Principales œuvres de Karl Marx

Karl Marx, né le 5 mai 1818 à Trèves en Rhénanie et mort le 14 mars 1883 à Londres, est un historien, journaliste, philosophe, économiste, sociologue, essayiste, théoricien de la révolution, socialiste et communiste allemand. En savoir plus sur Wikipédia.

Quelques oeuvres de Karl Marx :

Karl Marx : Socialiste & Communiste Allemand
Karl Marx

Critique de l'économie politique - Karl Marx 1859 :

Ouvrage du socialiste allemand Heinrich Karl Marx (1818-1883), publié à Berlin en 1859. L'auteur a expliqué dans la préface de ce livre célèbre, qui annonce le fameux "Capital" comment il en avait établi le plan: "J'examine, dit-il, le système de l' économie bourgeoise dans l'ordre ci- après: capital, propriété foncière, travail salarié: Etat, commerce international, marché mondial... Les documents en sont les monographies que j'ai écrites à diverses époques, non pas en vue de leur publication, mais bien pour moi-même". La rédaction lui demanda sept ans, de 1959 à 1867. certaines éditions du "Capital" sont précédées de la "Critique". La préface est de première importance, car Marx définit avec une rigueur toute scientifique ce qu'il nomme "la révision critique de la philosophie du droit de Hegel". 
Cette révision "aboutit à ce résultat: que les rapports juridiques et les formes politiques de l' Etat ne sauraient être compris d'eux-mêmes pas plus qu'au moyen du prétendu développement général de l'esprit humain; ils prennent racine dans les rapports matériels de la vie...c'est ainsi qu'il importe de rechercher l'anatomie de la société civile dans l' économie politique". Marx limite donc ses recherches au domaine de l' économie politique, en précisant les grandes lignes de son matérialisme historique; les rapports entre les hommes sont nécessaires; ils sont indépendants de leur libre arbitre; ce sont des rapports de production qui correspondent à un stade déterminé dans le développement des moyens matériels de production. 

L'ensemble de ces rapports constitue la structure économique de la société, soit le mobile qui détermine, avant tout et par-dessus tout, l'évolution sociale, politique et spirituelle de la vie. Ce n'est pas la conscience de l' individu qui détermine son être, mais c'est son être social qui détermine sa conscience. A un certain point de développement, les moyens de production dont dispose la société se trouvent en opposition avec les rapports de production antérieurs dont ils sont issus. Il en résulte une ère de révolution. Ainsi, à voir les choses dans leurs grandes lignes, on peut considérer les divers modes de production (asiatique, antique, féodal, moderne et bourgeois) comme des stades progressifs de la formation économique de la société. Tandis que la conception matérialiste de l'évolution historique, entendue de façon dogmatique, ne résiste pas à une critique philosophique approfondie, la thèse marxiste des contradictions naturelles au sein de l' économie et de la civilisation bourgeoises (dont l'aboutissement inéluctable est la dissolution) était prophétique; les événements ne tardèrent pas à la confirmer en tous points. Il est fâcheux que Marx, en dépit de son réalisme extrême, soit tombé dans l' utopie chère à tous les réformateurs en déclarant que les rapports bourgeois de la production étaient "la dernière forme de l'antagonisme régnant dans l'évolution sociale de la production", et qu'avec elle se terminerait "la pré-histoire du genre humain", comme si, à un moment donné, il était possible de fixer les conditions aptes à faire cesser ces antagonismes dans la société et à instaurer l'avènement d'un Paradis terrestre. 

L' idéologie allemande - Karl Marx & Friedrich Engels 1845 - 1846 :

Cette oeuvre, dont le titre complet est: "L' idéologie allemande - Critique de la philosophie allemande contemporaine en la personne de ses représentants, Feuerbach, B. Bauer et Stirner, et du socialisme allemand en la personne de ses divers prophètes", est le fruit de la collaboration de Karl Marx (1818-1883) et de Friedrich Engels (1820-1895), pendant leur séjour à Bruxelles. Elle fut écrite entre septembre 1845 et mai 1846. Les difficultés que rencontrèrent les auteurs pour la faire imprimer, leur en firent abandonner l'élaboration définitive et ils la livrèrent "à la critique rongeuse des souris". 

C'est donc sous la forme d'un manuscrit inachevé qu'elle devait être révélée au public en 1933. Alors que la signature des chapitres de "La sainte famille" indique la part qui revient à chacun d'eux, le manuscrit que nous possédons de "L'idéologie allemande" ne permet pas de déterminer avec certitude ce qui l'apport de Marx et celui d'Engels. La plus grande partie est rédigée de la main d'Engels; mais il est fort possible qu'il s'agisse essentiellement d'une opie ou de la mise au net d'un manuscrit original qui n'a pas été retrouvé. 

L'ouvrage est bien l'oeuvre commune de deux auteurs, en ce sens qu'il est né de la discussion et de l'élaboration entre eux des prinipes qu'ils entendaient affirmer, en tant que chefs du jeune "parti communiste", en face des positions prises par les tenants de l' hégélianisme d'une part et les prophètes du "socialisme vrai" d'autre part. Marx a dit lui-même, dans la préface à sa "Critique de l'économie politique", le but que s'étaient fixé les deux amis: "Nous résolûmes de travailler en commun à dégager l'antagonisme existant entre notre manière de voir et la conception idéologique de la philosophie allemande: en fait, de régler nos comptes avec notre conscience philosophique d'autrefois. Le dessein fut réalisé sous la forme d'une critique de la philosophie post-hégélienne." C'est donc une oeuvre polémique, qui, à ce titre, se range aux côtés de "La Sainte Famille" dont elle est le prolongement. Mais comme toute oeuvre polémique des deux maîtres du socialisme, elle contient des éléments positifs que l'on considère, à juste titre, comme le premier exposé des principes du matérialisme historique. Le plan primitif de l'ouvrage comportait la rédaction de deux volumes: le premier plus spécialement onsacré à la critique de Feuerbach, de Bruno Bauer et de Max Stirner, le seond traitant du "socialisme vrai". C'est le premier dont l'élaboration a été le plus poussée. Ce que nous connaissons du second ne comprend qu'une entaine de pages, soit moins du quart de la partie réservée à la philosophie. Si Marx et Engels s'étaient jusque là proclamés disciples de Feuerbach et de son humanisme matérialiste, leur conception nouvelle les amène maintenant à critiquer les limites de sa pensée, bien que celle-ci contienne des "germes susceptibles de développement". 

