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Poème : Amour Secret 

Poétesse : Marie France Gobé

Histoire d'amour impossible - amour secret
AMOUR  SECRET  - Histoire d'amour impossible
Mon Dieu qu'il est difficile de vivre au quotidien 
Garder le Secret de ce bel Amour lointain

Mon cœur est partagé entre Bonheur et Chagrin 
Et ne peut ignorer qu'il est sans lendemain

Personne ne peut imaginer l'Amour que j'ai pour Lui 
Mes larmes je ne peux retenir, j'ai si peur qu'il m'oublie

L'Amour est si beau quand on le vit à Deux 
Ce n'est pas notre cas - Comment être heureux
J'aimerai vivre à ses côtés ce grand Amour 
Le posséder et le chérir pour toujours

Mais Impossible de vivre avec Lui 
Et Impossible de vivre sans Lui

Mon Amour mes pensées te sont dédiées 
Saches que nos destins sont à jamais liés

Tu es mon Inspiration - Tu es ma Folie 
Mais cet Amour fou a bouleversé ma vie

Nous ne pourrons Jamais nous aimer au grand jour 
Pourtant tu es ma Vie - mon véritable Amour

Ce sentiment me remplit de Bonheur 
Mais mon Cœur, à cette frustration, pleure

Pourtant ton Cœur a su me prendre 
De lui, je ne peux m'en défendre

Ton âme a su me faire écrire
Tous ces Mots que je ne peux te dire

Il faut que j'arrête de pleurer 
De penser que la vie est un miroir Brisé

Je ne veux pas que cet Amour ne soit qu'un rêve 
Mon Dieu - Accordez nous une trêve

Comment faire pour qu'il devienne Réalité 
Pour nous permettre Enfin de nous AIMER

Nadège Ango-Obiang est une jeune écrivaine gabonaise née en 73 à Libreville, cette passionnée de l’écriture, par ailleurs étudiante en doctorat d’économie à Lille, collectionne depuis 93, des récompenses pour ses nouvelles et poèmes. Une plume rare que Poèmes & Poésie d'Amour est aujourd’hui fière de vous faire découvrir.

La fable de la honte

Ecrit par : Nadège Ango-Obiang
Nadège Ango-Obiang
Nadège Ango-Obiang
Mon âme tempête contre moi. Et moi je me détourne du monde entier. Hier, il y a dix ans, j’ai été victime d’une guerre inconnue. Avant cela. J’ai appris que l’innocence est un pêcher mortel, je l’ai vomi puis ravalé. Faute d’aide. Je m’appelle julie. Beaucoup d’entre vous savent pourquoi certains préfèrent les facilités du Diable aux affaires tortueuses du bon Dieu. Debout devant Joseph j’ai déposé des Hortensia à ses pieds. Comme cela semblait naturel et déjà vu. Hier, un homme masqué mais connu s’est invité chez moi. Je n’ai pas aimé ses manières et je le lui ai dit. Alors il est reparti et m’a détruite en m’inventant une vie que je n’aurais jamais choisit. Alors, j’ai connu les limbes de la torture, quand pleurer est dénué de tout sentiment sauf le désespoir de n’être plus personne. Plus personne. J’ai tout perdu : ma famille, mes amis, mon travail. En fait, je ne les ai pas perdu, je les ai découvert. Ils m’ont laissé me débattre contre des spectres devenus matériels sur terre. Et, toute nue, je suis tombée dans le gouffre boueux de la honte. Depuis des années, j’y patauge sous le regard attentif de mes misérables ennemis et le sourire charitable des gens soi-disant bienveillants. La boue au fond de la gorge j’ai remonté le gouffre dont je suis sortie à l’instant. Les gens s’affolent en me voyant et moi je marche en plein sur la chaussée pour ne pas les salir. Je cherche une clairière, une douche pour me laver. Mais, si près du but, je me rends compte que je n’ai rien d’autre que cette boue épaisse sur mon corps nu. Si je me lave, de quoi vais-je me vêtir ? La boue ne vaut-elle pas mieux parfois que la vérité d’un corps dévêtu ?

Et le temps impitoyable me renvoie progressivement et douloureusement ces moments de ma vie que je croyais pourvoir revivre plus tard, me croyant, comme des millions d’êtres humains, la seule à décider de ces instants précieux mais uniques. Je le vis au rythme anormal saccadé de mon cœur, je comprends que le malheur est en train de creuser ses marques et qu’il n’y a rien d’autre à faire. Que se résigner, se soumettre. C’est peut-être l’œuvre de Dieu que la main de cet homme prétentieux me frappe si fort, si mortellement. Car j’entends mon cœur respirer comme jamais je ne l’aurais pensé, et je crains désormais d’en être aux derniers soupirs de mon ancienne vie.

Alors, Je fais des vœux, je triche avec mon cœur, je falsifie les illusions qui me privent de l’espoir de retrouver un jour ma vie à jamais anéantie. Regardez-moi, regardez-moi donc. Moi, plus jamais je n’aurais de regards pour vous. Le soleil s’est caché sous des nuages épais. Heureuse dans mes malheurs je respire cet air bien lourd pourtant, et mes pensées incontrôlables dérivent vers des rêves qui ne m’appartiennent plus. Des rêves désormais impersonnels comme mes pensées divulguées. La haine m’épuise, alors je contemple mes mains. J’aimerais savoir au juste, ce que ma naissance devait apporter à ce monde, s’il n’a suffit que d’un mot, d’une phrase, d’un refus pour que mon univers soit pulvérisé. Pour que je n’existe plus que par l’infamie.

Orpheline désormais, je redescends le calvaire des humiliés sans me faire d’autres reproches car, depuis toutes ces années, c’est devenu mon élément. Sans souffrance superflue, je sais regarder les autres vivre car je sais que beaucoup non plus n’ont pas le bonheur. Pour ne pas sombrer dans la médisance, j’écris des histoires sur mon histoire. Et mes semblables me lisent en attendant que je trouve des vêtements à ma taille. Des vêtements qui signifieraient une renaissance. Il n’y a pas d’étoiles ce soir, il n’y a que ma mère la lune, la seule qui m’ait jamais comprise. Elle flotte dans le ciel, défile presqu’immobile sous mes yeux couverts de boue, l’air de me dire : Regarde mieux le monde et tu riras, petite julie.

Ce texte est la propriété de son auteur. Il est strictement interdit de le reproduire sans l’accord écrit de ce dernier.

Résumé :
Will se fait traîner à une séance de speed dating par son meilleur ami, mais il ne s'attendait pas à y faire une si étrange rencontre...

7 Minutes :

Écrit par FFRules
Numéro 7 (sept minutes)
Comme l’expliquait je-ne-sais-plus-quel scientifique, la perception du temps est aléatoire suivant les personnes ou les situations. Par exemple, sept minutes d’un moment agréable passeront relativement vite tandis que sept minutes d’un moment déplaisant en paraîtront le double. J’expérimentai en ce moment même ce sentiment, à ceci près que mes sept minutes paraissaient durer une éternité.

