Elsa Triolet : Les principales œuvres

Elsa Triolet : Femme de lettres, romancière et résistante française d'origine russe, née de parents juifs en 1896 à Moscou et morte le 16 juin 1970 à Saint-Arnoult-en-Yvelines.
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Elsa Triolet : Romancière française
Elsa Triolet

Elsa Triolet et ses œuvres majeures :

Le cheval blanc, Elsa Triolet 1943 : 

Roman d'Elsa Triolet (1896-1970), publié à Paris chez Denoël en 1943.

Après une enfance aisée dans la grande bourgeoisie, Michel Vigaud se lance dans une vie d'errance. Séduisant, il vit de rencontres de fortune et de son succès auprès des femmes, qu'il charme par ses chansons. Il se lie à Paris avec Bielenski, un riche collectionneur, communiste russe. Ils partagent la vie du milieu artistique et mondain de Montparnasse, où il s'éprend de la belle Élisabeth. Mais lorsque celle-ci rompt leur passion platonique et devient la maîtresse de Bielenski, Michel, dans sa douleur, abandonne tout, et sombre dans la misère. La princesse Marina, ancien amour d'enfance, le recueille et lui fait épouser une milliardaire américaine, avec laquelle il mène à New York une vie facile, mais vide, troublée de nouveau par la rencontre d'Élisabeth. La jalousie de sa femme le décide à rentrer en France pour y chercher une vie modeste. Il y devient l'amant de Simone de Bressac, qui dirige une maison de couture et qui entreprend d'éditer ses chansons, lesquelles connaissent un grand succès. A l'approche de la guerre, il croise Bielenski, ruiné, abandonné par Élisabeth qui n'a jamais cessé d'aimer Michel. Bientôt mobilisé, il part au combat où il meurt en héros admiré de tous.

Ce roman manifeste une ambiguïté récurrente dans l'oeuvre d'Elsa Triolet, alors engagée dans la Résistance: il dépeint fidèlement et juge son époque, il est le roman "le plus proche" de ce que l'auteur "a vu et senti du monde", mais c'est en même temps une oeuvre qui se revendique comme une fiction, née d'un désir d'évasion. Toute la vie du héros, Michel Vigaud, se place sous le signe de cette même contradiction: la force d'un rêve le détourne du réel, et le retour au monde et à l'action ne signifie pas la réalisation de son idéal mais son abandon.

Car Michel est d'abord un "chevalier errant", et le "cheval blanc", la monture sur laquelle il venait, dans ce rêve qui le hante depuis l'enfance, libérer la belle du dragon. Son errance est à la fois la recherche du sacrifice pour une noble cause et la quête de l'amour idéal. Troubadour qui, de rencontre en rencontre, charme par son chant, il n'est cependant pas un séducteur puisqu'il séduit innocemment, par cette innocence même qui le rend fascinant aux yeux des autres, tel Bielenski, l'esthète qui cultive la conscience de soi.

Mais si Michel est un héros qui s'ignore, trop grand pour accepter les fortunes faciles que lui assurerait son don pour la musique, c'est que ses actes ne sont motivés par aucune raison ni aucun désir et que sa générosité chevaleresque équivaut plutôt à une morale de la gratuité qui le rapproche des héros gidiens. Michel se définit comme "irresponsable", évite tout attachement sentimental et rompt toute relation qui s'installe, considérant la vie comme une compromission. Ce n'est donc pas seulement la pureté de son idéal qui le voue à l'échec: Michel est un chevalier mais un chevalier profane, qui aspire à une cause mais ne veut combattre au nom d'aucun Dieu ni d'aucune justice, et qui, dès lors, ne saura pas reconnaître les "dragons" dont il faudrait libérer son époque.

De même l'image d'un amour absolu le rend également incapable d'aimer et de vivre l'amour courtois que lui impose Élisabeth; loin de délivrer les belles, il devient leur prisonnier ou encore ce sont elles, comme la princesse Marina ou Simone de Bressac, qui viennent à son secours. N'ayant ni la force de
réaliser son idéal ni celle d'y renoncer, il erre avec "ce sentiment d'avoir perdu quelque chose d'essentiel". Cette énergie héroïque qu'il ne parvient pas à exploiter fait de lui un anti-héros, jusqu'à ce que les souffrances de son amour pour Élisabeth le révoltent contre lui-même, et le fassent s'aligner sur le monde et sur son temps. Dès lors, sa vaillance qui éclatera à la guerre ne vient que de l'abandon de son idéal.