En dernière analyse, Feuerbach n'a pas réussi à venir à bout du monde sensible, car il ne le considère pas dans sa réalité concrète, mais avec les lunettes du philosophe pour lequel tout doit être traduit en catégories, c'est-à-dire en absstractions. la nature, pour lui, est donnée une fois pour toutes, alors que chaque objet n'est accessible à la connaissance que comme le produit de l'activité des générations successives. De même Feuerbach ne considère pas l'homme dans son activité spécifiquement humaine, productive, mais comme une entité: l'Homme, réduisant ainsi la multiplicité des rapports humains à l' amour et à l' amitié, et obscurcissant le problème des rapports entre l'homme et la nature. De ce fait, parce qu'il reste ainsi sur le plan d'un matérialisme abstrait, Feuerbach retombe pour Marx et Engels dans l' idéalisme. "Dans la mesure où il est matérialiste, il ne tient pas compte de l'histoire, et pour autant qu'il en tient compte, il n'est pas matérialiste". La critique de Bruno Bauer et de Max Stirner est beaucoup plus mordante. C'est un véritable règlement de compte avec les prolongements de la gauche hégélienne, dont Marx et Engels étaient eux-mêmes issus. Mais alors que le contact avec les réalités politiques et économiques, et surtout la reconnaissance du rôle du prolétariat, avaient amené ceux-ci à une onception matérialiste du monde, les derniers représentants de la gauche hégélienne restaient, en dépit de leur phraséologie révolutionnaire, prisonniers de leur idéalisme. On leur reproche de juger de la marche du monde d'un point de vue étroit et abstrait, de substituer aux problèmes pratiques et aux luttes politiques entre catégories philosophiques, d'imaginer que le déroulement de l'histoire du monde dépend de la préexistence des catégories philosophiques et de la connaissance que prennent de ces catégories les philosophes "critiques". -La polémique contre Bauer n'est somme toute que le prolongement et la conclusion de ce qui avait été dit dans "La sainte famille". Mais le as de Stirner, qui venait (1845) de publier "L' unique et sa propriété", fait l'objet d'une critique approfondie, souvent pleine d'humour, parfois aussi fastidieuse par la minutie que les auteurs y apportent. Max Stirner, maître d'école berlinois, venait de se poser en iconoclaste, renversant toutes les idées du monde bourgeois au nom d'un anarchisme qui se tenait pour le dernier mot de l'esprit révolutionnaire. Tous le piquant de la critique va consister à montrer dans ce comptempteur un père de l'Eglise qui s'incline devant l' autorité de la sacro-sainte philosophie hégélienne, et dans ce révolutionnaire un petit-bourgeois de Berlin, érigeant son horizon borné et foncièrement conservateur en table des valeurs de l' anarchie. -La critique du "socialisme vrai" est essentiellement dirigée contre les théoriciens de ce socialisme qui proclament, comme des découvertes boulversant le monde, des idées auxquelles étaient parvenus, 30 ou 40 ans plus tôt, les socialistes utopiques français. Mais ils ont travesti ces idées en les habillant des défroques de la philosophie allemande, ce qui leur permet de s'en attribuer la paternité. Ce faisant, ils laissent de côté toute la critique des rapports sociaux qui, chez Fourier ou Saint-Simon, apportait des éléments valables et ils construisent ainsi une doctrine qui n'est, elle aussi, que la transposition en phrases révolutionnaires de leur idéal borné de petits-bourgeois, et qui plus est, de petits-bourgeois allemands, privés par la stagnation économique de leur pays de toute perspective de quelque ampleur. Dans toute cette polémique, l'accent est moins mis sur la façon dont la gauche hégélienne se détermine maintenant par rapport à Hegel que sur le dédain des philosophes et des théoriiens allemands pour la réalité sociale qui les entoure. C'est cette société, avec son histoire, son développement économique, ses luttes de classes, qui est maintenant pour Marx et Engels la base de toute leur conception. Et "L'idéologie allemande" reste un ouvrage capital en ce sens qu'elle nous apporte le premier exposé de la conception matérialiste de l' histoire. 

L' histoire n'est pas le champ de bataille des catégories philosophiques: elle est l'oeuvre des hommes. Mais l'homme est onsidéré comme un être concret, déterminé par sa situation dans la société, sa position par rapport aux forces productives, le contenu réel de sa conscience. Forces productives, rapports de propriété, état de la conscience, telles sont les trois données fondamentales de l' histoire. C'est la production, par laquelle l'homme entre en rapports avec la nature et avec les autres hommes, qui le différencie de l'animal et détermine son comportement historique. Les besoins des hommes vivant en société engendrent les institutions, comme l'Etat, la propriété, et. C'est le développement de la production et ses onséquences qui constituent la base du déroulement de l'histoire, l'évolution du régime politique, la naissance et le déclin des idéologies, et non l'inverse. La division du travail, qui s'impose historiquement à un certain moment du développement de la production, a pour résultat de séparer l'homme de l'objet de son activité, de déterminer ses rapports avec les autres hommes, d'opposer le travail manuel et le travail intellectuel, la ville et la campagne. La société se divise en classes antagonistes et ce sont leurs luttes qui sont l' histoire réelle de l'humanité. La conscience n'est elle-même que "l'être conscient. Elle a pour contenu non pas telle ou telle conception abstraite substituée à des conditions concrètes, mais elle reflète plus ou moins fidèlement les onditions pratiques dasn lesquelles chaque génération vit et produit. Dans le régime de la propriété privée, l' individu ne s'appartient pas à lui-même. La manifestation de sa vie est parcellaire, il ne peut se développer que dans le cadre et les limites des conditions sociales qui lui sont imposées. Ce qui importe, ce n'est donc pas de modifier la onscience de l'homme, mais les conditions pratiques dont cette conscience est le reflet. Le communisme n'est pas un idéal, il est le mouvement réel de l' histoire. Seul le prolétariat, qui n'a plus d' intérêts de classe à faire prévaloir, est capable d'émanciper l'humanité de ses limitations, car sa libération signifie la libération de l'homme. La socialisation des moyens de production signifiera l'abolition de la propriété privée, la fin d'une activité morcelée, subordonnée à une division naturelle (c'est-à-dire aveugle) du travail. C'est seulement dans le communisme que l'individu pourra développer librement ses facultés, cesser d'être un homme partiel pour atteindre à la réalisation de son être intégral. Ainsi la partie positive de "L'idéologie allemande" nous donne (essentiellement dans son premier chapitre "Feuerbach") un exposé de la pensée de Marx et d'Engels qui sera la base de toute leur oeuvre et dont les éléments se retrouvent dans l'ouvrage de maturité: "Le Capital". 

