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Gustave Flaubert est un écrivain français né à Rouen le 12 décembre 1821 et mort à Croisset, lieu-dit de la commune de Canteleu, le 8 mai 1880. En savoir plus sur : Wikipédia.

Quelques oeuvres de Flaubert :

L’écrivain français Gustave Flaubert
Gustave Flaubert

Bouvard et Pécuchet, Gustave Flaubert 1881 :

Roman inachevé de Gustave Flaubert (1821-1880), publié à Paris avec des coupures dans la Nouvelle Revue du 15 décembre 1880 au 1er mars 1881, et en volume chez Lemerre en 1881.

C'est en août 1872 que Flaubert entreprend ce roman auquel il consacre les dernières années de sa vie et dont la rédaction est momentanément interrompue par l'écriture et la publication des Trois Contes. Le projet est toutefois ancien: le premier plan de l'ouvrage est de 1863 et l'idée du Dictionnaire des idées reçues, dans laquelle s'enracine Bouvard et Pécuchet, remonte à 1850. Plus loin encore, un texte de jeunesse intitulé Une leçon d'histoire naturelle, genre commis (1837) semble contenir les premiers germes de cette oeuvre ultime de la maturité.

Deux copistes, Bouvard et Pécuchet, se rencontrent par hasard à Paris et se lient d'amitié. Bouvard ayant reçu un héritage, en 1839, les deux hommes prennent leur retraite et acquièrent à Chavignolles, dans le Calvados, une propriété dans laquelle ils s'installent (chap. 1). Ils décident tout d'abord de se consacrer à la culture mais leurs efforts, dans les domaines de l'agronomie, de l'arboriculture, de l'architecture de jardin et de la fabrication de produits alimentaires se soldent par de cuisants échecs (2). Ils se lancent alors dans l'étude de la chimie, de l'anatomie, de la physiologie, de la géologie (3), puis dans celle de l'archéologie et de l'Histoire (5). Cette dernière discipline, par le biais du roman historique, les entraîne vers l'exploration de la littérature. Le théâtre les attire tout particulièrement et ils prennent la résolution de composer eux-mêmes une pièce (4). Cependant, les événements de février 1848 surviennent et les écartent de leur projet car les deux hommes se vouent alors à l'étude de la politique (6).

Déçus tant par leurs lectures que par les événements et par le comportement de leurs concitoyens, ils cessent d'étudier et se tournent vers l'amour: Bouvard cherche à obtenir la main d'une veuve, Mme Bordin, mais il s'aperçoit bientôt que cette dernière le berne et n'est guidée que par l'intérêt; quant à Pécuchet, il parvient à obtenir les faveurs de leur jeune servante Mélie, mais s'en trouve atteint de syphilis (7). Ces déboires sentimentaux rapprochent les deux amis qui se consacrent à la gymnastique, puis au magnétisme, au spiritisme et à la philosophie (8). Déprimés par la vanité des savoirs et par l'ostracisme croissant dont on fait preuve à leur endroit, ils se tournent vers la religion mais, après une période de piété, l'épreuve de la raison, à laquelle ils soumettent leur foi, a tôt fait d'ébranler leur croyance (9). Ils recueillent deux orphelins, Victor et Victorine, et entreprennent leur éducation mais là encore, ils se heurtent à un échec (10).

La suite du roman n'a pu être rédigée par Flaubert mais il en a laissé le plan: après une conférence publique qui met un comble à l'hostilité des notables à leur égard, les deux hommes, qui «n'ont plus aucun intérêt dans la vie», décident de reprendre leur métier de copiste.

