Affichage des articles dont le libellé est Jean Anouilh. Afficher tous les articles

Jean Anouilh est un écrivain et dramaturge français, né le 23 juin 1910 à Bordeaux et mort le 3 octobre 1987 à Lausanne. En savoir plus sur Wikipédia.

Quelques oeuvres de Jean Anouilh :

L'écrivain français Jean Anouilh
Jean Anouilh
A découvrir : Biographie de Jean Anouilh.

Antigone, Jean Anouilh 1944 :

Tragédie en prose de Jean Anouilh (1910-1987), créée à Paris au théâtre de l'Atelier le 4 février 1944, dans une mise en scène d'André Barsacq, et publié à Paris aux Éditions de la Table ronde en 1946 (la page de titre porte 1945).

D'emblée, avec sa réserve habituelle et la secrète inquiétude qui l'anime devant les bassesses inévitables du quotidien, Anouilh met en scène des héros qui refusent de s'adapter aux contraintes du monde comme il va et à s'accoutumer aux compromis. Ainsi dans l'Hermine (1932) et surtout dans la Sauvage (1934) où l'héroïne, devant l'exigence de pureté et d'absolu qui est la sienne, est incapable de tricher et de se mentir à elle-même.
L'intransigeance la porte ainsi à choisir lucidement la solitude et le malheur puisqu'"il y aura toujours un chien perdu quelque part qui [l]'empêchera d'être heureuse".

Le fait que chacun d'entre nous se retrouve être l'exécuteur d'un destin déjà tracé inspirera encore à Anouilh Y'avait un prisonnier (1935), le Voyageur sans bagage (1936), où l'amnésie prive précisément le héros de tout ancrage dans le passé, Eurydice (1941) où la mort, en purifiant les amants, leur donne l'absolu. Autant de thèmes, de personnages, de réflexions qui préfigurent Antigone. Une pièce que l'ambiguïté des réponses proposées par Anouilh plaça d'emblée, malgré le succès remporté, au cœur d'une polémique, la censure des occupants allemands ayant autorisé la représentation après avoir lu, semble-t-il, la victoire finale de Créon comme une justification de l'ordre.

Au lever du rideau, le Prologue présente au public les personnages qui vont interpréter la pièce en décrivant à grands traits leur caractère; ils sont onze en tout qui s'éclipsent au fur et à mesure pour laisser la scène vide. La tragédie peut commencer.
La nourrice, scandalisée, surprend Antigone qui au petit matin rentre subrepticement au palais. La jeune fille rassure la vieille femme et inquiète sa soeur Ismène par sa détermination d'aller enterrer leur frère Polynice mort dans un combat fratricide contre Étéocle, et cela, malgré l'interdiction de Créon qui promet la mort à celui qui enfreindrait ses ordres. Après s'être réconfortée auprès de la nourrice, Antigone reçoit son fiancé Hémon, fils de Créon et d'Eurydice, et lui annonce, après lui avoir fait jurer de ne pas la questionner, qu'elle ne pourra pas l'épouser. A Ismène revenue, Antigone avoue alors qu'elle est allée, pendant la nuit, enterrer son frère. Les deux jeunes filles une fois sorties, arrivent Créon et un garde. Ce dernier annonce à Créon que quelqu'un a recouvert le cadavre de terre. Dans un premier mouvement, Créon, en voulant garder la chose secrète, tente d'éviter le scandale. Arrive alors le choeur qui entame des réflexions sur la tragédie, puis Antigone, menottes aux poignets, qui vient de se faire surprendre par les gardes en train de terminer son travail de la nuit. Créon, de retour, découvre, stupéfait, une Antigone dans les fers et qui avoue son crime. Suit une longue entrevue pendant laquelle Créon va tout tenter pour sauver Antigone: successivement, il cherchera à étouffer l'affaire, mais Antigone affirme vouloir recommencer; à minimiser ce qu'il considère comme une étourderie d'enfant, mais Antigone lui oppose qu'elle a agi en toute connaissance et en toute lucidité; à lui prouver que les rites imposés par les dieux ne signifient plus grand-chose, mais Antigone lui rétorque qu'elle ne l'a fait que pour elle, affirmant ainsi sa propre liberté; à lui expliquer comment on gouverne un État et les raisons qui président aux choix, mais alors Antigone fait la sourde oreille; à lui montrer enfin, en lui dévoilant toute l'histoire, l'indignité des deux frères. Cette fois Antigone est prête à céder quand Créon, voulant parfaire sa victoire a un mot de trop, un mot malheureux, celui de "bonheur". Antigone alors se rebiffe et ne sortira plus de sa logique butée, même devant sa sœur Ismène revenue et qui demande aussi la palme du martyre. Créon, excédé par les provocations et les insolences d'Antigone, finit par appeler ses gardes. Le choeur fait alors des reproches à Créon qui doit aussi faire face à la révolte désespérée d'Hémon. On verra encore Antigone dicter à un garde une lettre pour Hémon, dans laquelle elle avoue ne plus savoir pourquoi elle meurt. On vient la chercher pour l'exécution de la sentence. C'est le messager qui racontera sa mort. Enterrée vivante dans un tombeau, Antigone, au lieu d'attendre la mort, a choisi de se pendre et Hémon, qui l'avait accompagnée, s'est jeté sur son épée. A l'annonce de la mort de son fils, Eurydice, en silence, s'est aussi tranquillement coupé la gorge. Créon, resté seul avec son petit page, se rend au Conseil pendant que les gardes continuent à jouer aux cartes.

