptique" exercera une grande séduction sur ceux qui se rallièrent à un semblable idéal: Cicéron, Jamblique, Proclus, saint Augustin, Boèce.

9. Traité du Ciel, Aristote :

Aristote, 384-322 av. J.C. Ce traité en quatre livres expose la cosmologie aristotélicienne. L'univers est scindé en deux régions: la région sublunaire et la région supralunaire. La première, constituée des quatre éléments (la terre, l'eau, l'air et le feu), est le lieu du changement perpétuel, engendré par la combinaison de ces éléments (génération et corruption). Les astres, au contraire, sont incorruptibles car constitués d'une cinquième substance : l'éther (la "quintessence" des scolastiques). Le monde supralunaire ne connaît que le mouvement circulaire uniforme, figure de la perfection; il participe de l'essence divine. On voit donc que l'image du monde que propose cet ouvrage est intimement lié à la "Physique" du Stagirite. Le "Traité du ciel" a fourni à la cosmologie scolastique médiévale son cadre de référence. C'est ce cadre géocentrique que brisera la révolution scientifique de l'âge classique (et surtout Galilée), pour imposer l' héliocentrisme copernicien. Toutefois, il faut se garer d'attribuer à Aristote et au "Traité du ciel" des thèses qui ne furent élaborées que bien plus tard, par la cosmologie et la physique scolastiques.

Résumés et analyses des principales oeuvres du philosophe grec Aristote.