Je déteste les gens que je ne connais pas, je déteste être en leur compagnie. Je ne suis pas agoraphobe, mais cela y ressemble. J’aurai tout donné pour être chez moi, tranquillement installé dans mon fauteuil en train de lire un bon bouquin. Mais non, il avait fallu qu’Ethan me traîne jusqu’ici. Heureusement que c’est mon meilleur ami sinon je lui aurai probablement appris à nager avec des blocs de béton aux pieds.
Je déteste la femme qui se trouve devant moi. Elle me parle de son métier, mais je n’en ai rien à faire. Je ne pense qu’à mon chez moi. Je veux rentrer ! Et blablabla et blablabla, ça continue sans que rien ne puisse l’arrêter. Honnêtement, pour l’instant, c’est la pire des six femmes que j’ai rencontrées ce soir. 49 minutes pour 7 femmes, le speed-dating dans toute sa splendeur. Un regard bref à ma montre m’apprend que ma 41ème minute vient de s’écouler. Plus qu’une et je change d’interlocutrice, la dernière avant de rentrer.
J’ai eu de tout ce soir. Des executive women pour la plupart. Toutes plus occupées les unes que les autres, elles n’ont pas le temps de trouver chaussure à leur pied. La première travaillait dans une grande boîte de cosmétiques, Maybelline, je crois, sur la 34ème Ave. La seconde était...ah, je ne me souviens plus. Une aide-soignante dans un institut, il me semble. En fait, c’est après cette seconde rencontre que j’ai arrêté de m’intéresser à leurs vies. Je me suis mis en mode « écoute automatique » et j’ai attendu que cela passe. Je m’imaginais ailleurs, n’importe où, loin de ce hall d’hôtel luxueux.
Le speed-dating n’est pas vraiment la façon que j’imagine être la meilleure pour rencontrer ma femme. Je penche plutôt pour un coup du sort dans le genre des 101 Dalmatiens, vous savez, chacun promenant son chien dans le parc, nos laisses s’emmêlent et l’amour naît.
Ou alors, dans le style d’Un jour sans fin. Le même jour recommence sans fin, ce qui me permet d’apprendre un maximum de choses sur elle, et ensuite, la charmer de mes multiples talents.
Deux petits problèmes cependant : je hais les chiens et les jours ne se répètent que dans les films. Pas de chance. Donc, il faut en revenir aux méthodes traditionnelles et/ou dans le vent. Et le speed-dating est à la mode selon Ethan. Lui aussi est à la recherche de l’âme sœur. Mais lui n’a que 28 ans alors que j’en ai déjà 31. 31 ans au compteur et aucune liaison de plus de 12 mois au cours des dix dernières années, ce qui désespère ma mère.
- Quand aurai-je donc des petits-enfants ? me demande-t-elle sans arrêt.
Et moi, je lui réponds toujours la même phrase :
- Alors, quoi de neuf pour toi ?
Une contre-question pour éviter de donner une réponse. Très malin, très gamin, très malsain surtout, dans la mesure où j’ai pris la même habitude de ne pas répondre aux questions que l’on me pose.
- Et vous que faîtes-vous ? me demande alors mon 6ème rendez-vous.
Exemple parfait pour appliquer ma devise.
- Rien de bien intéressant. Alors qu’en ce qui vous concerne, votre travail a l’air passionnant.
Et le tour est joué. La voilà repartie dans ses explications. Un peu de liberté de gagnée.
Je disais donc que j’étais célibataire. Je pense que mon envie de partager ma vie à deux est trop souvent contrebalancée par mon envie de vivre seul. C’est la seule explication possible, sinon, j’aurai tout simplement épousé Christie il y a 3 ans. Elle était presque parfaite, à ceci près qu’elle était plus grande que moi. Je me voyais mal l’accompagner à l’autel devant tous mes amis. Simple réflexe de machisme primaire, mais j’assume. Notre relation était trop étouffante. L’intimité était étouffante. C’est pour cela que j’ai fui. Littéralement. Elle doit sans doute encore attendre que je rentre de mon footing.
Le gong salvateur met fin à la torture du 6ème rendez-vous. Elle s’apprête à me donner son numéro de téléphone, quand je prétexte une envie urgente pour m’éclipser. Et puis quoi encore ? Ces rendez-vous arrangés me mettent mal à l’aise. J’ai bien envie de profiter du changement de table pour partir mais Ethan me regarde, s’attendant à ce que je prenne la fuite. Il ne me laissera pas partir si facilement. Allez, fais un effort, Will ! Plus qu’un seul rendez-vous ! 7 minutes, c’est rien !
Je m’assois sans conviction à ma table, attendant mon dernier rendez-vous. Avec un peu de chance, je serai rentré pour le match de basket à la TV. Et je crois même qu’il me reste de la bière au frais. Parfait. De toutes façons, la soirée ne peut que s’améliorer. Mais où est-elle ? Je n’ai pas que cela à faire, moi ! Si cela se trouve, elle est partie, n’ayant même pas attendue le dernier rendez-vous. Cela ferait bien mes affaires. Je me retourne vers Ethan, assis à l’une des tables voisines. Il fait son numéro comme d’habitude. Dix contre un qu’il ramène 7 numéros de téléphone ce soir.
- Bonsoir, dit une voix dans mon dos.
Je me retourne et la vois installée en face de moi. Allez, qu’on en finisse, une bonne fois pour toute.
- Bonsoir, moi, c’est Will, j’ai 31 ans et je travaille dans une boîte de publicité. Oui, c’est intéressant. Oui, c’est épanouissant. Oui, c’est épuisant. Mais parlons un peu de vous, maintenant.
Elle semble un peu surprise. Je peux comprendre. Là, je fais très fort dans le je-m’en-foutisme.
- Vous n’aimez pas parler de vous, n’est-ce pas ?
- C’est exact. Donc parlons de vous, si vous le voulez bien.
- Non.
- Non ?
- Tout à fait, non.
Elle m’étonne.
- Bien, dans ce cas, je pense que nous n’avons rien de plus à nous dire.
- Vous croyez ?
Elle me surprend.
- Si aucun de nous deux ne veut parler, je nous vois mal attendre encore 6 minutes sans rien faire.
- Et si nous discutions d’autre chose, pour changer. De nos vies qui ont commencé depuis un bon moment, de ce que nous attendons de ces 7 minutes, de ce qui nous a poussé à venir ce soir. Qu’en pensez-vous, Will ?
- Rien du tout.
- D’accord.
Elle se tait.
Elle regarde autour de nous.
Nous sommes les seuls à ne rien faire.
- Et si je commençais par le début ? Je m’appelle Nell.
- Vous faîtes quoi dans la vie ?
- Rien de bien intéressant. Vous avez dit travailler dans la pub, cela a l’air intéressant.
- Vous ne m’avez pas répondu. Vous faîtes quoi dans la vie ?
- Vous répondez souvent aux questions par d’autres questions, Will ?
- A peu près autant que vous apparemment.
Elle sourit.
- Touchée. J’aimerai vous proposer quelque chose.
- Dites toujours.
- Vous ne me connaissez pas, je ne vous connais pas, donc, tout ce que nous pourrons nous dire ne sortira pas de cette pièce. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour parler en toute honnêteté ?
- Super, une double psychanalyse en 7 minutes. Non 5 maintenant, dis-je en regardant ma montre
- Cela vous pose un problème ? Vous avez peur de quoi au juste ?
Elle me brusque. 
Je me lâche.
- Du pouvoir que cela vous donnerait sur ma vie.
Elle me regarde différemment.
- Eh bien voilà...Etait-ce si compliqué, Will ? Vous avez peur que cela me donne le pouvoir de quoi ?
- Le pouvoir de connaître des choses personnelles sur moi et ensuite de les utiliser contre moi.
- Vous êtes paranoïaque de nature, ou c’est juste une faveur que vous m’accordez ?
Je ne réponds pas.
Elle continue.
- Bien, c’est mon tour. Je viens ici ce soir pour trouver quelqu’un à aimer et qui m’aime en retour. Cela fait trop longtemps que je vais de mec en mec, j’ai besoin de stabilité. A vous maintenant, c’est du donnant-donnant.
- Un ami d’enfance s’est marié la semaine dernière. Il avait 30 ans, ce qui fait officiellement de moi, le dernier adulte de mon ancienne école à ne pas être casé.
- Et l’opinion des autres vous préoccupe tant que cela ? Cela pourrait être un choix de votre part. Vous n’aimez pas être en couple ?
- Je ne sais pas. C’est sûr que cela a des avantages mais je ne suis pas certain que ce soit ce dont j’ai besoin.
- Pourquoi pas ? Une femme, des enfants, une maison en banlieue, c’est attirant, non ?
- C’est ce que vous, vous voulez, non ?
- Je suis comme vous, je ne sais pas.
Elle est comme moi.
- Croyez-vous au destin, Will ?
- J’aime parfois avoir la certitude que ma vie est déjà toute tracée, c’est réconfortant. Mais je ne supporterai pas une vie où je n’ai aucune marge de manœuvre.
- Bien. Donc, on peut résolument penser que si vous êtes ici, ce soir, c’est pour une bonne raison dont vous ne saisirez les conséquences que plus tard dans votre vie.
Je réfléchis.
Je ne vois pas où elle veut en venir.
- C’est possible, oui.
Le gong sonne. Quoi cela fait déjà sept minutes ? Que faire maintenant ? Elle n’a pas été jusqu’au bout de son raisonnement et cela m’ennuie.
- Time’s up, me dit-elle.
C’est étrange, elle me semble soudain plus attirante. Je ne sais pas si c’est le fait de ne rien savoir sur elle, ou si c’est notre conversation, mais j’ai soudain envie d’en savoir plus.
- Vous n’avez pas été jusqu’au bout de votre raisonnement, Nell.
- C’était peut-être voulu comme cela. Nos 7 minutes sont terminées.
Je me lance.
- Que diriez-vous de 7 autres minutes dans un bar ?
- Désolée, mais ce sera non. En ce qui me concerne, je ne crois pas au hasard, ni aux coïncidences. Je pense que tout nous arrive pour une raison bien précise.
- Et que pensez-vous de la raison qui nous a fait nous rencontrer ?
- Je ne sais pas encore. Mais je suppose que je comprendrai en temps voulu.
- Vous êtes plutôt bizarre, Nell, vous le savez ?
Elle ne répond pas.
- Nous verrons bien quand nous nous retrouverons « par hasard » dans une galerie marchande dans sept ans. Vous serez avec votre femme et vos deux enfants, et nous nous croiserons. Vous vous rappellerez alors de notre conversation de ce soir. Et vous vous rendrez compte que, finalement, la vie à deux est bien mieux que la vie tout seul et que vous avez bien fait de la rappeler.
- Qui cela ? Je ferais mieux de rappeler qui ?
- Ne vous faites pas plus idiot que vous ne l’êtes déjà, Will.
- Admettons que je vois où vous voulez en venir, quelle serait la raison du destin de nous faire nous rencontrer comme vous venez de me le dire ?
- Qui peut le dire ? Peut-être que je serais celle avec qui vous tromperez votre femme. Ou bien, je vous reverrai, éveillant en moi le remords jusqu’à la fin de ma vie d’avoir laissé passer ce soir une belle occasion d’être heureuse.
Elle se lève et quitte la salle avant que je n’aie eu le temps d’ajouter quoi que ce soit. Je la regarde marcher et elle disparaît dans la foule des personnes présentes dans l’hôtel. C’est sans doute la conversation la plus étrange que j’ai jamais eue.
- Alors ? me dit Ethan en me tapant dans le dos. Comment s’est passée ta soirée ? Des filles en vue ?
Il doit avoir dans ses poches des numéros de téléphone à ne plus savoir qu’en faire, alors que je n’en ai qu’un seul à composer.
- Il faut que j’appelle Christie. Excuse-moi.

Résumé :
Un homme est perdu dans ses pensées. Il se rappelle comment était la vie avant la catastrophe. Mais sa femme vient interrompre ses songes pour lui rappeler qu’il leur reste au moins quelque chose...

L'unique chose qu'il nous reste

Un récit écrit par Gorman Truart
Tristesse d'amour avec un cœur brisé

Les rais lumineux du soleil apparaissaient une dernière fois derrière l’épaisse nappe nuageuse. Ils étaient gris et ternes et semblaient présager une nuit humide. Je les regardai sur la pointe d’une falaise avec amertume avant de poser mes yeux sur l’immensité immuable de la mer. Celle-ci était d’un bleu immaculé, recouvert d’une houle épisodique, légère et berçante à souhait. Je respirai l’air marin à plein poumon comme pour me redonner force, puis me promenai tout au long du rivage avec entrain et bonheur.

Je marchais lentement sur la plage et soudainement emporté par le tumultueux, mais non moins mélodieux fracas des vagues, je me couchai et criai sur le sable comme un enfant véhément. Ainsi, je me roulai de tous côtés, m’étirai en long et en large tout en humant l’odeur de la mer et du sable. J’étais littéralement enveloppé par cette atmosphère de fraîcheur et d’eau salée. Mais bientôt pris de court par ma conscience d’adulte, je me relevai et observai une nouvelle fois cet invariable infinité de liquide bleuté. Dès lors, je repris le chemin de la réalité. Une voix répéta obstinément « chéri » « chéri » ce qui m’obligea à enlever mon casque et d’éteindre mon logiciel si véridique de nostalgie.