Il faut remarquer que l'expression s'est faite plus concrète, l'exposé s'appuie sur des données historiques qui dénotent une vaste culture. La phraséologie hégélienne, si caractéristique des oeuvres du jeune Marx, a maintenant disparu. Elle n'apparaît plus que pour caractériser la démarche intellectuelle des adversaires, qui sont encore tout empêtrés dans les catégories de la philosophie spéculative. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit là d'un premier exposé cohérent de la conception marxiste et il serait faux de le prendre pour le dernier mot de la pensée de Marx et d'Engels. Celui-ci ne disait-il pas en 1888: "La partie rédigée consiste en un exposé de la conception matérialiste de l'histoire qui prouve seulement combien nos connaissances d'alors en histoire économique étaient encore incomplètes." Il convient de ne pas séparer "L'idéologie allemande" d'un autre texte célèbre de Marx, publié généralement avec elle, et qu'il a rédigé en mars 1845: les "Thèses sur Feuerbach"; sous leur forme ondensée,impossible à résumer sans en trahir le contenu, elles donnent en effet le substratum philosophique de la pensée de Marx à cette époque. 

Ces onze thèses se décomposent en trois parties. Les trois premières opposent au matérialisme ancien et à l' idéalisme pur la conception matérialiste de l' histoire. Les thèses IV et VI analysent les conséquences de la conception contemplative de Feuerbach. Enfin les thèses VII à XI exposent la théorie même de Marx. Le matérialisme ancien ne conçoit la réalité que sous la forme d'objet ou d'intuition; l'idéalisme ramène l'univers extérieur à une activité abstraite. Pour Feuerbah, l'ativité humaine est l'activité théorique (Thèse II). Le matérialisme qui considère que l'homme est formé par les circonstances (ce qui est le cas du matérialisme français du XVIIIe siècle, Helvétius par exemple), ce matérialisme oublie que c'est l'homme qui modifie les circonstances (Thèse III). Les thèses qui critiquent l'attitude de Feuerbach sont développées dasn "L'idéologie allemande". Elles se rapportent toutes au fait que Feuerbach oublie toujours que l'homme est essentiellement activité pratique et que le monde est l'activité pratique concrète de l'homme. Et Marx exprime quelques-unes des idées fondamentales de sa doctrine dans les cinq dernières thèses. Les superstructures religieuse, philosophique, etc., sont le produit d'une réalité sociale déterminée. La vie sociale est essentiellement pratique, et c'est en elle que tous les mystères trouvent leur solution. Le matérialisme intuitif, "statique", est le point de vue de la société bourgeoise. "Le point de vue du nouveau matérialisme est "la société humaine" ou l'humanité socialisée" (Thèse X); cependant que la thèse XI est la quintessence de tout ce qui différencie le marxisme de la pensée philosophique traditionnelle: "Les philosophes n'ont fait qu' "interpréter" le monde de différentes manières, mais il s'agit de le "tansformer"". 

La misère de la philosophie - Karl Marx 1847 :

Publiée à Paris en juin 1847, cette oeuvre de Karl Marx (1818-1883), écrite en français, est une réponse à "La philosophie de la misère" de Proudhon. 

C'est un pamphlet mordant, dans lequel Marx dit notamment: "M. Proudhon a eu le malheur d'être singulièrement méconnu en Europe. En France, il a le droit d'être mauvais économiste, parce qu'il passe pour être bon philosophe allemand. En Allemagne, il a le droit d'être mauvais philosophe, parce qu'il passe pour être économiste français des plus forts. Nous, en notre qualité d'Allemand et d'économiste à la fois, nous avons voulu protester contre cette double erreur". Bien entendu Marx se préoccupe principalement d'exposer ses propres idées. Certes, son vocabulaire n'est pas celui du "Capital" et il n'est pas encore question de "force de travail"; néanmoins on trouve, dans "La misère de la philosophie", l'esquisse de la théorie marxiste de la valeur. Marx critique les économistes, qui, pareils à des théologiens, considèrent que leurs opinions sont une révélation de Dieu, tandis que les opinions des autres sont une invention des hommes. C'est ainsi que, pour eux, la féodalité aurait été artificielle, tandis que les "institutions de la bourgeoisie" seraient naturelles. Marx se moque des "utopistes qui, pour obvier aux besoins des classes opprimées, improvisent des sytèmes et courent après une science régénératrice". Il écrit à leur sujet: "Ils ne voient dans la misère que la misère, sans y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne. Dès ce moment, la science produite par le mouvement historique, et s'y associant en pleine connaissance de cause, a cessé d'être doctrinaire, elle est devenue révolutionnaire". Contre Proudhon qui, du point de vue de la conscience universelle, s'insurge contre la division du travail. Marx montre que celui-ci est un aspect nécessaire du développement capitaliste. Contre Proudhon, Marx s'affirme pour le droit de l' ouvrier à la coalition et à la grève. Il se prononce pour la lutte politique et exprime déjà l'idée maîtresse du "Manifeste du parti communiste", qu'il publiera un an plus tard, à savoir que l'antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie est un antagonisme fondamental, inhérent au régime capitaliste, et que, porté à sa plus haute expression par le développement même de ce régime, il conduira à son abolition. L'ouvrage est formé de deux parties: la première traite des notions de valeur d'utilité et de valeur d'échange, ainsi que de l'application de la loi des proportionnalités entre valeurs, monnaie et "excédent" du travail. 

La deuxième partie, qui s'intitule: "Métaphysique de l'économie politique", débute par une sévère et rigoureuse critique de la méthode de Proudhon; Marx s'intéresse ensuite à diverses questions fondamentales en matière économique, telles que la division du travail, la concurrence et les monopoles, la propriété ou la rente, les grèves et les coalitions ouvrières. On ne saurait mieux résumer le point de vue de Marx, sur Proudhon, qu'en citant les lignes que le philosophe allemand a lui-même consacrées, dans le "Manifeste du parti communiste", à "La philosophie de la misère". On y lit notamment: "Une partie de la bourgeoisie cherche à porter remède au malaise social, afin de consolider la société bourgeoise. Dans cette catégorie se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s'occupent d'améliorer le sort de la classe ouvrière, d'organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref les réformateurs en chambre de tout acabit. Et l'on est allé jusqu'à élaborer ce socialisme bourgeois en systèmes complets. Citons comme exemple, "La philosophie de la misère" de Proudhon" (chap. "Le socialisme conservateur ou bourgeois").