La liberté de construction de la pièce sert en fait le propos général. On enferme mal une interrogation sur le destin de l'homme dans un carcan trop géométrique d'actes et de scènes. En revanche, comme le fait le Prologue, on peut en présenter les personnages comme des pupazzi de la commedia dell'arte ou comme des acteurs pirandelliens qui vont endosser un rôle, et qu'un montreur non identifié va animer tout à l'heure. S'accentue ainsi l'impression de déréliction générale et s'affirme la nécessité pour chacun de jouer "son rôle jusqu'au bout". Cette théâtralisation des comportements est encore accentuée par le jeu des anachronismes délibérés (à la création, les gardes, par exemple, étaient vêtus d'imperméables noirs et jouaient du revolver alors que Créon était en frac) qui portent la force du mythe jusque dans le vécu du spectateur, et disent autrement que le prestige des dieux et de leur éternité s'est enfui des cités où désormais la raison plus que la foi dicte des lois ineptes.

On accède ainsi au coeur même de la tragédie: la quête d'une vérité insaisissable mais partout présente dans la pièce, symbolisée par le jeune page; la nostalgie d'une enfance perdue où le beau et le lumineux paraissent plus essentiels que le bien et la tranquillité. Certes, on peut ne voir dans la révolte d'Antigone qu'une résistance contre toute forme d'oppression, contre les lois absurdes et indispensables édictées par des hommes pour construire des cités heureuses, et l'affirmation d'une liberté individuelle contre le destin collectif. Si elle n'était que cela, la lutte d'Antigone serait vaine. Elle déboucherait au bout du compte sur ce qu'elle refuse même d'entendre, le bonheur, parce qu'il est chargé de toutes les compromissions dont la première est l'acceptation de vivre et de vieillir. L'absence de transcendance dans la pièce d'Anouilh rend la quête d'Antigone encore plus désespérée. Elle n'a même plus recours à l'amour contre la haine. Elle réclame simplement "tout et tout de suite" comme une justice parce qu'elle ne croit en définitive qu'à l'éternité du présent, refusant un passé chargé de meurtres et d'incestes et un avenir promis au charlatanisme de la philosophie, du stoïcisme à la Créon par exemple.

Finalement, le sacrilège, aux yeux de Créon, consiste moins à braver une loi qu'à vouloir soi-même dégager l'itinéraire de son propre malheur, et y trouver sa dignité en se donnant l'illusion suprême de la liberté. Pour Antigone, vivre consiste à "dire non", et à ne pas vouloir comprendre, pour échapper définitivement aux sophismes qui justifieraient un bonheur à la petite semaine. Jusqu'au bout, bien qu'elle ait reconnu reconnu l'inanité de ses actes, Antigone, en définitive bourrelée de doutes, obéira à sa nécessité intérieure en se donnant elle-même la mort. Dans leur dialogue de sourds, Créon lui reproche cette retraite désespérée et élitiste. Pour le commun des mortels (Hémon, Ismène, Eurydice, le peuple), il faut des repères et quelqu'un qui se retrousse les manches pour conduire le troupeau. Comme Sisyphe remontant son rocher, Créon va présider le Conseil. Pour lui comme pour Antigone, au bout du compte, la solitude. Dans la pièce, le dérisoire mot de la fin semble revenir aux gardes qui abattent leurs atouts: "Eux, tout ça, cela leur est égal; c'est pas leurs oignons."

Cette pièce qui n'est finalement qu'une longue conversation pourrait se lire aussi comme une tragédie où le langage jouerait le rôle de fatum. Puisque toute transcendance est ici délibérément niée, c'est la rhétorique seule qui anime le débat, somme toute byzantin, entre l'homme d'État qui cherche des compromis et l'adolescente têtue qui ne sait que dire non, et qui meurt d'une querelle de mots, en butant sur le seul qui ne soit pas de son vocabulaire : "bonheur". Dans ce contexte, il n'est pas innocent que la dernière action d'Antigone soit une tentative d'écriture: elle dicte un billet pour Hémon, qu'elle rature en demandant au garde devenu scribe de rayer "Je ne sais plus pourquoi je meurs" et d'écrire à la place "Pardon, je t'aime", abandonnant ainsi toute prétention à la rhétorique, renonçant à expliquer ("Raye tout cela, il vaut mieux que personne ne sache"), pour utiliser délibérément les mots les plus usés, sinon les plus vides. Puis la marionnette n'a plus qu'à se pendre à ses propres fils.