Elle était sur le seuil de la porte et m’interpella avec lassitude :

- J’en ai ras le bol du boulot, quelle journée ! Puis me regardant bizarrement elle reprit :

- Encore sur l’une de tes créations ?

- Toujours, dis-je avec égarement.

Ne m’écoutant manifestement pas, elle s’approcha de moi et commença à se déshabiller sans préambule avant de reprendre de plus belle la parole :

- Tu pourras aller tout le temps que tu voudras sur tes logiciels, la nature ne reviendra pas. C’est fini !

- Je sais, je n’ai en somme plus qu’à me suicider.

- Mais non, insista-t-elle avec rigueur, dans ce monde il nous reste encore le plaisir de l’amour.

Je ne l’écoutai déjà plus, entièrement occupé par les songeries. J’étais pris par un étrange sentiment d’aversion après tout ce que j’avais fais pour la nature, en pure perte. Tant d’années à défendre l’environnement, tant d’années à les prévenir que la terre était en passe de changer dangereusement d’atmosphère, tant de bouteilles en résumé balancées dans l’immensité de l’océan. Et voilà le résultat aujourd’hui, nous vivons dans une sorte de bulle qui nous protège des rayons ultra violet, plus d’arbres, plus d’herbes, juste une ville géante où se retranche le reste de l’humanité. Ma femme a sûrement raison, la nature n’étant plus qu’onirique, il nous reste plus que l’amour à compenser.

Voyant son évidente impatiente, je me laissai donc faire à son étreinte de plus en plus sensuelle. Elle m’embrassa tendrement sur les lèvres d’une douceur suave et enivrante. Puis, elle déboutonna mon pantalon jusqu’à prendre mon sǝxɐ entre ses mains expertes qu’elle caressa avec plaisir et délicatesse. Je sentis celui-ci gonfler inexorablement.

- Tu as raison, j’ai fais ce que j’ai pu pour la nature. Et comme elle n’existe plus, l’amour est notre dernier refuge avant la mort.

Elle s’avança de mon visage en mettant son petit index sur ma bouche et me siffla harmonieusement à l’oreille :

- Couche toi maintenant !

Ce que je fis aussitôt pour mon plus grand bonheur.

Le résumé :
Deux personnes se retrouvent cinq ans après leur rupture dans des conditions un peu particulières.

5 ans plus tard

Écrit par FFrules
Numéro 5 brulé
CINQ ANS PLUS TARD
Mais que fait-elle ? Cela fait presque une heure que je l’attends. Je suis certain qu’elle en fait exprès. Ou alors, elle ne va pas venir. C’est le plus probable. C’est ce que je ferai aussi si je recevais une invitation d’un mec que j’ai plaqué cinq ans plus tôt.
Je fais les cent pas dans mon bureau qui est plongé dans l’obscurité seulement troublée par l’éclat bleuâtre de l’écran d’ordinateur que j’ai laissé allumé au cas où l’inspiration me viendrait sans prévenir. On pourrait croire que les écrivains préfèrent la sensation du stylo sur le papier quand ils composent de nouvelles histoires. C’est peut-être vrai pour les autres, mais pour moi, rien n’est meilleur que d’écrire sur mon vieil ordinateur, infatigable compagnon de route depuis bien des années, témoin des galères et des joies que j’ai traversés.
Elle ne va pas venir. Il est déjà plus de 21h en ce froid mois de janvier et elle n’est toujours pas là. Peut-être n’a-t-elle pas compris l’importance de cette invitation, peut-être a-t-elle cru à une plaisanterie de mauvais goût, peut-être ma carte a-t-elle finie dans une poubelle par l’action d’un mari trop possessif ? Ou alors, elle a décidé en son âme et conscience que je n’en valais pas la peine. 
Ou peut-être pas. On vient de frapper. C’est elle qui se tient sur le pas de ma porte, un peu gênée, ne sachant que faire. Elle est habillée assez élégamment et son visage est le même que dans mes souvenirs. Les pattes d’oies naissantes au coin de ses yeux lui donnent un air plus mature, plus femme ce que j’apprécie.
- Salut, dis-je d’une voix douce.
Elle ne répond pas et je sens derrière sa gêne une certaine froideur. Elle entre malgré tout et l’étonnement en découvrant mon appartement peut se lire sur son visage. Je jubile intérieurement.
- On va aller dans le bureau pour être plus tranquille, si tu veux bien, dis-je en lui montrant le chemin. Tu as trouvé facilement ?
Elle fait « oui » de la tête et me précède dans les couloirs.
- Tiens, assis-toi là. 
Je lui montre une chaise placée devant mon bureau avant d’allumer une lampe qui confère à la pièce un éclairage digne d’un fumoir des années 20. Le lambris sur les murs adoucit les tons pourpres du mobilier et des fauteuils. C’est la pièce de mon appartement dans laquelle je suis le plus à l’aise, c’est ici que j’écris.
- Il ne fait pas chaud dehors, hein ? reprends-je d’une voix que je souhaite chaleureuse.
Elle hausse les épaules. Pendant quelques minutes, nous ne disons rien, moi absorbé par la neige qui tombe dehors et elle, jouant nerveusement avec les lanières de son sac. J’ai imaginé cette rencontre un bon millier de fois et maintenant que je suis face à elle, je ne sais plus quoi dire. Je me rends compte que je n’avais strictement aucune bonne raison de la faire venir si ce n’est celle de la revoir tout simplement. Seulement, je doute que cela lui fasse autant plaisir que moi.
- Pourquoi suis-je ici Will ?
Elle dit cela avec une voix exaspérée, comme si je lui tapais déjà sur les nerfs. Je ne connais que trop bien cette voix. Elle la prenait sans cesse quand nous étions ensemble, surtout vers la fin de notre relation.
- Je vais me marier, Ann et...et j’ignore pourquoi je t’ai fait venir ici pour te le dire.
Elle prend un air étonné, bien trop vite suivi par celui outré qu’elle affectionne tant.
- Que veux-tu que cela me fasse, Will ? Cela fait cinq ans que nous sommes séparés ! Cinq ans ! Tu n’as toujours pas compris ?
- Je...Cela me paraissait important que je te le dise en face.
- Je suis au courant de ton mariage !, éclate-t-elle. Tous les journaux en parlent ! « L’auteur du plus gros best-seller de la décennie se marie avec Elvira Reyes, la présentatrice vedette » et autres « Mariage de l’année » ! J’étais peut-être même au courant avant toi ! Mais je sais très bien ce que tu voulais, Will. Tu voulais m’impressionner dans ton bel appartement avec ta belle réussite. 
Je retrouve bien là mon Ann, prête à exploser dans la seconde, passant du calme à la tempête avec une simplicité déconcertante. C’est bon de voir que dans ce monde en proie aux changements, certaines choses ne changeront jamais. Elle croise les bras avec force sur sa poitrine tandis que j’esquisse un petit sourire.
- Qu’est-ce qui te fait rire ? Tu trouves cela drôle de m’humilier en me balançant au visage toute l’étendue de ta richesse ? Richesse que, soit dit en passant, tu as obtenu en écrivant un livre sur notre relation et dans lequel je passe pour une sombre conne.
Aïe. Nous en arrivons au sujet qui fâche. Je le sentais arriver et je mentirais si je disais que je n’avais pas voulu provoquer ce choc entre nous deux. Il est temps de solder notre compte commun.
- Tu as lu mon livre ? demandé-je.
- Bien sûr. Comme 50 millions d’autres personnes dans notre pays et plus encore dans le monde entier. Pour ça, c’est sûr, c’est un best-seller. Pas de doute.
Il y a tant d’amertume dans sa voix que cela me gêne.
- Je ne vois pas pourquoi tu es en colère. C’est toi qui m’as quitté, je te rappelle. Je n’ai fait que romancer notre histoire pour pouvoir y mettre ce que je ressentais quand tu es partie. Ça a plu aux gens, je n’y suis pour rien.
Elle me jette un regard noir, celui qui veut dire « un-mot-de-plus-et-je-sors-en-trombe-de-la-pièce », très fréquemment utilisé dans la troisième année de notre couple.
- Page 49 de l’édition poche, « Elle me gonfle avec ses chaussures horribles. Si elle savait à quel point je les déteste ses chaussures. Elle m’emmène pendant des heures faire les magasins pour trouver les bottines qui iront avec sa nouvelle robe alors que moi, tout ce que je veux, c’est que l’on soit tous les deux, chez nous, entre amoureux.» Je passe pour une superficielle qui se préoccupe plus de ses chaussures que de son couple.
Je souris encore.
- Oui, j’ai forcé le trait mais ce n’est qu’un roman, Ann. Je ne prétends pas apporter la vérité vraie sur notre couple, j’extrapole, je m’interroge, je constate, je m’exprime. Ce que je ne pouvais pas faire quand nous étions ensemble.
- Quoi ? Tu te fous de moi, là, Will ? Quand t’ai-je empêché de faire ce que tu voulais ? Je n’attendais que cela, moi. Que tu me parles, et pas que tu bougonnes sans cesse.
- Et quand aurais-je pu le faire ? Tu jactais sans cesse pour nous deux, je ne pouvais qu’être d’accord ou la fermer. Parler tout le temps n’est pas forcément communiquer, Ann.
Nous nous taisons à nouveau. Je suis maintenant assis derrière mon bureau et elle me regarde intensément. Je savais lire dans ses yeux auparavant, mais je me rends compte que c’est impossible désormais. Elle avait peut-être raison tout à l’heure. J’avais sûrement envie de lui en mettre plein la vue, de lui montrer ce à côté de quoi elle était passée en me quittant.
- Pourquoi suis-je ici, Will ? répète-t-elle avec une voix plus douce.
Je ne réponds rien. Elle prend cela comme un encouragement pour continuer.
- C’est à cause du mariage n’est-ce pas ? Tu n’as jamais été emballé par cette idée quand nous étions ensemble. Cela m’a surpris de l’apprendre.
- C’est vrai qu’Elvira m’a un peu forcé la main. Mais je l’aime.
- Page 222. « Nell ne me connaît pas en fait. Nous sommes des amants qui ignorent tout de l’autre et c’est triste.» Je te connais, Will. Quoique tu en penses, je te connais, mieux que quiconque. Tu es terrifié par le mariage. C’est pour cela que je suis ici, n’est-ce pas ? Tu penses que je vais t’en dissuader par n’importe quel moyen. Mais je ne te servirai pas d’alibi, pas cette fois-là.
Touché. Elle me connaît bien en fait. Mais se pourrait-elle qu’elle ait raison ? L’idée de me marier m’effraie-t-elle tellement que je sois obligé de faire venir l’une de mes ex pour trouver un moyen de l’éviter ? Merde alors. Je ne l’avais pas vu venir celle-là. Et je fais quoi maintenant ?
- Tu prends tes responsabilités, dit subitement Ann comme si elle avait lu dans mes pensées. Soit tu l’épouses, soit tu la quittes, mais tu ne lui fais pas espérer quelque chose que tu es incapable de lui offrir.
- Pourquoi m’as-tu quitté Ann ?
Elle pousse un soupir et se renfonce dans son siège.
- C’est une question bien vaste, Will et tu ne vas pas apprécier ce que je vais te dire.
- Dis toujours. Cela fait cinq ans maintenant. Je pense être capable d’encaisser.
- D’accord. Je t’ai quitté parce que, malgré ce que tu as écrit dans ton bouquin, tu n’étais pas parfait...
- Je n’ai jamais écrit que j’étais parfait, la coupé-je.
- Tu veux bien me laisser continuer, oui ? Tu as des défauts comme tout le monde, mais je ne les connaissais pas au début. Et par la suite, j’ai appris à les ignorer. Mais je ne voyais pas où nous menait notre relation. Tu es du genre statu quo et j’aime bien évoluer, tu aimes pantoufler et j’aime bouger, tu es la nuit et je suis le jour. Ça ne collait pas, voilà tout. C’est aussi simple que cela.
- Tu aurais dû m’en parler au lieu de partir du jour au lendemain.
Ma voix s’est radoucie alors que l’horloge tictaque discrètement dans la pièce. Il est bientôt onze heures. Nos non-dits et nos silences monopolisent le temps et notre discussion.
- Je sais, Will. Je regrette la façon dont je t’ai quitté mais il me fallait une coupure nette sinon je ne serai jamais partie.
- Tu regrettes ?
Je tente quelque chose mais je ne sais pas quoi. Je ne sais pas pourquoi il me faut toujours avoir le sentiment d’être regretté ou apprécié. Peut-être une tare humaine.
- Parfois. Quand je m’endors ou quand je rêve. Mais jamais quand il fait jour. Je suis le jour et tu es la nuit, souviens-toi.
- La moitié de ta vie donc.
- Beaucoup moins que la moitié, ne va pas t’imaginer des choses.
C’est elle qui sourit maintenant.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tant de gens ont acheté ton livre. L’écriture n’est pas terrible, les personnages convenus et les situations déjà vues et revues.
- C’est justement ce qui a plu aux lecteurs selon mon éditeur. Le fait que les gens se retrouvent dans notre histoire. Et crois-le ou non, mais certains aiment ma façon d’écrire, dis-je en esquissant un faible sourire.
Nous sourions tous les deux à présent. Le froid entre nous fond plus vite que la neige qui tombe dehors.
- Tu es mieux avec ta barbe, me dit-elle alors, comme si nous étions redevenu un couple.
- Merci, c’est une idée de mon attachée de presse. Il paraît que cela fait plus tourmenté.
- Cela fait surtout plus adulte. Tu es devenu un adulte, Will, et ça me fait bizarre.
Nous chuchotons presque, comme si nous ne voulions pas que les murs entendent notre conversation.
- Je n’aime pas ta fiancée, continue-t-elle. Elle semble froide, distante, tout ton contraire.
- Tu as perdu le droit de critiquer ma vie quand tu m’as quitté, Ann.
Ses lèvres forment un sourire sans joie.
- Exact. Je me rends compte que couper totalement les ponts avec toi n’était pas une bonne idée. Tu étais mon meilleur ami en plus d’être mon amant, quoiqu’en dise ton bouquin.
- Laisse mon livre où il est, tu veux. Il ne s’agit pas de lui, mais de nous. Et tu nous as tué.
Serait-ce une larme que j’entrevois au coin de ses yeux ? Bravo Will, tu as fait pleurer la femme qui comptait plus que tout pour toi il n’y a encore pas si longtemps. Devrais-je me sentir autant égoïstement fier qu’une femme pleure à cause des sentiments qu’elle éprouve encore pour moi ? Je me lève et la prend dans mes bras, elle qui pleure doucement dans mon fauteuil. Nous restons comme cela toute la nuit, l’un collé à l’autre dans l’obscurité diffuse de mon bureau.
Quand mes yeux s’ouvrent finalement sous l’action des timides rayons du soleil, elle n’est plus là. Quelques mots sont marqués sur une feuille de papier blanc posée sur la table basse devant le canapé où je me suis assoupi.