Cette ouverture de Michel au monde fait de cette oeuvre un "roman autobiographique", selon l'expression d'Elsa Triolet, qui n'invite pas à chercher des "clés", mais souligne que l'autre héros du roman est l'époque. Faisant traverser à Michel tous les milieux sociaux de la capitale et de la province, entrecroisant sans cesse les destins des personnages, elle dresse un tableau ample et varié de l'entre-deux-guerres, depuis l'effervescence nocturne de Montparnasse jusqu'à la "drôle de guerre" et les choix qu'elle impose: l'engagement de Bielenski, communiste entré dans la clandestinité, l'indifférence de Simone de Bressac, déterminée à poursuivre ses affaires dans un Paris vidé par l'exode, ou le courage désintéressé de Michel. L'auteur procède selon la technique du collage d'éléments ou de personnages réels (tel Cocteau) sur la fiction romanesque, mêlant ainsi par l'art ce qui est inconciliable dans la vie: le rêve et le réel.

Le premier accroc coûte deux cents francs, Elsa Triolet 1945 :

Recueil de nouvelles d'Elsa Triolet (1896-1970), publié à Paris chez Denoël en 1945. "Les Amants d'Avignon" avaient paru séparément en 1943 aux Éditions de Minuit sous le pseudonyme de Laurent Daniel. Prix Goncourt 1944 décerné en 1945.

"Les Amants d'Avignon". Juliette, une jeune dactylo résistante, rencontre dans son réseau Célestin, avec lequel elle partage un jeu amoureux sans illusion.
Après la trahison du réseau, Juliette arrêtée s'échappe et trouve refuge chez Célestin qui, avant de partir se cacher, lui rappelle, scellant ainsi la fidélité de leur amour interrompu par la guerre, les graffitis d'amants anonymes qu'ils avaient jadis déchiffrés ensemble sur le murs du fort d'Avignon.

"La Vie privée". En 1941, le peintre Alexis Slavsky se réfugie avec sa maîtresse Henriette chez un client en Dordogne, puis à Lyon. Alexis ayant refusé de peindre pour des Allemands, ils gagnent une petite pension isolée dans les Alpes où ils rencontrent Louise, une journaliste résistante, qui confronte Alexis à la réalité de la guerre. Après l'arrestation de Louise, Alexis, bouleversé par le journal intime de celle-ci, cesse de peindre. Ce n'est qu'après avoir aidé un jeune évadé du STO, puis avec la fin de la guerre, qu'il retrouvera un sens à sa peinture.

Le cahier trouvé par Alexis est le dernier des "Cahiers enterrés sous un pêcher", où Louise mêle aux souvenirs de sa Russie natale, du Montparnasse des années vingt, de ses amours, les récits de Résistance, son arrestation, la torture, son évasion et sa vie au maquis. Après sa déportation et son exécution, ces cahiers seront déterrés par Jean, l'homme qu'elle aimait secrètement. "Le premier accroc coûte deux cents francs" dépeint l'atmosphère de juin 1944, l'effervescence des maquis et le massacre d'un village par des troupes allemandes en retraite. Ce n'est pas un dénouement heureux, mais une apocalypse qui salue, dans cet hommage final, l'action décisive de la Résistance.

Les quatre nouvelles du recueil, écrites de février 1943 à septembre 1944 et présentées suivant l'ordre chronologique, sont autant de variations sur le thème de la célébration tragique de la Résistance, comme le montre le titre du recueil qui reprend un célèbre message codé de la BBC. Les personnages
représentent ainsi différentes attitudes face à la guerre et à la nécessité de la lutte. L'histoire de Juliette montre comment une personne "ordinaire" accède, dans des circonstances exceptionnelles, à un destin héroïque. Alexis Slavsky, inspiré de Matisse, incarne l'artiste que la gravité de la situation ne peut détourner du sacrifice moral et physique qu'il a déjà consenti pour l'art. Ici gravité de la guerre et gravité de l'art s'équilibrent, et renoncer à sa passion signifierait pour le peintre perdre le sens de sa vie. Mais ce portrait n'est pas une condamnation; Alexis Slavsky parvient à peindre de nouveau seulement après avoir sauvé le jeune évadé du STO. L'héroïsme et la fin tragique de Louise, enfin, donnent, avec les récits de la dernière nouvelle, un ton plus lyrique à ce chant du sacrifice et de la dignité humaine.