Le capital - Critique de l' économie politique - Karl Marx 1867 :

 C'est l'oeuvre la plus importante du philosophe allemand Karl Marx (1818-1883), fondateur du matérialisme historique; elle compte trois livres. 

Le "Livre premier" a pour titre: "Le développement de la production du capital. C'est le seul qui soit de la main de Marx. Six ans après sa publication parut la première traduction française par Joseph Roy. Traduction entièrement révisée par l'auteur lui-même. Dans une lettre de présentation, Marx donnait l'avertissement suivant: "La méthode d'analyse que j'ai employée et qui n'avait pas encore été appliquée aux sujets économiques rend assez ardue la lecture des premiers chapitres et il est à craindre que le public français, toujours impatient de conclure, avide de connaître le rapport des principes avec les questions immédiates qui le passionnent, ne se rebute parce qu'il n'aura pu d'abord passer outre. C'est là un désavantage contre lequel je ne puis rien si ce n'est toutefois prévenir et prémunir les lecteurs soucieux de vérité. Il n'y a pas de route royale pour la science et ceux-là seulement ont chance d'arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés". Le "Livre second" et le "Livre troisième" ont respectivement pour titre: " Le procès de la circulation du capital" et "Le procès d'ensemble de la production capitaliste". Ils sont le fruit du travail de Engels sur les notes et brouillons laissés par Marx. Le troisième livre, en particulier demanda à Engels neuf années de travail. Certaines parties de la première élaboration de Marx demeurèrent d'ailleurs inexploitées. Les livres II et III parurent en première édition allemande, respectivement en 1885 et 1984, et en première traduction française en 1900-1902. Une édition critique de l'ensemble est promise par la Historish-Kritische Gesamtausgabe des oeuvres de Marx-Engels, de l'Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou. Un "Quatrième livre" devait dans l'intention de l'auteur, réunir une abondante histoire critique des théories existantes sur la plus-value. Une partie des manuscrits qu'il a laissés à ce sujet ont été édités en allemand par K. Kautsky, sous le titre: "Les théories de la plus-value" (1904-1910), et en traduction française par Molitor à Paris, sous le titre: "Histoire des doctrines économiques". Habituellement on connaît seulement le premier volume, mais bien qu'il soit le plus important, il ne donne pas une idée complète de la pensée marxiste. Dans la société capitaliste, -ainsi commence l'ouvrage, -la marchandise ne compte pas par sa valeur sociale: elle est devenue un objet abstrait, un fétiche. Dans un certain sens, l'argent, "qui indique à propos d'une marchandise son rapport avec toutes les autres", prend possession de l' âme humaine et la tyrannise comme un démon. C'est l' argent qui achète les hommes et leur travail. La force-travail, productrice des marchandises, s'échange et s'achète comme n'importe quelle autre marchandise, obéit aux mêmes lois du marché, en oubliant que derrière la marchandise, il y a un homme avec sa famille: le prolétaire. Le prolétaire est libre, mais s'il ne vend pas son travail, il meurt de faim. Il vend sa puissance de travail, mais elle est une qualité personnelle, et elle ne peut se vendre isolément: c'est pourquoi, une fois conclu le contrat entre capitaliste et travailleur, ce dernier, avec toute sa personnalité et ses besoins, passe dans les mains de l'autre. Pour le capitaliste, l' argent doit amener la multiplication de l' argent. Même l' argent converti en salaire doit être multiplié; c'est ainsi que la force humaine achetée rapporte une plus-value au capitaliste, outre la valeur avec laquelle elle a été payée. La formation de la plus-value et son augmentation se produisent de la manière suivante: 1° le capitaliste contraint l'ouvrier à lui fournir du travail pour un temps supérieur à celui qui correspond à son salaire; 2°) la marchandise-travail, au lieu de se consommer comme n'importe quelle autre marchandise, produit, en se consommant, une valeur supérieure à celle qu'elle représente; c'est-à-dire que le travail fournit un excédent sur son coût, qui est la plus-value, monopolisée par le capitaliste, lequel est en mesure d'imposer les conditions qu'il veut à l'ouvrier; 3°) lorsqu'il n'est pas possible d'augmenter la journée de travail de façon directe, le capitaliste cherche à l'augmenter d'une manière détournée, en modifiant le procédé technique; chaque amélioration de la technique productrice équivaut à une augmentation de la journée du travail: elle accroît la production et, de ce fait, la plus-value. Cette dernière considération établit clairement qu'à un moment donné du processus de production, c'est-à-dire quand le capitaliste a amené à son extrême limite les deux modes d' exploitation, le problème de l'augmentation de la plus-value devient essentiellement un problème technique: améliorer les moyens techniques de la production. Les inventions techniques ont été, à cet égard, la grande ressource du capitalisme. Dans les mains du capitaliste, la plus-value devient un nouveau capital: il y a ainsi cumul. Ce cumul, grâce à un processus dont Marx analyse les différentes étapes, mène à la concentration des capitaux et à la centralisation, jusqu'à ce que le capitalisme se perde dans un cercle vicieux. Voici comment est synthétisé, dans la pensée de Marx, le cercle fermé du système capitaliste; dans la concurrence de la production, c'est le prix le plus bas qui triomphe; le prix le plus bas est le résultat d'un haut rendement de travail et celui-ci s'acquiert en ayant des machines plus puissantes et des usines plus perfectionnées et, par conséquent, un plus grand capital; d'où la nécessité de les augmenter à un rythme croissant; mais plus le nombre des machines augmente, plus le nombre des ouvriers diminue, plus la proportion du capital circulant (main-d'oeuvre) diminue à l'égard du capital fixe (machines, installations, etc.); mais c'est du capital circulant que découle la plus-value: plus petite est la proportion du capital circulant, plus petite devient celle de la plus-value (qui peut augmenter en valeur absolue, mais qui diminue en valeur relative). 