« Soleil apparu, ton souvenir disparu
Nuit revenue, mon cœur vaincu »


C’est ici que je préfère que se termine notre histoire : au petit matin, durant ce court moment entre le rêve et le réveil où l’on se souvient avoir rêvé. Je crois que c’est là que je l’aimerai toujours.

Quelqu’un frappe à la porte de mon bureau. Je dis « Entrez » d’une voix pâteuse mais je doute qu’elle ait compris ce que je disais. Elvira entre quand même et sourit en me voyant avachi dans le canapé.
- Tu as travaillé toute la nuit ? me lance-t-elle d’un air entendu.
Je fais non d’un signe de tête et elle vient m’embrasser.
- Je n’ai pas osé te déranger hier soir, tu semblais si concentré devant ton ordinateur.
Je suis parfaitement réveillé à présent et tout est clair dans mon esprit depuis bien longtemps.
- J’ai trouvé une bonne idée de suite pour mon bouquin.

Résumé :
Un jeune homme est assis sur banc avec sa petite amie. Il est loin de se douter que c'est son dernier rendez-vous avec son premier grand amour ...

Ma plus belle histoire d'amour

écrit par ApoloJ
Homme assis sur banc avec sa petite amie
Les ruptures. Il n’y a rien de plus éprouvant, surtout si l’on ne s’y attend pas vraiment.
Je me souviens du jour où Céline m’a quitté… C’était un lundi et il faisait une chaleur à crever. J’étais assis sur le banc où nous nous étions rencontrés, quatre ans auparavant. Il y avait des enfants qui couraient dans le petit parc qui s’étendait devant moi. Des couples qui marchaient main dans la main, qui riaient aux éclats. L’atmosphère était emplie d’amour. On se sent toujours plus amoureux lorsqu’il fait chaud, comme si le soleil réchauffait aussi nos cœurs.

Elle m’avait appelé d’une voix assez triste. Elle m’avait dit qu’elle voulait passer chez moi, qu’on serait mieux pour discuter. Je me suis douté que quelque chose n’allait pas, mais je n’avais pas alors imaginé ce qui allait suivre. 
J’ai répondu que ce serait mieux qu’on se voit là où tout avait commencé. J’ai pensé que cela lui ferait plaisir et que ses petits soucis paraîtraient moins encombrants ici… 
Mais apparemment, c’était moi qui encombrais sa vie à l’époque.