Si Bouvard et Pécuchet est une oeuvre inachevée, c'est parce que le dernier chapitre du roman n'a pas été rédigé mais, surtout, parce que manque un second volume, suite et pendant du premier. Il aurait été composé de la copie entreprise par les deux hommes, c'est-à-dire vraisemblablement des notes de Flaubert que l'on regroupe généralement dans le «Sottisier», et du Dictionnaire des idées reçues. Le «Sottisier» est essentiellement constitué de citations regroupées sous diverses rubriques _ «Spécimens de tous les styles», «Catalogue des idées chic», etc. _, relevées pour leur cocasserie ou leur absurdité et faisant apparaître, dans leur fond ou leur forme, la bêtise humaine. Ainsi le Dictionnaire des sciences médicales donne, parmi les «Causes de la nymphomanie», «la culture trop assidue des beaux-arts [...], la fréquentation habituelle ou trop continue du Muséum»; Bossuet traite Molière d'«infâme histrion», et Lamartine Rabelais de «boueux de l'humanité»; la littérature est truffée de figures douteuses dont cette comparaison d'Alexandre Dumas fils offre un exemple: «De fins sourcils, nets et réguliers comme l'arche d'un pont.» Sans doute Flaubert aurait-il d'ailleurs emprunté quelques phrases à ses propres oeuvres. Quant au Dictionnaires des idées reçues, il en décrit ainsi le projet dans une lettre à Louise Colet du 16 décembre 1822: «Une vieille idée m'est revenue, à savoir celle de mon Dictionnaire des idées reçues [...]. La préface surtout m'excite fort, et de la manière dont je la conçois (ce serait tout un livre) aucune loi ne pourrait me mordre quoique j'y attaquerais tout [...]. Cette apologie de la canaillerie humaine sur toutes ses faces, ironique et hurlante d'un bout à l'autre, pleine de citations, de preuves (qui prouveraient le contraire) et de textes effrayants (ce serait facile), est dans le but, dirais-je, d'en finir une fois pour toutes avec les excentricités, quelles qu'elles soient.» Il semble bien que Bouvard et Pécuchet corresponde à ce projet de livre-préface.

Ce roman, qui devait précéder une disparition quasi totale de la fiction au profit de la citation, se présente comme une odyssée à travers le savoir qui ramène les personnages à leur activité initiale de copistes. Leur parcours méthodique à travers des disciplines multiples et variées se révèle nul. Certes, les deux «cloportes» ou «bonshommes», comme Flaubert se plaît à les appeler dans sa correspondance ou ses conversations, sont des individus médiocres, intellectuellement frileux et naïfs que rien, au départ, ne prédestine à l'étude. Lorsqu'ils quittent Paris, Bouvard s'écrie: «Eh! nous n'aurons pas besoin de bibliothèque» (chap. 1); et, lorsqu'ils trouvent par hasard des livres en s'installant à Chavignolles, Flaubert précise qu'ils n'«eurent pas la fantaisie d'en lire les titres. Le plus pressé, c'était le jardin» (chap. 2). S'ils en viennent rapidement aux livres, c'est parce que, à travers les revers essuyés dans la pratique de l'agronomie, ils s'aperçoivent de leurs lacunes. Ils attendent donc des livres qu'ils leur permettent de comprendre et de maîtriser le monde. Sympathiques dans leurs espoirs et leur ténacité, pitoyables dans leurs échecs répétés, les personnages font moins la preuve de leur incapacité que celle de l'insanité des discours. Leur parcours circulaire et douloureux _ il les porte au bord du suicide (chap. 8) _ manifeste l'universelle vanité de tous les systèmes de pensée. Si Flaubert avait envisagé, pour ce roman, le sous-titre «Du défaut de méthode dans les sciences», c'est sans doute moins pour désigner la démarche des personnages que les impasses inhérentes au savoir lui-même.

Souvent dérisoires et comiques, Bouvard et Pécuchet sont à prendre au sérieux dans leur odyssée livresque qui les rapproche de plus en plus de leur créateur. En effet, avant de commencer à écrire vraiment son roman, Flaubert, entre 1872 et 1874, lit de multiples ouvrages et poursuit cette activité durant la rédaction; il a vraisemblablement parcouru plus de mille cinq cents livres pour Bouvard et Pécuchet: «Je lis des choses stupides, rien que de l'apologétique chrétienne, maintenant, c'est tellement bête qu'il y a de quoi rendre impies les âmes les plus croyantes» (lettre à Mme Roger des Genettes, 13 juin 1879). L'écrivain connaît donc le premier l'expérience qu'il prête ensuite à ses personnages. Ceux-ci, pour leur part, connaissent une évolution qui les conduit à des sentiments identiques à ceux de Flaubert: «Alors une faculté pitoyable se développa dans leur esprit, celle de voir la bêtise et de ne plus la tolérer. [...] ils sentaient peser sur eux la lourdeur de toute la terre» (chap. 8). Comme tant d'autres personnages flaubertiens, Bouvard et Pécuchet constituent un avatar de l'écrivain porté jusqu'au fantasme de sa disparition que le second volume aurait attestée.