Cependant la masse des ouvriers en chômage augmente, si bien que les possibilités de consommation décroisssent, tandis que d'un autre côté les marchandises sur le marché augmentent. Afin que les chômeurs consomment de nouveau, il faut les occuper dans d'autres nouvelles branches d' industrie, ou développer celles qui existent déjà. Mais pour cela, il faut de nouveaux capitaux: les nouveaux capitaux ne peuvent exister qu'avec le cumul, et le cumul est tributaire de l'augmentation de la plus-value. Pour augmenter la valeur relative de la plus-value, il faudrait diminuer la valeur de la main d'oeuvre, en abaissant le prix des marchandises consommées par le travailleur. Mais, pour diminuer le prix des marchandises, il est nécessaire d'augmenter la productivité, en améliorant la technique. Et pour améliorer la technique, il faut encore accumuler, en augmentant la plus-value, et ainsi de suite. Le cercle vicieux est complet. De temps en temps, le cercle s'interrompt: magasins combles, débouchés fermés, le marché n'accepte plus rien, c'est la faillite, la grève, la révolte des affamés. La crise atteint son maximum. Tel est le cercle vicieux auquel ne peut échapper le système capitaliste, mais tout comme le système dont il est l'expression, ce mouvement cyclique a pourtant eu un point de départ. Le capitalisme est né du jour où naquit le cumul: péché originel de l' économie politique. Le premier cumul du capital est le résultat d'une expopriation de la propriété privée acquise par le travail. Il y a ensuite une nouvelle forme d'expropriation: celle du capital inférieur qui déjà exploite une certaine quantité d' ouvriers. Chaque capitaliste en a tué d'autres, et plus d'une fois lui-même sera tué par un plus grand que lui. Le processus arrive à de telles extrémités qu'à un moment donné, le nombre des capitalistes étant si petit, la masse des malheureux devient pour lui un danger, car cette masse, en réponse, s'organise, s'unit et se soulève. C'est le développement même du mécanisme capitaliste qui suscite cette masse opposante: en fait, le monopole du capital devient un obstacle aux méthodes mêmes de production, nées du capitalisme. La centralisation des moyens de production et la socialisation du travail se développent à tel point qu'elles deviennent incompatibles avec la structure capitaliste, d'où elles sont nées et à partir de laquelle elles se sont déterminées. On reconnaît ici le principe évolutionniste du matérialisme historique (voir "Critique de l' économie politique). La structure devient superstructure et doit s'écrouler. La fin de la propriété capitaliste est proche. Les expropriateurs seront expropriés. Le second livre décrit minutieusement le fonctionnement du marché, dont les capitalistes sont eux-mêmes esclaves, si ce n'est que, pour diminuer les risques des caprices du marché, ils s'aident mutuellement, fondent des banques et adoptent des mesures de sécurité. Ainsi les phénomènes chaotiques finissent par se régulariser, et le capital réussit à vivre plus en sûreté dans son propre édifice. Mais cependant le mécanisme s'est compliqué, et le capitaliste, tout en continuant à tirer la plus-value de son activité d' industriel, assume de nouvelles fonctions: il devient commerçant, intermédiaire, banquier, propriétaire. Il se fait aider par une foule d'autres personnes; mais celles-ci aident le capital à réaliser son profit, et pour cela en réclament une partie. Le profit devrait désormais être divisé entre tous les loups de la horde. Il est en quelque sorte, divisé et distribué par le jeu même du mécanisme capitaliste. Déjà l' économie classique avait noté que des capitaux employés dans les entreprises les plus diverses donnent, dans un même pays et dans un même temps, une proportion égale de profit. Dans le troisième livre du "Capital", Marx explique que les différents profits s'égalisent au moment de la vente de la marchandise, parce que le capital n'encaisse pas le profit de sa production particulière, mais seulement une partie du butin général. Les capitalistes se comportent, en ce qui concerne le profit, comme les actionnaires d'une grande société; les particuliers ne sont connus que par le montant relatif des capitaux engagés par chacun. La seule édition française qui soit aujourd'hui homogène et complète est celle de Molitor. Elle comprend 22 tomes. L'oeuvre a soulevé les jugements les plus divers. Cependant même ses adversaires déclarés n'ont pas pu ne pas s'incliner devant sa puissance. Werner Sombart, un des économistes allemands qui polémique le plus âprement contre le marxisme, déclarait lui-même: "Si la science économique a pu aboutir dans ses recherches à des résultats féconds, c'est pour avoir subi pendant un siècle les voies que Marx lui avait ouvertes, grâce à sa manière géniale de poser les problèmes. Et nous pouvons maintenant affirmer avec certitude que ceux des économistes qui se sont refusés à suivre ces voies ont fait un travail stérile". 

Les luttes des classes en France - Karl Marx 1850 :

Cet ouvrage de Karl Marx (1818-1883), le fondateur du socialisme scientifique, fut rédigé entre janvier et avril 1850 et publié la même année dans quatre numéros successifs de la "Neue rheinische Zeitung", revue économique et politique publiée à Londres par Marx. 