J’étais arrivé un peu en avance, et j’observais les allées et venues des passants, les jeunes couples allongés sur l’herbe, qui riaient de bonheur. Je me rappelle avoir pensé que nous avions été comme cela, nous aussi, ici même…
Lorsqu’elle est arrivée, elle ne souriait pas. 
Je l’ai invitée à s’asseoir près de moi - ce qu’elle a fait - et j’ai commencé à parler avant même qu’elle n’ait eu le temps d’entrouvrir les lèvres. C’est étrange à quel point mes souvenirs sont précis… Cela fait dix années aujourd’hui que nous nous somme séparés, et je me souviens de tout dans les moindres détails.
- Tu te souviens… ai-je dit. C’est ici qu’on s’est rencontrés.
- Bien sûr que je me souviens, mais… Nathan…
Je ne l’ai pas laissée poursuivre. Je voulais faire remonter de tendres souvenirs dans sa mémoire, histoire qu’elle se sente bien. Je voulais… la voir sourire.
- Tu étais assise sur ce banc, l’air rêveuse, et puis tu m’as regardé passer. Je t’ai fait un grand sourire… sourire que tu m’as rendu… et j’ai voulu m’approcher de toi pour discuter un peu. Mais il y avait ton chien… cette saleté de bête couchée sous le banc… et quand il m’a vu avancer vers toi, il s’est jeté à corps perdu sur mon mollet.
Je l’ai regardée. Elle souriait.
- Et il s’est mis à tirer, ai-je poursuivi. Il tirait comme un malade en agitant la tête ( J’ai commencé à vaguement mimer la scène ) alors tu as hurlé sur lui en secouant sa laisse, mais il ne me lâchait pas et il m’a fait tomber.
Je crois que toute la scène lui est revenue à ce moment là et elle s’est mise à rire.
- Tu ne m’as libéré des crocs de ton caniche que cinq minutes plus tard alors que j’étais recroquevillé sur moi-même… et il est parti s’asseoir dans un coin en mâchouillant un bout de mon pantalon. J’ai fait une splendide première impression…
Nous avons ri, tous les deux.
- Il y a tellement de souvenirs de nous dans ce parc, a-t-elle dit. Tu te souviens de ces après-midi complètes qu’on passait, serrés l’un contre l’autre, ou main dans la main à parler de tout et de rien, à refaire le monde… de tous ces gens qui nous regardaient, envieux de voir à quel point on s’aimait…
Je l’ai regardée, déconcerté par la pointe de nostalgie que je sentais dans sa voix.
-Tu en parles comme si ça faisait des lustres… Ce n’est pas si lointain. ( J’ai tendu ma main vers elle et elle m’a souri ) Allons-y ! Marchons, et refaisons le monde !
- Nathan… ( elle a soufflé ) c’est bien trop tard… On a changé, maintenant… nous ne sommes plus les mêmes…
C’est à ce moment là que je me suis posé des questions. En fait, je crois que j’ai toujours su que ça se terminerait ainsi, mais je me voilais la face.
- Plus les mêmes ? Bien sûr, c’est évident. Les gens changent… Et encore heureux ! Si tu te souviens bien, on ne faisait pas que se prendre dans les bras dans ce parc. ( J’ai désigné un petit tas d’arbustes du menton et son visage s’est illuminé d’un franc sourire ) Même si on est encore étudiant, après quatre ans ensemble, ce serait bizarre d’aller derrière des arbustes pour s’envoyer en l’air !
- Je ne parle pas de ça, Nathan, m’a-t-elle répondu en riant. On suivait des routes identiques à l’époque, et on ne se souciait pas de grand chose. ( Son sourire a disparu ) Aujourd’hui, nos chemins divergent…
Je n’ai pas voulu écouter. Je sentais que c’était la fin, mais je ne voulais pas la perdre… Ma gorge s’est nouée, mais je suis resté impassible. J’ai observé un instant le parc et cette ambiance de bonheur qui se dégageait de tous ces gens. Il y avait un groupe d’amis, près de la petite étendue d’eau. L’un d’eux jouait un air de guitare.
- C’est bien sur ce banc qu’on s’est juré de s’aimer toute notre vie… contre vents et marées… ?
- Oui, c’est bien là… Nathan…
- On s’était dit qu’on deviendrait des petits vieux, ensemble… ( J’ai souri, nostalgique à mon tour ) qu’on se regarderait vieillir et qu’on s’aimerait toujours avec la même hargne, qu’importaient les mauvais coups du sort. On a pleuré en se regardant parce qu’on était heureux de s’aimer… Je t’ai pris la main et j’ai fixé tes yeux. J’ai caressé ta joue et je t’ai dit « merci »… et tu m’as répondu quelque chose comme : « Merci pourquoi ? »… ( il y a eu un petit silence ) Merci d’exister… C’est ce que je t’ai dit. Merci d’exister parce tu es la seule personne qui a su…
- … me rendre heureux depuis que je suis venu au monde. Merci pour ce regard amoureux que tu me jette, merci pour ces mains tendres qui me caressent et pour ces bras qui m’enlacent… Merci simplement d’être là, de faire partie de ce monde et de ma vie. ( je me suis tourné vers elle. Quelques larmes roulaient sur ses joues ) Oui, je m’en souviens bien, a-t-elle conclu le regard perdu dans le lointain. Tu avais déjà tout de l’homme que j’aim… ( elle a marqué une pause ) que j’ai aimé…
Elle a baissé les yeux et nos sourires se sont évanouis. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé dans ma tête à ce moment là. Je n’ai rien ressenti de particulier face à ces mots. Je crois simplement que, sur le coup, je n’ai pas voulu comprendre que la fin était effectivement là…
- Comment ça… ?
Elle a pris une grande inspiration. Elle semblait un peu perdue.
- Les gens changent, tu l’as dit toi-même… Il s’est passé tellement de choses dans nos vies depuis ces quatre ans… Tu as bouleversé ma vie et j’ai été l’une des femmes les plus heureuses à tes côtés, mais… ( elle a hésité, comme si dire ces mots étaient une souffrance pour elle ) … mais aujourd’hui, je crois que… que je ne t’aime plus…
- Tu crois… ? ( Je gardais toujours le même ton neutre, insensible. )
- J’en suis sûre… Nous deux… c’est fini, Nathan.
Bizarre comme certains mots ne nous font rien alors que d’autres nous font l’effet d’un coup de masse dans l’estomac. C’est seulement à ce moment là que mon pauvre cerveau a compris qu’une page de ma vie se tournait. Toutes mes craintes étaient fondées, finalement.
J’ai pleuré instantanément. 
- Non, non, non… Nathan, ne pleures pas !! a-t-elle dit.
J’ai senti l’une de ses mains attraper la mienne et je n’ai pas trouvé d’autre réconfort que celui de ses bras. Je suppose que c’est un sentiment commun à tous… Après une rupture, on se rend compte que la seule personne qui serait à-même de nous consoler est justement celle qui nous quitte.
Cela m’a fait comme un vide, un immense creux dans le cœur. J’ai éclaté en sanglot dans ses bras et elle me caressait lentement les cheveux, mais elle savait qu’elle se devait de continuer.
- Nathan, je suis désolée… ce que je ressens pour toi… ce n’est plus de l’amour, mais de la tendresse… je ne te vois plus comme je te voyais avant… j’ai juste de l’affection pour toi, c’est tout… je suis désolée de te faire souffrir comme ça, mais ça ne peut plus durer…Tous ces moments, ces souvenirs qu’on a en commun resteront en moi pour le restant de mes jours… Tu es merveilleux, mais notre histoire doit s’achever…
Je pleurais toujours plus. J’ai serré sa main comme si ma vie en dépendait. J’avais mal… physiquement mal. J’ai réellement eu l’impression que mon cœur était arraché de ma poitrine béante et découpé en multiples morceaux… avoir le cœur brisé : une expression qui a pris tout son sens à cet instant.
- Pourquoi… ai-je tenté d’articuler au travers de mes pleurs. POURQUOI ??!!
Question un peu stupide, mais que dire d’autre… ?
- Je ne sais pas, Nathan… je ne sais pas du tout. Ce ne sont pas des choses qui se commandent…
J’ai pleuré, longuement. 
Et puis on a discuté… Je l’ai pathétiquement suppliée de changer d’avis, de me laisser une chance, mais elle m’a avoué qu’il y avait quelqu’un d’autre dans sa vie. Elle m’avait déjà laissé une chance selon elle, une chance de changer le cours des choses, mais je n’avais pas su la saisir… Il était bien trop tard.
Que c’est dur de perdre son premier amour ! Surtout lorsque cela a duré quatre ans. Elle a pleuré, elle aussi. Beaucoup. Je crois que c’est le fait de me voir souffrir… Une douleur comme je n’en avais jamais connu auparavant.
C’est sur ce banc que tout avait commencé… c’est sur ce banc que notre histoire d’amour s’est achevée…

Nous sommes repartis chacun de notre côté après ça. 
Pour ma part, je me suis installé au volant de ma voiture et j’ai pleuré en rouant le volant de coups. J’ai pleuré en conduisant. J’ai pleuré dans les bras de ma famille et dans ceux de mes amis… Je n’ai été qu’une pauvre enveloppe charnelle sans vie pendant quelques mois, un dramatique déchet qui n’avait aucune utilité sinon de transmettre son interminable et déplorable déprime. Je crois qu’à cette époque, tout le monde devait me haïr… Je n’étais pas de très bonne compagnie…
De son côté, elle est partie vivre sa vie avec son nouvel amour… Nous nous téléphonions de temps en temps pour nous donner de nos nouvelles. C’était devenu un rituel, une fois par mois. Nous ne nous voyions jamais… Il nous importait juste de savoir comment l’autre allait…puis les coups de fil se sont espacés jusqu’à disparaître totalement.

Ce matin, cependant, je l’ai appelée.

Cela faisait quatre ans que je n’avais pas eu de ses nouvelles… Quatre longues années… J’en ai eu assez. Voici bien une preuve qu’un premier amour ne s’oublie jamais. Elle n’a pas semblé surprise de m’entendre lorsqu’elle a décroché. Elle semblait même heureuse. Nous avons bavardé cinq minutes et je lui ai demandé si elle voulait qu’on se voit.
Oui, elle le voulait. 
J’ai insisté pour que nous nous retrouvions sur ce banc que nous aimions tant, bien que nous n’habitions plus la même ville. J’ai entendu son rire si familier au travers du combiné et elle s’est résignée à accepter.