Ce n'est pas un hasard si l'auteur souligne le rôle des femmes : elle montre ainsi que la force de lutter n'exige pas une renonciation inhumaine à toute vie personnelle, mais que la féminité, la souffrance sentimentale, donnent des forces nouvelles pour l'action. Le besoin d'amour et de séduction que confie Louise dans son journal, comme le lien qui unit Juliette à Célestin, l'émotion qui saisit celle-ci devant les inscriptions anonymes et qui est comme la communion silencieuse de tous les amants, sont autant de moyens d'endurer les épreuves. L'amour, devenu anonyme et clandestin comme la Résistance, doit comme elle triompher de la guerre. Ce jeu entre le rêve et la réalité se retrouve dans les motivations de l'écriture: Elsa Triolet voudrait parler "de la rose et du rossignol, d'une belle nuit", mais la vie la tient et l'entraîne "jusqu'au fond de la réalité".

Car la littérature de la Résistance se définit pour elle moins comme une littérature d'engagement que comme une "littérature d'obsession" dont le but premier est de "libérer d'un intolérable état des choses", si bien que cette libération est aussi une évasion. C'est aussi la raison pour laquelle les personnages ne sont pas des héros figés. Un système d'échos et de références confère à chacun d'eux un éclairage psychologique propre en variant les points de vue d'une nouvelle à l'autre. Ainsi Louise nous apparaît-elle d'abord à travers le regard d'Alexis Slavsky pour devenir la narratrice de la nouvelle suivante et révéler en retour un nouveau point de vue sur Alexis. De même les souvenirs de Louise associent-ils à ce recueil les héros du premier roman d'Elsa Triolet, Michel et Bielenski (le Cheval blanc), assurant à cet univers romanesque une unité qui doit lui permettre de rivaliser avec le monde réel, puisque aussi bien, aux yeux de l'auteur qui ne s'est pas encore tournée vers le réalisme social caractéristique de ses romans à venir, seul vaut "le stupéfiant du rêve contre l'insomnie de la réalité".

L' âme, d'Elsa Triolet 1963 :

Roman de l'écrivain français d'origine russe Elsa Triolet (1896-1970), publié en 1963. C'est le troisième volet du cycle intitulé: "L'âge de Nylon". Après avoir montré une femme témoin d'un certain "âge de pierre" dans "Roses à crédit", une autre femme adaptée à notre époque de pionniers dans "Luna-Park", voici Christophe qui pénètre comme naturellement dans ces temps nouveaux: pour lui l'étonnement de ses aînés est inconcevable. La science et la technique sont, dans l'air qu'il respire, aussi naturelles que l'oxygène. Ainsi "Christo", que l'auteur pare des quelités les plus diverses -beauté, intelligence, charme- commence une quête, quasi métaphysique de l' âme, à partir des données mystérieuses qui lui sont offertes dans l'antre fabuleux de Luigi Petracci, inventeur et fabriquant d' automates, qui rêve d'une prothèse cybernétique. Le lieu où tout cela se passe est un "tiroir secret" de Paris, où règne Nathalie, la femme de Luigi. Elle est l'âme de cet espace clos où l'agitation du monde ne pénètre qu'en de rares et cruelles occasions: elle permet aux angoissés, aux inquiets, de se reposer près d'elle, qui ne peut bouger du fait d'une obésité paralysante. Elle est comme leur lieu de repli.
Sa vertu est sa réceptivité et sa puissance d'accueil. Ei si Luigi apprend à Christo le mystère des machines qui vivent d'une vie propre, Nathalie lui fait découvrir le mystère, combien plus profond qui est celui de l'homme même-mystère qui est donc celui vers lequel est orienté toute la quête de l'auteur à travers "L'âge de nylon".

Vous trouverez ici une liste des principales oeuvres de la romancière franco-russe Elsa Triolet.