Il s'agit donc d'une étude née sitôt après l'événement et l'auteur y présente un tableau de la Révolution de 1848 en France que les recherches des historiens n'ont fait que confirmer depuis. Marx, qui avait précisé dans "L'idéologie allemande" les principes de sa méthode, l'applique ici pour la première fois à une période historique déterminée. Son analyse s'efforce donc de dégager sous la trame des événements, les forces sociales qui en sont le moteur, et elle dénote chez Marx une connaissance étonnante de la situation économique et politique de la France. Le rôle joué par la classe ouvrière est mis particulièrement en valeur. Dès février, les ouvriers parisiens s'étaient battus au premier rang des barricades. Ils avaient imposé au gouvernement provisoire hésitant la proclamation de la République. Ils avaient obligé la république bourgeoise à s'entourer d'institutions sociales, comme la Monarchie de Juillet avait dû s'entourer d'institutions républicaines. Mais ce rôle moteur de la classe ouvrière, cristallisant autour d'elle les aspirations de tout un peuple à la liberté, allait amener la bourgeoisie une fois au pouvoir à se retourner contre son frère d'armes et à faire éclater au grand jour l'antagonisme caractéristique de la société moderne: la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat. Dès qu'il eut pris conscience de l'importance politique de la classe ouvrière, le gouvernement s'efforça de l'isoler de ses alliés naturels, la petite bourgeoisie et la paysannerie, de l'écarter de l'exercice du pouvoir en créant la Commission du Luxembourg, de l'acculer à l'insurrection de Juin par la duperie des Ateliers nationaux. Les journées de juin, où Marx voyait la première irruption du prolétariat en tant que classe sur la scène de l'histoire, se terminèrent par l'écrasement des ouvriers. Mais cette défaite, Marx la juge comme la condition des victoires futures. Il fallait que les illusions des travailleurs, qui inscrivaient sur leurs drapeaux les mots d'orde de "Droit au travail", "Organisation du travail", fussent balayés pour que ceux-ci comprennent que ce sont là des objectifs illusoires dans la société capitaliste et que la classe ouvrière doit, pour être conséquente avec elle-même, revendiquer l'abolition du salariat, la prise en possession des moyens de production. Marx exprime ici pour la première fois les objectifs révolutionnaires du socialisme scientifique. Une fois la classe ouvrière éliminée de la scène politique, la lutte va continuer entre les diverses fractions de la bourgeoisie. Les représentants du capital financier avaient été en possession du pouvoir sous la Monarchie de Juillet, c'étaient maintenant les industriels qui revendiquaient le gouvernement. Et cette bataille se joue sous le couvert de la rivalité des divers partis politiques, républicains à la Cavaignac, parti du "National", légitimistes, orléanistes, etc. L'analyse de Marx met à nu le mécanisme de cette lutte, dans laquelle l'aile républicaine est utilisée pour battre la classe ouvrière, puis mise au rencart pour faire place au règne du parti de l'"Ordre", à la dictature anonyme de la bourgeoisie la plus réactionnaire. On trouve ici déjà une analyse de l'essence du gouvernement bourgeois et de la nature de l' Etat, que l'on retrouvera dans "La guerre civile en France), écrite vingt ans plus tard. Les ouvriers battus, la bourgeoisie se retourne contre leurs alliés naturels et fait peser son joug sur la petite bourgeoisie et les paysans. Le boutiquier, qu'on a lancé contre les barricades de juin, retrouve à la porte de son magasin le créancier qui lui signifie sa déchéance ou sa banqueroute. Le paysan, auquel on a fait croire que ses contributions servaient à payer l'ouvrier à ne rien faire, voit ses impôts augmentés après la défaite de juin. Qui plus est, la bourgeoisie marchera contre sa propre aile républicaine et démocrate le 13 juin 1849, et elle sapera ainsi les étals de son pouvoir, démontrant par les faits que le régime qu'elle a instauré au nom de la liberté ne peut se maintenir qu'en reniant cette liberté. Donc, si la classe ouvrière n'était pas mûre pour la révolution, la bourgeoisie est déjà incapable d'exercer le pouvoir et de s'y maintenir. La vraie conclusion des événements de 1848, c'est le coup d'Etat du 2 décembre. Marx n'a pas manqué d'étudier aussi, selon sa méthode propre, la venue au pouvoir de Napoléon III, et il l'a fait, dès 1852, dans sa brochure: "Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte". Cette oeuvre est le complément indispensable des "Luttes de classes en France". Reprenant le développement historique dans ses grandes lignes, Marx y montre sur quelle duperie ont reposé l'élection du prince président et le coup d'Etat. La politique de la bourgeoisie, la constitution même qu'elle avait élaborée devaient faire du nom de Bonaparte le signal de ralliement de tous les mécontents. Ouvriers, petits bourgeois, paysans votèrent en masse pour celui en qui s'incarneraient les souvenirs glorieux du premier Empire. Ce caractère de parodie, Marx le dévoile à chaque page. Mais le pouvoir de Napoléon III n'est pas seulement une parodie. Et Marx d'analyser très exactement les éléments sur lesquels s'appuie l'Empire et la transformation de l' Etat, qui résulte de cette nouvelle phase de l'histoire des classes sociales françaises. Le ton du pamphlet est aussi plus théorique et plus abstrait que celui des "Luttes des classes en France". A l'époque de leur rédaction, Marx croyait encore à un sursaut révolutionnaire, à un rebondissement des événements de 1848. Il espérait qu'une occasion favorable allait permettre à la classe ouvrière de faire sa rentrée et de pousser plus loin la révolution. Les études auxquelles Marx se livre en 1850 (et le dernier chapitre des "Luttes de classes" ajouté par Engels à l'édition de 1895 en est déjà le reflet) l'amenèrent à la conclusion que la défaite de 1848 était liée à la conjoncture économique et que seule une nouvelle crise, fort peu probable dans les conditions existantes, ouvrirait une nouvelle ère révolutionnaire. On comprend donc que, sollicité de rééditer cette oeuvre, Marx s'y soit refusé, estimant nécessaire d'en remanier certaines conclusions. Lorsqu'il écrivit le "18 Brumaire", Marx ne se faisait plus d'illusions sur les perspectives révolutionnaires qui pouvaient s'ouvrir. Repassant en revue les mêmes événements et appliquant la même méthode, il est plus préoccupé de mesurer le chemin parcouru et de déterminer les tâches futures de la classe ouvrière. C'est ainsi qu'il en arrive à se poser le problème du renversement révolutionnaire de l' Etat et à ébaucher ce qui sera, après l'expérience de la Commune, la théorie de la dictature du prolétariat. Mais de cette manière, le "18 Brumaire" corrige l'erreur de perspective des "Luttes de classes en France", et en ce sens, il en constitue la véritable conclusion. 

Manifeste du parti communiste - Friedrich Engels 1847 : 

C'est sur un mandat du deuxième Congrès de la "Ligue des Communistes" (Londres, décembre 1847) que Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) rédigèrent ce fameux document, qui marque une étape capitale dans l'histoire des doctrines socialistes et se trouve être au point de départ du développement du mouvement ouvrier contemporain. 