Je suis assis sur ce banc, en ce bel après-midi de juin. Ce n’est plus le même banc, évidemment, celui-ci est tout en métal. Le parc a bien changé lui aussi, mais les gens qui le fréquentent sont toujours les mêmes. Des couples d’amoureux qui se baladent, un ou deux joggers, des enfants qui piaillent à tue-tête et qui rient aux éclats… ce soleil resplendissant qui nous galvanise.
Comment va-t-elle être ? Aura-t-elle beaucoup changé ? Est-ce que nous serons capables de parler sans problème ? Ne serons-nous pas trop gênés, comme des étrangers, après toutes ces années ? Je n’aurais pas le temps d’imaginer les réponses à toutes ces questions…
Elle arrive.
Je vois Céline déambuler sur le petit chemin. Les ombres des platanes et des trembles défilent sur son visage à mesure qu’elle s’approche de moi. Elle me sourie déjà, mais continue à marcher lentement, mains croisées derrière elle.
Je sens mon cœur qui s’affole dans ma poitrine et mes mains tremblent d’anxiété. Je me lève un instant, mais elle est encore loin alors je me rassois. Elle rit de mon comportement, probablement pour évacuer son propre stress.
Elle s’approche de plus en plus et je découvre nettement son visage. Elle n’a pas changé. Je lui fais un grand sourire lorsque je lis une pointe d’angoisse sur son visage. Je me rends compte qu’elle appréhendait ce moment au moins autant que moi.
Elle est toujours aussi belle… Le temps lui a réussi.
- Jolie coupe de cheveux, commence-t-elle. Ça te change, c’est pas mal !
Je souris en touchant mes cheveux du bout des doigts.
- Une nouvelle coupe juste pour toi.
Elle sourit aussi. Elle s’installe à côté de moi et nous observons le parc pendant quelques minutes, sans mot dire, sans même oser croiser nos regards. On doit ressembler à deux adolescents hésitants… C’est étrange. Pourquoi cette attitude ? Probablement ces dix années sans même s’être vus…
- Alors… ( elle continue à fixer le parc ) qu’est-ce que tu deviens ? Demande-t-elle, sans doute pour briser la glace.
- Ce que je deviens… hmm… je ne suis qu’un pauvre romancier qui vit aux crochets de sa femme en espérant sortir un best-seller un de ces quatre !
Elle se met à rire.
- J’ai lu quelques-uns de tes livres, Nathan… J’aime bien, tout comme quelques millions de personnes dans ce petit monde. Tu as fait beaucoup de progrès… 
- Oui… merci…
Nouveau silence.
- Tu as des enfants ? M’interroge-t-elle.
- Une fille… Céline.
Je capte enfin son regard et ses yeux qui m’avaient tant émerveillé autrefois.
- C’est une blague ?!
- Non, c’est même ma femme qui a proposé… Elle sait à quel point notre histoire a compté pour moi. Elle aussi a vécu des moments pas très faciles avec son premier amour… ( Elle sourit, hésitante ) Et toi, tu en es où dans ta vie ?
Elle s’installe confortablement dans le banc. Derrière nous, on entend les pépiements d’oiseaux qui farfouillent dans l’herbe. Des enfants passent en courant devant nous.
- Un homme, deux enfants et un caniche… Le caniche s’appelle Nathan. ( J’éclate de rire ) Juste en ton honneur…
Elle n’a pas perdu son sens de l’humour… un aspect de sa personnalité qui m’avait fait craquer. La discussion commence enfin et nous parlons de nos vies respectives. Tout se passe plutôt bien… 
Les retrouvailles ont un goût de premier rendez-vous. Nous évoquons nos souvenirs communs, puis notre histoire… Nous nous sommes aimés si fort…
- Tu vois, dit-elle, dans un sens, on tient notre promesse… enfin pour ma part. ( Je lui lance un regard interrogateur, mais elle fixe le parc ) S’il y a bien une chose qui est commune à tous mes souvenirs… c’est ce sentiment de t’avoir aimé comme personne. J’emporterais ces souvenirs avec moi. Et dans un sens, je t’aimerais ainsi toute ma vie, je crois…
- Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?
- Rien de spécial, Nathan… Juste que depuis qu’on s’est séparé, j’ai beaucoup pensé à toi… à nous… comme tu l’as sans doute fait, puisque tu m’as appelée ce matin. Et dans mes souvenirs je t’ai aimé tellement fort… Tu es la personne que j’ai le plus aimé dans toute ma vie et parfois je me demande si je n’ai pas fait une erreur…
Je reste sans voix. Je m’attendais à tout, sauf à ça… J’ai l’impression que les rôles sont inversés. Aurait-elle des regrets ?
- Regarde-moi… ( elle s’exécute ) Qu’est-ce que tu vois quand tu me regarde ? Un homme que tu as aimé… ou un homme que tu n’aimes plus… ?
Elle sourit, encore.
- Il n’y a pas de grandes différences… si ? Mais de toutes manières… je t’aime encore, je crois… Je ne cesserai jamais de t’aimer, en fin de compte. On était jeune à l’époque et je n’avais connu que toi… Je pense que j’ai eu envie d’explorer de nouveaux horizons. Ainsi va la vie… Je ne regrette pas mon choix, les regrets n’apportent rien de bon, mais certains jours je me demande ce qu’aurait pu être ma vie avec toi… Est-ce qu’on aurait été heureux ?
Elle s’apprête à pleurer, mais je ne veux pas la voir triste. C’est inutile, on ne peut pas revenir en arrière.
- Shhh… n’y penses plus. ( Je tends mes bras vers elle et elle s’y glisse en posant sa tête sur mon épaule. ) Nous avons tous les deux nos vies aujourd’hui… il ne faut pas penser à ce genre de choses…
Nous restons un moment dans les bras l’un de l’autre et nous partageons encore ces souvenirs qui nous ont rendus si heureux. Nous rions, nous pleurons, puis nous nous levons et marchons un peu, main dans la main, au milieu des autres couples.
Tout a changé, mais tout semble si identique. Nous nous aimons encore, c’est un fait.
Ça nous fait un bien fou de nous revoir, mais nous devons en rester là. Je la raccompagne à sa voiture et je la sers dans mes bras. 
Elle m’embrasse, un baiser d’adieu…
- On ne se revoit plus, alors ? Me demande-t-elle.
- Je ne sais pas… probablement pas. Pourquoi briser des vies qui me semblent plutôt agréables ?
- Nous pourrions… essayer… Nous étions heureux à deux…
- Nous avons d’inoubliables souvenirs dans nos têtes… Ne risquons pas de gâcher notre plus belle histoire d’amour à tous les deux sur un coup de tête…On ne sait pas ce qui nous attend si on recommence. 
- Tu as sans doute raison, mais…
- …mais tes enfants et ton caniche t’attendent… (je ris) et moi j’ai ma petite Céline.
Elle me sourit, monte dans sa voiture et s’éloigne de ma vie pour toujours, sans doute.
Nous avons préféré tuer une histoire d’amour qui n’était peut-être pas tout à fait terminée, mais après tout… les plus belles histoires d’amour sont celles qui meurent comme elles viennent.

Le Copyright © ApoloJ

Résumé :
L'auteur revient sur sa vie, son passé, un amour qui l'a marqué...

Une Partie De Moi Vient De Mourir

Ecrit par Karasjoo
Histoire d'un homme triste
Si seulement j’avais su !…..
Je viens de comprendre, maintenant. Cette phrase.
Seulement maintenant, Liv….


Je ressens toujours cette même solitude au fond de moi. Le sentiment d’avoir raté quelque chose dans ma misérable vie déjà bien bancale. J’ai l’impression que je ressentirai toujours cela. Quand j’ai eu une personne à laquelle je tenais, toi, et Eva, quand j’ai eu certains moments, soit la vie m’a tout enlevé, soit ma pauvre jeunesse m’a aveuglé sur les instants que je vivais. Car je n’avais pas compris à l’époque qu’il fallait que je vive certains moments. Certains, peut-être plus que d’autres. Car on ne peut pas tout vivre intensément. Il y a des hauts et des bas. C’est alors que peu à peu, certaines choses allaient m’échapper à jamais. Sans que je résiste. Sans que je bouge. Sans même que je m’en aperçoive.


Si jeunesse savait. Si vieillesse pouvait. Cela sonne tellement vrai à présent pour moi.
Je regarde ces vieilles photos où je me rappelle certains épisodes de mon enfance. Les rares photos que j’ai conservé de moi. Les rares photos que je n’ai pas jeté ou brûlé. C’est étrange, car je ne suis pas si vieux que ça. Seulement j’ai l’impression d’avoir vieilli trop vite, et j’ai du être obligé d’être confronté très tôt à de graves questions. Trop tôt. Trop de questions. Trop de graves problèmes. Et j’ai du fuir. Et c’est en fuyant que j’ai beaucoup perdu, à mes yeux. Mais avais-je le choix ? Non. Au vu de mes problèmes, dans la famille, hors de la famille, je ne pense pas que j’avais le choix.
Et pour moi, ces photos sont comme des fantômes. Des âmes mortes. Des souvenirs d’instants irrécupérables.


Je regarde l’une d’elles, où je semble heureux. Je souris. Je suis assis auprès d’une personne d’environ soixante-dix ans. Un couple qui était ami avec ma grand-mère, mais avec qui je m’entendais bien. Je suis assis avec lui, sur un banc de pierre. Derrière, des arbres et de la pierre. Le soleil semble taper fort. Je porte un manteau. Peut-être est-ce la photo qui me trompe. Peut-être y avait-il du vent. Je ne sais pas. Je regarde la photo. Et je me souviens de ce temps-là. Je devais avoir huit ans. Je me souviens que j’allais souvent me promener dans les bois qui dominaient les champs à perte de vue, en bas de mon village. Le couple habitait une maison, au bout d’un très long chemin, et derrière laquelle s’étendait également quelques arbres qui semblaient être pour moi une sorte de clairière. Mais je ne crois pas que c’en était une. Je me souviens que j’ai grandi en partie dans cet endroit, en pleine campagne. Et que du balcon, je pouvais dominer tous ces champs bordant ces bois. La vue était magnifique. Je me souviens également que ma chienne a été enterrée juste derrière la maison, près d’un des arbres. Je me souviens que j’allais assez souvent passer un après-midi chez eux. Mais je ne voyais pas encore l’importance que ça allait avoir pour moi. En fait, comme tout enfant, je suppose, je venais passer ces moments-là, un peu indifféremment. J’allais chez eux. Je revenais chez moi. Je me souviens que j’étais assez content de venir chez eux. Ça me permettait de fuir ma mère et ma grand-mère avec qui j’ai vécu jusqu’à dix-huit ans, avec qui je ne me suis jamais entendu. Mais au fur et à mesure que les visites s’accumulaient, je devenais de plus en plus indifférent. A tel point que je restais cloîtré chez eux à regarder la télé. Pourtant, après ta mort, toi, la seule fille que j’aimais, je commençais à m’apercevoir que je tenais à cet endroit. Seulement, je n’ai pas su profiter de ces moments. Je n’ai presque jamais été capable de vivre quelque chose, ou de ressentir quelque chose ouvertement. Je renfermais tout en moi.

Sauf avec toi, et Eva, ta mère, également, avec qui je m’entendais très bien. Elle est morte, elle aussi. Aurais-tu donc réussi à faire sortir mes sentiments hors de moi? Il me semble bien. Tu es la seule personne que j’ai aimé. Et je considérais ta mère comme ma mère adoptive et spirituelle. Peut-être était-ce tout simplement avec toi, avec vous, que je me suis permis de ressentir quelque chose. Extérieurement. Pour l’une des rares fois de ma vie.

Je me souviens, on me disait froid comme de la glace. Je ne souriais jamais. J’avais l’air toujours malheureux. Je n’ai presque jamais réussi à pleurer physiquement. On voyait bien que je pleurais intérieurement, mais les larmes ne coulaient que rarement. Peut-être trop rarement. J’ai toujours eu l’impression d’avoir eu trop de choses en moi à porter pour pouvoir me permettre d’y poser une couleur ou un sentiment. Mon amitié si courte avec Kristina, quand j’avais douze ans, m’a énormément marqué également. Elle est décédée très jeune, elle aussi, et c’est depuis très longtemps un énorme poids à porter.

J’ai tellement de plaies à refermer !….
Et malheureusement, j’ai encore et toujours des plaies qui s’ouvrent. Ou qui se rouvrent. Quoi que je fasse.
Je regarde cette photo. Je souris. Mais je ne me reconnais pas. Il y a longtemps que je ne suis plus ce garçon souriant que j’ai trop rarement été.