Pièces costumées, Jean Anouilh :

C'est sous ce titre générique que le dramatique français Jean Anouilh (né en 1810) a regroupé en 1960 trois de ses pièces. 
"L'alouette" fut créée en 1953 dans une mise en scène de Jean-Denis Malclès. Imagerie autour de Jeanne d'Arc, la pièce ne prétend pas, du propre aveu de l'auteur, expliquer le mécanisme de l'aventure de la pucelle. Il s'agit de bien autre chose, et d'abord d'un jeu de théâtre où le dramaturge se donne à la joie de peindre la saveur populaire, sa manière à lui de se détendre et de prendre contact avec la vie. Il s'y mêle on ne sait quels souvenirs de livres d'images. "Il n'y a pas d'explications à Jeanne. Pas plus qu'il n'y a d'explications à la petite fleur vivante qui savait de tous temps combien elle avait de pétales et jusqu'où ils pousseraient. Il y a le phénomène de Jeanne, comme il y a le phénomène de pâquerette, le phénomène cile, le phénomène oiseau... On reconnaît aux enfants le droit de faire un bouquet de pâquerettes, de jouer à faire semblant d'imiter le chant des oiseaux, même s'ils n'ont aucune sorte de connaissance en botanique et en ornithologie.
C'est à peu près tout ce que j'ai fait." Voici ce qu'écrivait Anouilh dans la présentation de sa pièce. A ces mots, il ne convient guère d'ajouter quelque chose sinon que la tendresse et la naïveté avec lesquelles il a dessiné la petite silouhette de l' enfant Jeanne placeraient plutôt "L'alouette" dans l'univers des pièces roses que dans celui des noires.

Jean Anouilh est né en 1910 à Bordeaux (France). Son père est tailleur et sa mère est musicienne et professeur de piano, elle joue dans un orchestre se produisant sur des scènes de casino en province. C’est dans les coulisses de ces casinos qu’il découvre les grands auteurs classiques : Molière, Marivaux et Musset. Jean Anouilh vit à Paris et rentre au collège Chaptal. C’est très tôt qu’il se prend de passion pour le théâtre . En 1928, il assiste émerveillé, au printemps, à la représentation de Siegfried de Jean Giraudoux, l’adolescent de dix-huit ans fut ébloui, subjugué...

L'écrivain français Jean Anouilh
Jean Anouilh

Biographie de Jean Anouilh :

Après des études de droit à Paris puis deux ans de travail dans une agence de publicité, il devient le secrétaire de Louis Jouvet en 1929. Les relations entre les deux hommes sont tendues (Louis Jouvet l’aurait surnommé "le miteux"). Qu’importe, son choix est fait, il vivra pour et par le théâtre.

Sa première pièce, l’Hermine (1932), lui offre un succès d’estime, et il faut attendre 1937 pour qu’il connaisse son premier grand succès avec le Voyageur sans bagages . L’année suivante le succès de sa pièce la Sauvage confirme sa notoriété et met fin à ses difficultés matérielles. A cette époque, il se marie avec la comédienne Monelle Valentin, et ils ont ensemble une fille.
Il monte Le bal des voleurs en 1938.

Puis éclate la seconde guerre mondiale. Pendant l’occupation, Jean Anouilh continue d’écrire (Eurydice, en 1942). Il ne prend position ni pour la collaboration, ni pour la résistance. Ce non-engagement lui sera reproché. 

En 1944 est créé Antigone. Cette pièce connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l’ordre établi en faisant la part belle à Créon. En 1945, il s’engage pour essayer de sauver l’écrivain collaborateur Robert Brasillach de la peine de mort ; en vain. Cette exécution le marque profondément. 

Après la guerre, Jean Anouilh poursuit sa création à un rythme soutenu. En 1947 il écrit L’invitation au château, une des premières "pièces brillantes". L’année suivante, Ardèle ou la Marguerite révèle une nouvelle facette du style de Jean Anouilh : les "pièces grinçantes".

En 1953, le succès de L’Alouette ("pièce costumée") rivalise avec celui d’"Antigone".
Après une période de répit, trois nouvelles pièces sont publiées en 1959 : L’Hurluberlu ou le réactionnaire amoureux, Le petit Molière et Becket ou l’honneur de Dieu, cette dernière obtenant immédiatement un succès. Cette pièce est mise en scène conjointement avec Robert Piétri et il en sera ainsi pour toutes les nouvelles pièces.

Après l’échec de La grotte (1961), Jean Anouilh se tourne vers la mise en scène. Il monte successivement Tartuffe (Molière), Victor ou les enfants au pouvoir (Roger Vitrac), L’Acheteuse (Steve Pasteur), et Richard III (William Shakespeare).
Le rythme de ses publications personnelles diminue donc : seules trois pièces verront le jour d’ici à 1968. Mais en 1969, un de ses chefs d’œuvres réaffirme s’il était encore besoin son talent : Cher Antoine ou l’amour raté ("pièce baroque"). 

Il écrira encore plusieurs pièces dans les années soixante-dix, dont certaines lui vaudront le qualificatif "d’auteur de théâtre de distraction". Il n’en reste pas moins qu’il a bâti une oeuvre qui révèle un pessimisme profond. 
Anouilh est mort en 1987, sur les bords du Lac Léman.

Austin Jack

Fourni par Blogger.