Publié à Londres, à la veille de la révolution de Février 1848, il fut adopté par La Première Internationale, qui se tint à Londres en 1864. Dans une préface écrite après la mort de Marx, Engels en a ainsi résumé l'idée maîtresse (qui selon lui, appartient exclusivement à Marx): "La production économique et la structure sociale qui en résulte nécessairement forment, à chaque étape historique, la base de l'histoire politique et intellectuelle de cette époque;... par suite (depuis la dissolution de la primitive propriété commune du sol) toute l'histoire a été une histoire de luttes de classes, de luttes entre classes exploitées et classes exploitantes, entre classes dominées et classes dominantes, aux différentes étapes de leur développement social; mais... cette lutte a actuellement atteint une étape où la classe exploitée et opprimée (le prolérariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l'exploite et l'opprime sans libérer en même temps, et pour toujours, la société tout entière de l'exploitation, de l'oppression et des luttes de classes". L'importance du "Manifeste" tient à ce qu'il fonde sur une théorie historique l'idée que les mouvements socialistes antérieurs et les revendications ouvrières ne sont pas "quelque chose de fortuit qui aurait pu ne pas exister" (Engels). Il ne s'agit plus de critiquer du point de vue de la moralité abstraite la situation faite aux travailleurs, ni de s'adonner à l'élaboration de projets idéaux de société parfaite. Il ne s'agit plus de "faire appel au coeur et à la caisse des philanthropes bourgeois", ni d' "émousser la lutte des classes et concilier les antagonismes". C'est du développement des antagonismes au contraire que surgira une nouvelle société. Afin de mieux saisir l'importance du rôle historique qui incombe au prolétariat, il convient de reprendre l'histoire de ce qui l'a précédé. la bourgeoisie, à ses débuts "classe opprimée par le despotisme féodal, association armée, s'administrant elle-même dans la commune, ici, République urbaine indépendante; là, tiers état taillable et corvéable de la monarchie, puis, durant la période manufacturière, contrepoids de la noblesse dans la monarchie, féodale ou absolue, pierre angulaire des grandes monarchies, la bourgeoisie, depuis l'établissement de la grande industrie et du marché mondial, s'est finalement emparée de la souveraineté politique exclusive" dans l' Etat moderne. Au cours de son développement gigantesque, elle a assujetti la campagne à la ville, supprimé de plus en plus la petite production, créant dans le même temps d'immenses concentrations industrielles et commerciales. Ce faisant, elle a créé les conditions propres à un rassemblement en un seul endroit, de masses considérables de travailleurs. Ceux-ci, au cours des luttes qu'ils eurent à soutenir pour défendre leur droit à la vie, furent amenés à prendre conscience des intérêts communs qui les unissaient. Et le résultat le plus probant de ces premiers combats fut moins le succès immédiat de leurs revendications que l'union grandissante des travailleurs. Progressivement, les collisions individuelles et locales entre l'ouvrier et le bourgeois prirent le caractère de collisions entre deux classes. Le moment vint alors, où il fut possible au prolétariat de porter la lutte, non plus exclusivement sur le terrain économique, mais aussi sur le terrain politique, en constituant un parti. Et ce parti est le parti communiste dont Marx définit ici, de façon péremptoire, et les principes et la tactique, en fonction du rôle historique qui revient au prolétariat en tant que classe: à savoir instaurer une société où les classes étant abolies, sera abolie l'exploitation de l'homme par l'homme, le libre développement de chacun étant la condition du libre développement de tous. Avant-garde du prolétariat née de la lutte "les communistes ne forment pas un parti distinct, opposé aux autres partis ouvriers... Pratiquement, les communistes sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien". Pendant le reste de leur vie, Marx et Engels travailleront à fonder scientifiquement leurs conceptions, et simultanément ils se jetteront dans l'activité politique pour identifier ces conceptions à la conscience théorique et pratique du prolétariat organisé. La conclusion du "Manifeste" est empreinte d'un esprit optimiste et combattif, le texte s'achève sur cette phrase désormais célèbre: "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!" On ne peut analyser toute l'argumentation d'un texte aussi remarquablement dense et concis, mais il convient de souligner ce qui fait sa nouveauté par rapport aux systèmes socialistes dits utopiques et l'en distingue radicalement: c'est l'idée que "le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appopriation" et que "la bourgoisie produit ses propres fossoyeurs" par un mouvement inéluctable, qu'il n'est au pouvoir de personne d'arrêter, ni de détourner. Aussitôt après sa publication en allemand, "Le Manifeste du Parti communiste" fut diffusé en anglais, en français, italien, hollandais et danois. Depuis, il a été traduit en toutes les langues et connut une diffusion mondiale. 

Travail salarié et capital - Karl Marx 1849 :

Recueil de conférences du philosophe, économiste et révolutionnaire allemand Karl Marx (1818-1883). Sont rassemblées, sous ce titre, les conférences que Marx a prononcées en avril 1849 à Bruxelles devant l'Association des ouvriers allemands, puis publiés dans la "Nouvelle Gazette rhénane" ("Neue Rheinische Zeitung). 

Dans l'ordre spécifiquement économique de l'édifice marxiste, ces textes n'atteignent pas l'achèvement de la réflexion dont témoigne "Le capital". Ils mettent néanmoins en place les principales notions du matérialisme historique. Poursuivant sa critique des analyses de Proudhon, Marx proscrit le concept de lois nécessaires, universelles et éternelles de l' économie. Cette dénonciation du caractère inconditionné des conflits et des solutions conduit Marx à une conception essentiellement "historique" des réalités économiques et à une conception "matérialiste" de la discontinuité de l' histoire. Tout ordre économique et social est déterminé par les conditions matérielles de production: "Les rapports de production forment ce qu'on appelle les rapports sociaux, la société, et une société à un stade de développement historique déterminé, une société à caractère distinctif, original." Le matérialisme historique de Marx tend à miner le modèle hégélien de métaphysique de l' Histoire; la réalité historique n'est plus conceptualisée selon la transcendance et l'universalité de l'Idée, mais selon la spécificité matérielle des sociétés. Le travail salarié et la concentration du capital constituent les déterminations matérielles de la société capitaliste qui, elle-même, est un moment historique, transitoire parce que conditionné matériellement. Ce que Marx met en jeu dans les apports fondamentaux de sa philosophie économique et politique, c'est la réalité sociale des peuples comme forces productives, agents décisifs du dynamisme de l'histoire. Chaque moment historique est déterminé par ces rapports sociaux qui ne sont autres que des rapports de production, de sorte que toute amorce de transformation sociale est liée à l'action des forces productives sur les modes de production. Le thème explicite de ce recueil est l'antagonisme entre le travail salarié et le profit du capital; or, cet antagonisme dissimule une interaction mutuelle: "Le capital suppose donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l'un de l'autre, ils se créent mutuellement." Il y a ainsi, entre salaire et capital, un irréductible conflit, approfondi et radicalisé du fait même de leur dépendance mutuelle. Ces textes présentent les grandes options économiques de Marx, ainsi que leurs conséquences politiques. Leur densité et leur limpidité en font une excellente introduction au "Capital". 

Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel - Karl Marx 1842 :

Ouvrage du philosophe allemand Karl Marx (1818-1883). Texte peu connu mais fondamental. Il date de la jeunesse de Karl Marx et fut écrit entre 1841 et 1842. 