Le vieux couple a vendu leur maison et a finalement déménagé près de Paris et a quitté définitivement ma Provence natale. Des inconnus se sont installés à cet endroit et ont tout reconstruit.
Je me souviens que je me suis récemment promené, un été, et je suis passé devant chez eux. Beaucoup de choses avaient changé avec l’arrivée des nouveaux occupants. L’envie me démangeait de venir chez eux et de leur demander la permission de venir sur le balcon pour admirer la vue au-dehors. Seulement, ce n’était pas possible. Et ce n’était là qu’une infime partie de la désolation que j’ai ressentie. Car dans mon esprit, le vieux couple était devenu un fantôme, hantant ces lieux, en moi, pour toujours. Comme tous ces souvenirs, toutes les choses que j’ai pu vivre ici, et qui ont ressurgi à la surface à la vue des nouveaux occupants de la maison, à la vue de la piscine qu’ils ont construite dans le terrain qui m’était si familier, et qui vient me hanter à présent, tel un chevalier chargeant sa victime.

Car pour moi, le vieux couple vit toujours ici. Au bord de cette petite route de campagne où les champs et les bois remplissent le paysage à perte de vue. Des champs de tournesol, de blé. Les traverser était à présent devenu quelque chose de spécial. J’avais raté quelque chose. Comme si mon enfance était morte. Tout ce que je peux retenir de mon enfance aura été cet épisode avec Kristina, ces trois années avec toi…Rien d’autre d’agréable ou d’intéressant. Toujours ce même dégoût de vivre, dans ma famille où je me sentais mal et que j’ai fini par quitter. Si j’avais su, j’aurais pu retenir davantage de choses de mon enfance.

Car je sais bien que je n’aurai pas de deuxième chance pour revivre ce que j’ai vécu.
Ma chienne est toujours enterrée près de l’arbre derrière cette maison. C’est également ici qu’une partie de moi vient de mourir. Je n’ai rien pu faire contre ça. Je n’aurais rien pu faire. Car ce n’est que maintenant que je me rends compte de l’importance de certains moments. Mais le pire, dans tout ça, c’est qu’il m’est quasiment impossible de savoir quels moments vivre plus intensément que d’autres, parmi des moments qui me semblent tous aussi banals les uns que les autres. Je ne peux pas m’en apercevoir. Je ne m’en rends compte que bien plus tard de l’erreur que j’ai commise. Mais je ne sais même pas si je dois qualifier cela d’erreur…

On vit, et on regrette de ne pas avoir fait, de ne pas avoir dit, de ne pas avoir su. Mais le retour en arrière est impossible. Parce que je n’ai pas vécu. Mais aussi, je ne pouvais peut-être tout simplement pas vivre. Peut-être.

Pourtant, j’ai pu vivre pleinement ma vie à tes côtés. Peut-être parce que nous souffrions tous les deux. Mais il y a une chose que je sais. Un lieu, une chose que je dois faire, pour ne pas avoir à regretter la seule chose qu’il me reste et que tu m’as gracieusement offerte. Ma seule raison de vivre. Toi. L’océan de glace où tu reposes. En espérant d’avoir la force de vivre……pour toi…...pour nous……..notre rêve………notre promesse…..ma chérie…….
Je vais revenir…
Le Copyright © Karasjoo

Le résumé :

Léa était née les paupières closes. Elle était incapable d'ouvrir les yeux et ses parents n'en connaissaient pas la raison. Un jour pourtant, un incident leur rappela un souvenir...

Léa - Écrit par Claire Michault

Léa : petite histoire d'amour touchante
Courte histoire d'amour touchante
- Le soleil est de quelle couleur ?
- Jaune…
- C’est quoi jaune ?
- C’est une couleur…
- Raconte-moi le jaune
- Heu…le jaune c’est le soleil, la chaleur, le miel. C’est la vie, la joie, le bonheur. C’est l’espoir de la jonquille, l’acidité du citron, l’éclat de la topaze, la pureté de l’or, la saveur du safran.
- C’est une belle couleur alors ?
- Oui ! Léa, pourquoi n’essaies-tu pas ?
- Je ne sais pas, j’ai peur…

Léa était née 6 ans et quelques mois plus tôt par une belle nuit d’hiver. La lune offrait son plus beau croissant aux étoiles étincelantes. Il faisait très froid.
Elle poussa son premier cri à 3h19 exactement. 3kgs900, 57 cms. « Votre petite fille est en pleine santé ! Félicitations ».

Hélas… Léa n’ouvrit pas les yeux. Ses paupières restaient hermétiquement fermées. 
Les premiers jours, personne ne semblait s’inquiéter. C’était une question de temps affirmait le pédiatre. Rien d’alarmant. 

Les jours passèrent, puis les semaines, les yeux du bébé ne s’ouvraient toujours pas.
Les nombreux médecins étaient impuissants face au mystère des yeux de Léa. Ils étaient formels sur un point, Léa n’était pas aveugle, le jour où ses yeux s’ouvriraient sur le monde, elle verrait très bien. Les machines étaient muettes, les traitements restaient vains.
Les parents de Léa voguaient d’espoirs en déceptions. Chaque nuit, sa maman pleurait de ne pas connaître la couleur des yeux de sa petite fille. 

- Nous avons fait tous les examens qui existent, Madame, je suis désolé, personne ne comprends le problème de votre fille. Elle est en parfaite santé. Tout fonctionne parfaitement bien. Elle ne présente aucuns symptômes, comment dire, mécaniques. Peut-être devriez-vous songer à la montrer à un pédopsychiatre…
- Docteur, ne me dites pas que ma fille est folle. Elle est née comme ça ! Vous ne comprenez pas, alors vous abandonnez, c’est ça ? Vous nous laissez avec notre tristesse de ne pas connaître le regard de notre fille ! 
- Je suis désolé, la médecine est impuissante face à son refus de voir le monde.
- SON REFUS ?! Comment osez-vous me dire ça à moi, sa mère ! Sous-entendez-vous qu’elle ait choisi son état ? Qu’elle refuse de me voir, de me connaître ? 
- Elle vous connaît Madame, elle vous voit à sa façon, elle reconnaît votre voix, elle sent votre chaleur, elle ressent tout ce qui l’entoure et bientôt elle parlera…
- Comment pourrait-elle parler de chose qu’elle ne connaît pas ?
- Mais elle les connaît, madame, à sa façon à elle. Ses autres sens se sont développés énormément ; Elle capte des sons que nous n’entendons pas. Elle identifie chaque personne de son entourage à son odeur, elle …
- En attendant, vous me certifiez qu’elle n’a rien, pourtant, ses yeux sont toujours clos ! 
J’irai voir d’autres docteurs. Je traverserai la planète, mais je la soignerai ! Un jour elle verra comme vous et moi !
- Je comprends votre désarroi, mais croyez-moi, vous perdez votre temps ! 

Léa grandissait ballottée entre les médecins, les pédopsychiatres, les professeurs les plus connus. Personnes ne comprenait. Aucun ne trouvait la clé de cette énigme.

Le jour de ses six ans, les parents de Léa l’emmenèrent à la côte. Enfant robuste, elle se mit à courir sur la plage. Son rire cristallin s’évanouissait dans le vent. Elle dansait au rythme des vagues. 
Soudain, elle s’immobilisa. Ses lèvres bougeaient mais aucuns sons ne sortaient de sa gorge ; Elle semblait en communion parfaite avec la mer, en prière avec l’immensité. Son père, mi-inquiet, mi-amusé, se dirigea vers elle.
« Laisse-la encore quelques instants… ». Surpris, il se retourna vivement mais ne vit personne à part sa femme qui ramassait des coquillages.
« Je deviens fou ! » pensa-t-il . 

Il est vrai que ces derniers mois avaient été pénibles pour tout le monde. Les nombreux déplacements, les déceptions successives, le stress de l’attente, les espoirs très vite désenchantés, avaient considérablement empiété sur leur vie de famille. Leur fille avait déjà trois ans et il ne l’avait pas vu grandir, obsédé par son désir d’enrayer cet handicap.
Quel avait été son premier mot ? Et ses premiers pas ? Son premier sourire ? Il ne se souvenait de rien, juste ces heures interminables dans les salles d’attente froides et tristes de tous ces docteurs. 
Léa s’asseyait toujours sur ses genoux et donnait la main à sa mère qui lui racontait une histoire ou lui chantait une chanson. 
La petite fille souriait tout le temps et donnait tout l’amour qu’elle pouvait à ses parents, comme si c’était eux qui avaient besoin de réconfort, comme si c’était eux qui vivaient dans le noir.
Elle ne s’est pas plainte une seule fois pendant ses trois années d’examens, de tests parfois douloureux, mais quand ses parents lui ont demandé ce qu’elle voulait pour son anniversaire, elle leur à répondu de sa petite voix douce et scintillante : « plus de docteurs ! », puis , très sure d’elle « je veux aller à la mer ! ».

Plongé dans ses pensées, il ne fit pas attention au petit groupe de jeunes garçons qui se rapprochaient de sa fille. 
Un bruit de pétard déchira le silence de la nature.
Un cri strident, affolé, épouvantable lui fit écho. C’était Léa. Paniquée, elle courait dans tous les sens, cherchant désespérément son père et sa mère.
- Léa, cria-t’il, LEA !
Le vent avalait ses mots laissant Léa dans une angoisse terrifiante
Sa mère courrait, son père était paralysé par son incompréhension. Il sentait un danger mais était incapable de sortir de sa torpeur. Le cri de sa fille l’avait pétrifié. 
Un deuxième pétard, plus fort que l’autre explosa tout près de Léa. 
La petite fille hurla de plus belle. Ayant perdu tout sens de l’orientation, elle courra vers le large. 

- NON, LEA. ARRETE, MAMAN VIENT TE CHERCHER.
- Maman ? Maman ? MAMAN !!!
La voix de sa mère venait de derrière, elle devait faire demi-tour ! L’eau lui montait déjà jusqu’au cou. Une vague plus forte que les autres, lui fit perdre l’équilibre avant qu’elle ait eu le temps de se retourner pour rejoindre ses parents. 