Très pessimiste et caustique, cette «espèce d'encyclopédie critique en farce» (lettre à Mme Roger des Genettes, 18 août 1872) est, plus encore peut-être que la Tentation de saint Antoine, le livre de toute une vie. Outre la précocité de sa conception, elle semble en effet rassembler et porter jusqu'aux plus extrêmes conséquences les composantes majeures de l'oeuvre flaubertienne. Elle fait écho à la Tentation de saint Antoine dont elle forme le versant contemporain: au défilé insane des sottises antiques en matière religieuse et philosophique auquel assiste l'ermite, répond celui des sottises modernes de la science auquel se trouvent confrontés les deux «bonshommes». Dans tous les cas, d'ailleurs, Flaubert, qui se plaisait à répéter que «la bêtise, c'est de vouloir conclure», fustige moins l'effort de recherche de la vérité que le dogmatisme. Bouvard et Pécuchet s'apparente également au roman de formation, genre cher à Flaubert. L'échec intellectuel des deux copistes fait pendant à l'échec amoureux de Frédéric dans l'Éducation sentimentale. Au terme de ce trajet, l'oeuvre, révélatrice du néant, s'abîme dans sa propre dissolution. Bouvard et Pécuchet, que la mort vient interrompre, ne pouvait être que la dernière oeuvre de Flaubert.

Correspondance, Gustave Flaubert de 1887 à 1893 :

La "Correspondance" de Gustave Flaubert (1821-1880) ne présente pas un intérêt moindre que ses romans. Elle fut publiée en 4 volumes de 1887 à 1893, précédée des "Souvenirs intimes" de sa nièce, Caroline Commanville, qui nous donne de précieux renseignements sur l'homme. 

Depuis 1893, il y eut plusieurs rééditions de la "Correspondance", qui contiennent chacune quelques additions, jusqu'à la grande édition augmentée parue chez Conard en 9 volumes (1926-1933). A partir de l'enfance (les premières lettres sont de 1833), elle nous fait suivre les étapes de la formation de l'homme et de l'écrivain, la genèse de son oeuvre et constitue un document indispensable sur l'évolution des idées de Flaubert. Les événements extérieurs sont rares dans la vie de l'écrivain. Le voyage qu'il fit en Orient avec Maxime Du Camp de 1849 à 1851, y est évoqué en des pages mémorables où le pittoresque se mêle à la drôlerie et la simplicité enjouée à la splendeur sans apprêts de certaines descriptions. Le procès que lui valut la publication dans la "Revue de Paris" en 1857 de "Madame Bovary", les séjours de plus en plus espacés à Paris et même les rares aventures amoureuses de sa vie, par exemple ses longues relations avec Louise Colet qui devaient finir lamentablement à cause de l'incompréhension jalouse de la femme de lettres, n'y sont que rapidement mentionnés. Même l'unique passion de son existence, celle qu'il éprouvait pour Mme Schlésinger (voir "Education sentimentale") y est à peine indiquée. 