Le jeune philosophe se délivrait à cette époque des magies de la dialectique idéaliste hégélienne et venait d'achever sa thèse sur les matérialistes de l'Antiquité. Dans cette Allemagne révolutionnaire du début de l'autre siècle, la critique de la religion et la critique de la philosophie classique s'approfondissaient et "se radicalisaient". Pour pénétrer davantage dans les structures de cette critique, le jeune Marx vient de chercher comment le matérialisme d' Epicure enrichit celui de Démocrite qu'il trouve trop abstrait. Avec l' atomisme des épicuriens, en effet, la nature stérilisée par Démocrite reprend vie: Marx à cette époque ne peut perdre de vue qu'il s'agit moins d'affirmer un matérialisme abstrait à la Diderot, de dériver la psychologie et la philosophie des données mécaniques de l' expérience -ce qui serait un positivisme confus- que de saisir la signification profonde du devenir de la nature. La dialectique de Hegel se situait dans les perspectives de la méditation de Rousseau et de la réflexion réaliste sur la Révolution française: elle concluait à une contradiction entre la liberté privée du citoyen et la tyrannie publique de l' Etat. L' Etat substantiel de Platon était rejeté par l'analyse hégelienne, la communauté moderne impliquant le choix et comme une plus grande différenciation de l'organisme social. L'Etat devient la substance de l'individu en tant que la communauté réalise la volonté générale, réconcilie les exigences de liberté par le principe infini qu'il représente. Mais ce conflit de la volonté générale et de la volonté positive des institutions est une étape qui doit être dépassée dans une forme moderne de la puissance de l'Etat devenu "l'esprit certain de soi qui se hausse au-dessus du mal pour le réconcilier avec soi". L'Etat devient donc le rationnel, l'idéal de chaque individu lui-même citoyen; il forme le but suprême de la volonté et de la subjectivité individuelles, et résout le problème de la communication des consciences à travers le lien positif des institutions stabilisées. L'homme s'y retrouve abstrait et le pouvoir paraît être "la réalité en acte de la liberté concrète". Cette réconciliation du libéralisme et du totalitarisme suppose l'extrême aliénation de l'homme, le moment où, sa nature s'extériorisant dans sa volonté, cette volonté trouve sa fin dans un idéal qui à son tour domine l'individu et le modèle. L'Etat laissant aux individus leur liberté abstraite et négative parvient à se réaliser sans eux, hors d'eux, en les utilisant pour accomplir ses propres fins, à travers le labyrinthe des particularités, "L' Etat devient la ruse". L'interrogation du jeune Marx porte contre cette aliénation, plonge dans la nature concrète de la subjectivité que ne manifeste pas l'idéal qu'il prétend à réaliser. "La seule chose qui importe, c'est de découvrir, pour les déterminations concrètes individuelles, les déterminations abstraites correspondantes". L'illusion de Hégel a été de prendre l'Etat pour sujet réel de sa réflexion, quand il en était le produit. Il a perdu de vue que l'homme fait la cité plus que la cité ne fait l'homme et que le prédicat de son raisonnement (le citoyen) est le résultat d'une ontologie spécieuse. Ce qu'il donne pour sujet de l'Etat, son idéal ou l'idée qu'il représente est en fait la manifestation qui interdit l'authentique communication des consciences, et remplace la communauté par une monopolisation des hommes sous l'idée. Hégel commet une seconde erreur en ne saisissant pas la réalité profonde du pouvoir, en ne signalant que comme moyen ce qui tend à devenir la nature même de la puissance établie, la bureaucratie et l'administration. Ainsi Hegel devient conservateur en épanouissant l'Etat dans une constitution immobile. Il ne comprend pas que "la bureaucratie est un esprit totalement jésuitique, théologique_", que "les bureaucrates sont les jésuites de l'Etat et les théologiens d'Etat_", que "la bureacratie est la république prêtre". L'aliénation philosophique tend à écraser l'individu, à écraser la responsabilité, à diluer la subjectivité et la communication concrète des consciences concrètes dans une image de la puissance, à rendre permanente la monopolisation des hommes par une puissance acquise. Il n'a pas compris que le sujet réel de l'Etat c'était l'intérêt privé, non la volonté générale, et que l' escroquerie commençait au moment où une puissance, au nom d'une idéologie révolutionnaire qui accorde à chaque homme une liberté sans signification, construit une nouvelle puissance aussi cynique et aussi étrangère à l'homme que les tyrannies du passé. La participation à la communauté n'est donc pas seulement une participation à l'idée, elle ne peut être prise pour ce qu'elle produit, pour l'image transposée des mythes dangereux qu'elle crée, elle devrait être une expérience authentique de la puissance directe de l'homme sur ce qu'il modifie. La portée de ce texte est immense dans la méditation du jeune Marx; on y découvre cet humanisme au sens étymologique du mot, cet effort pour rendre à l'homme son humanité perdue sous la fascination des mythes et des idoles. Ajoutons que c'est le seul texte, avec le "Manuscrit économico-politique" de 1844, où Marx aborde -sous l'angle de la critique, il est vrai- la question de la communication des consciences et tente d'élucider la nature complexe des communautés humaines. 

Œuvres politiques I - Karl Marx 1994 :

Étrange destin que celui des écrits de Karl Marx. Peu de penseurs du dix-neuvième siècle ont exercé une telle influence sur notre histoire, et pourtant son oeuvre attend toujours une édition intégrale. D'où le paradoxe que souligne Maximilien Rubel dans la préface, le "marxisme" au nom duquel "furent édifiés tous les régimes soi-disant communistes, cette scientia nova naquit avant que fût connue intégralement l'oeuvre de Marx". Poursuivant son travail de longue haleine, Maximilien Rubel présente ici les textes politiques de Marx, entre 1848 et 1854, consacrés notamment au "printemps des peuples" qui ébranla l'ordre européen édifié par le Congrès de Vienne au lendemain de la défaite de Napoléon. Aux côtés de classiques comme les Luttes de classes en France 1848-1850, et le 18 brumaire de Louis Bonaparte, on trouvera de nombreux articles écrits au jour le jour et qui montrent un Karl Marx journaliste engagé dans la lutte contre l'absolutisme, pour la démocratie et pour les droits des ouvriers. Polémiste de talent, il sait dénoncer les injustices, même si, dans le feu de l'action, il pêche parfois par enthousiasme ou par schématisme. Mais ses analyses sur Napoléon III, le bonapartisme et surtout le rôle de l'Etat ­ que Maximilien Rubel met en perspective ­ gardent une étonnante actualité. 

Gallimard, coll. "La Pléiade", Paris, 1994, 1 968 pages

Cette rubrique liste les principales oeuvres de l'économiste philosophe allemand Karl Marx.