Un vieux pêcheur avait observé ce jeune couple et surtout cette petite fille aux longs cheveux noirs. Elle ressemblait à une petite sirène. Il n’arrivait pas à détacher son regard de l’enfant. Elle dégageait une force indescriptible.
En un éclair tout bascula. Les pétards, les cris, la vague…
Il courut, le plus vite possible. Une énergie inconnue le poussait vers le danger. Rien n’aurait pu l’arrêter, il ne pensait plus, Une seule certitude ; s’il ne la sauvait pas très vite, elle mourrait, emportée par le courant. C’était une question de secondes, sinon, personne ne la retrouverait vivante. 

- Elle respire !
- Les secours sont en route… Comment pourrais-je vous remercier ? Sans vous…Elle serait…. Je… Oh! mon Dieu, merci, monsieur…
- Jean. Ne me remerciez pas, j’étais là au bon moment, au bon endroit. C’est tout.
- Je ne comprends pas, j’étais paralysé, je voyais ma fille se noyer et… je n’ai rein fait ! 
- La peur. Tout s’est passé très vite. Elle est en vie, c’est tout ce qui compte ! J’ai échappé à la mort de nombreuse fois. Je me suis toujours demandé pourquoi. J’ai vu des amis, des proches mourir. Moi, la vie m’a toujours retenu avec mes chagrins, mes manques… Aujourd’hui je suis heureux d’être en vie. J’ai compris que je suis resté sur cette terre pour sauver votre fille. Il y a toujours une raison à tout. Pas de hasard… Ne vous culpabilisez pas, ne perdez pas votre temps avec des questions sans réponses. Tout ceci est arrivé parce que cela devait être ainsi. Demandez-vous pourquoi…il y a une raison à tout.

Jean, le vieux pêcheur, retourna chez lui, l’âme en paix. Il mourut pendant la nuit, son visage était serein et son sourire figé dans l’éternité.

Après une nuit en observation à l’hôpital, Léa pu repartir chez elle. Arrivée dans sa maison, elle se blottit dans les bras de sa mère et des larmes coulèrent sur ses petites joues roses. Elle pleura en silence pendant des heures, ne comprenant pas ce qui lui arrivait. 
Léa n’avait jamais pleuré auparavant.
Ses parents respectèrent son chagrin sans lui poser de questions. Il avait enfin compris que leur petite fille, renfermait un lourd secret dans son cœur mais qu’elle n’était pas encore prête à se confier. Ils restèrent pelotonner tous les trois pendant une bonne partie de l’après-midi. Chacun avec ses propres souffrances. 

Au coucher du soleil, Léa fit une réflexion qui allait déclencher une série de réponses à son refus d’ouvrir les yeux.
- Les boum…Je connais !
- C’était des pétards, Léa, juste des jeux… 
- Non, c’est méchant !
- Léa, dit doucement sa mère, personne n’a voulu te faire du mal. Des enfants jouaient au bord de l’eau et ils ont voulu faire une blague… C’est idiot, je sais ma chérie, mais ce n'est pas méchant.
- Si, Léa recommençait à trembler, c’est méchant ! 

Son papa la prit dans ses bras pour la calmer. Mais l’enfant se débattait. « Ca fait mal à maman et papa il est triste !!! »
- Mon Dieu, Pierre, J’ai compris !

Caroline s’était levée et arpentait la pièce en proie à une grande excitation. Elle réfléchissait tout haut. Une lumière avait jailli dans son esprit ! Tout s’éclaircissait très vite. Un barrage avait cédé brusquement dans sa tête.

- Caro, tu as compris quoi ? Et calme-toi, tu veux !
- Le premier pédiatre qui a examiné Léa avait raison ! C’est elle qui refuse d’ouvrir les yeux ! Elle a eu une grande frayeur quand elle était toute petite !
- Caro, elle est née avec les paupières collées ! Qu’est-ce que tu racontes ?
- Non, ses paupières ne sont pas collées ! c’est son esprit qui rejette la vision du monde et…
- Bon sang, Caro, explique-toi ?
- Tout s’est passé dans mon ventre. Souviens-toi Pierre…Louxor… 

Le matin du 17 novembre 1997, aux alentours de 0900, un commando de 6 hommes portant des uniformes de police noirs arriva à la porte extérieure du temple Hatshepsout à Louxor après avoir assassiné les gardes avec des fusils d'assaut.
Ils se divisèrent en deux parties : 3 hommes restèrent à l'entrée, pendant que 3 autres entrèrent dans le temple et ouvrirent le feu sur les touristes présents. Parmi ceux-ci, certains parvinrent à fuir en se dissimulant derrière des gravats, et la plupart fut pris au piège entre les murs du temple et la face de la montagne.
Les terroristes ont mis environ 40 minutes pour massacrer les touristes. 
Ils les poursuivirent derrière les colonnes du bâtiment, les rassemblèrent devant un mur et les firent s'agenouiller avant de les mitrailler à bout portant, sans être troublés par leurs cris et leurs implorations.
Plusieurs touristes, dont Caroline et Pierre, ont survécu à l’horreur en simulant leur mort. 
Les survivants ont raconté la sérénité méthodique avec laquelle les terroristes abattaient hommes, femmes et enfants.
Sur les 400 personnes présentes dans l'enceinte du temple, ils parvinrent à en tuer 62 et à en blesser 24 avant de prendre la fuite.
Pierre et Caroline se souvenaient en silence, chacun à leur manière, de ce cauchemar. Ils entendaient encore les cris de terreur qui résonnaient dans la grotte mélangés aux hurlements incompréhensibles des tueurs fous. Il ressentaient cette peur effrayante, presque inhumaine de se retrouver devant une mort inéluctable.
Les corps tombaient un à un, le sang se mélangeait à la poussière du sol. 
Caroline reçu une balle, elle s’écroula dans un cri de souffrance. Pierre se coucha sur elle, priant de toutes ses forces que ce carnage se termine très vite et qu’une rafale lui fasse retrouver la femme qu’il aimait plus que tout.
- Maman ? la voix de Léa les arracha à leurs pensées noires
- Oui ma chérie ?
- Tu pleures ? Les larmes de Caro coulaient sur les petites mains de sa fille.
- Oui mon bébé. 
- Pourquoi ?
- Léa, écoute bien maman, Quand tu étais dans mon ventre, il s’est passé quelque chose de très grave. Tu ne t’en souviens pas mais ton cerveau n’a pas oublié. Ce jour là, de très méchants messieurs ont fait du mal à beaucoup de personnes. Ton papa et moi avons eu très peur et j’ai été blessée à l’épaule. Ma chérie, je pense que tu as eu aussi très peur. Tu as vécu tout ça dans mon ventre mais tu as tout ressenti. C’est pour ça que tu n’arrive pas à ouvrir tes yeux. Ton esprit refuse de voir le monde. Il a peur pour toi, tu comprends ?
Léa écoutait ce que disait sa mère. Elle sentait que c’était très important pour elle, qu’elle devait bien écouter sa maman. Elle avait l’impression qu’elle connaissait cette histoire.
- Tu m’as déjà raconté ça maman ?
- Non, s’étonna Caroline, jamais.
- Alors, je m’en souviens. C’est comme quand tu me racontais des histoires chez les docteurs, je ne me rappelle plus, mais quand je les relis, je les reconnais. Raconte-moi, maman, c’était qui les méchants ?
Caroline lui relata les faits tels qu’elle s’en souvenait, Pierre l’interrompait de temps en temps avec ses propres souvenirs.
Pierre termina :
- Ensuite, tout s’est arrêté comme ça avait commencé. Ils sont partis laissant derrières eux des centaines d’innocents. Beaucoup étaient morts. D’autres blessés. Je me suis relevé doucement et j’ai pris ta maman dans mes bras. Je croyais qu’elle était morte. Je pleurais en silence, ne comprenant pas pourquoi j’avais survécu. Une femme se leva lentement. Elle vint vers moi et examina maman. « Je crois qu’elle vit, laissez-moi voir son pouls,…oui, il est faible mais elle est en vie ». Elle me fit un sourire et s’occupa des autres personnes. Ensuite les secours sont arrivés et ils nous ont emmenés à l’hôpital..
Tu es née un mois et demi plus tard.

Léa se blottit dans les bras de Caroline et s’endormit jusqu’au lendemain matin.

- Le soleil est de quelle couleur ?
- Jaune…
- C’est quoi jaune ?
- C’est une couleur…
- Raconte-moi le jaune
- Heu…le jaune c’est le soleil, la chaleur, le miel. C’est la vie, la joie, le bonheur. C’est l’espoir de la jonquille, l’acidité du citron, l’éclat de la topaze, la pureté de l’or, la saveur du safran.
- C’est une belle couleur alors ?
- Oui ! Léa, pourquoi n’essaies-tu pas ?
- Je ne sais pas, j’ai peur…
- Léa, ma chérie, je t’ai déjà expliqué que c’était un accident. Qu’il y a plein de choses magnifiques qui nous entourent ! 
- Oui mais, il y a aussi d’horribles choses. Quand papa regarde la télé, j’entends que tous les jours il y a des morts, des gens malheureux, des guerres, des….
- Je sais, tu as raison. On vit dans un monde violent, difficile, injuste. Des gens meurent tous les jours, sans raison mais ce n’est pas pour ça que toi tu vas mourir, ce n’est pas pour ça que tu ne peux pas voir la beauté du monde. Toutes les personnes qui vivent sur cette planète ne sont pas « mauvaises ». Bien au contraire. C’est une infime poignée d’individus qui provoquent ces guerres, juste pour prendre le pouvoir, même s’ils nous font croire autre chose.
- Où on est maman ?
- Dans un endroit magnifique, en pleine nature, s’il te plaît Léa, ouvre les yeux, je suis près de toi, n’ai pas peur, je serai toujours là pour toi, fais-moi confiance, je t’aime…

Un vent léger se leva. Léa était debout. Elle mit les lunettes de soleil que son père lui avait données le matin même, pour ne pas être éblouie par la lumière. Elle prit la main de sa mère et la serra de toutes ses forces. Alors, une énergie énorme l’envahit. C’est à ce moment précis que ses paupières s’ouvrirent, sans effort. 

La première chose qu’elle vit n’était pas le paysage superbe qui l’entourait, ni la couleur du ciel, ni la forme des arbres, non, …ce fut l’amour de sa mère.

Le Copyright © Claire Michault

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