La majeure partie de la "Correspondance" se rapporte à la vie laborieuse de Croisset et elle est toute pleine de la véritable passion de Flaubert pour l' art. Si ses jugements sur les nouveautés littéraires y sont à la fois pénétrants et hautains, c'est qu'il parle de l'élaboration de ses oeuvres et de ses vues esthétiques qu'il apparaît comme entièrement possédé par son sujet. Ces vues, il les exprime en particulier dans les lettres à Louise Colet écrites pendant la composition de "Madame Bovary", dans les lettres qu'il adressa à George Sand dans les années 1870, enfin dans les lettres à son "disciple" Guy de Maupassant, qui datent de la fin de sa vie. Il y expose en particulier la nécessité de l'union intime entre la pensée et la forme et de l'objectivité de l' art ("L' artiste doit être dans son oeuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout puissant, qu'on le sente partout mais qu'on ne le voie pas"), la priorité qui doit être accordée à la beauté en laquelle la vérité se fond et se montre mieux, le rôle de la morale dans l'oeuvre d'art, qui, selon lui, en est la condition nécessaire mais non le but. Ces idées, alors toutes nouvelles en France, trouvent dans ces lettres une expression énergique et décisive, qui permet de placer certains passages de la "Correspondance" à côté des écrits critiques de Baudelaire. 

Enfin, dans toutes ses lettres à des intimes et en particulier au fidèle Louis Bouilhet, l'homme apparaît au naturel, avec ses violences et ses partis pris, mais aussi avec ses enthousiasmes de collégien, son goût de la grosse plaisanterie et du calembour, et surtout ses tristesses, son dégoût en face de la vie, ses angoisses devant les difficultés de son travail littéraire et les déceptions qu'il lui cause, enfin le regret devant son existence tout entière dépensée à la recherche de l'expression parfaite. Ici Flaubert n'essaie pas de faire oeuvre d'art et son style est heurté, rapide, violent, parfois même gauche, mais somme toute, infiniment plus vivant et plus spontanément coloré que celui de ses romans.

Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert 1911 :

Ouvrage de Gustave Flaubert (1821-1880), publié à Paris chez Conard en 1911.

Cet ouvrage, que Flaubert aurait certainement placé à la suite de Bouvard et Pécuchet, correspond à un projet ancien puisqu'il écrit à son ami Louis Bouilhet le 4 septembre 1850: «Tu fais bien de songer au Dictionnaire des idées reçues. Ce livre, complètement fait et précédé d`une bonne préface où l'on indiquerait comme quoi l'ouvrage a été fait dans le but de rattacher le public à la tradition, à l'ordre, à la convention générale, et arrangé de telle manière que le lecteur ne sache pas si on se fout de lui, oui ou non, ce serait peut-être une oeuvre étrange et capable de réussir.»
Précédé d'un double exergue _ «Vox populi, vox Dei» (comme dit la sagesse des nations) et «Il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre» (Chamfort, Maximes) _, le Dictionnaire des idées reçues propose une liste de termes, rangés selon l'ordre alphabétique. Chaque mot est accompagné d'un bref texte que le titre _ du fait de la référence au genre sérieux et connu du dictionnaire _ invite à considérer comme une définition. En réalité, le texte emprunte au dictionnaire une certaine neutralité de ton et divers aspects formels _ l'exemple et la citation notamment _ pour tourner en dérision les «idées reçues», la doxa, les préjugés, les expressions toutes faites.

Flaubert n'est pas le seul, en son siècle, à avoir conçu le projet de recueillir dans un ouvrage les clichés de son temps. Le genre du sottisier, issu de la tradition satirique que le XIXe siècle retrouve et modernise dans divers genres littéraires ou iconographiques, est particulièrement à la mode à la fin des années 1870. Toutefois le texte de Flaubert se singularise par une froide neutralité des énoncés qui rend l'ensemble de l'entreprise ambigu, dérangeant _ et tel est bien le but visé à l'égard du lecteur. Le lieu commun est livré sans distance aucune, sans commentaire. Au lecteur d'en rire, de le reconnaître éventuellement comme sien. Flaubert lui-même n'échappe pas à ce système pervers, puisque l'on trouve dans sa Correspondance des expressions proches de celles du Dictionnaire des idées reçues. Il répond ainsi à George Sand, le 23-24 janvier 1867: «J'ai suivi vos conseils, chère maître. J'ai fait de l'exercice!» Or on peut lire dans son Dictionnaire: «Exercice. Préserve de toutes les maladies: toujours conseiller d'en faire.» Froid et ironique miroir, le texte joue à nous prendre en faute, tout autant qu'il nous invite à partager le plaisir de nous désolidariser de la vox populi et d'en repérer les insanités.

Austin Jack

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