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Poème : Je suis le punching-ball...


Je suis le punching-ball & Hearth
Je suis le punching-ball
Ma vie est menée par les autres.
Je dois me taire,
Je suis le punching-ball,
La bonniche de la maison,
Chaque erreur des autres,
Est ma faute.
Je n'ose plus rien dire,
Je vis un cauchemar à chaque instant,
Je subis les menaces,
Je me sens une étrangère dans ma propre maison,
Aucun respect vis à vis de moi,
Je porte un fardeau sur mes épaules,
Plus je suis gentille,
Moins j'ai de reconnaissance,
Je dois me plier à leurs caprices.
Je suis entourée d'hypocrisie, de mensonges,
Rejetée de tous mes droits,
J'erre au milieu des loups,
Leurs paroles sont d'or,
Les miennes n'ont pas d'importance.
Je suis détruite au fil des jours,
Par leur comportement,
Par leur façon d'agir,
Par un dédain,
Par la peur au ventre,
Des harcèlements,
Des menaces.
Je n'ai plus d'endroit pour me réfugier,
Je ne sais plus où aller,
Où me placer.
Je donne tout,
Et aucun remerciement.

Je suis le punching-ball.
J'ai les épaules larges,
Je dois tout faire à la maison,
Ménage, lavage, repassage, cuisine, papiers, démarches.
Pendant ce temps,
Je suis entourée de personnes,
Qui certaines passent leur temps,
Enfermées toute la journée,
Dans la chambre à ne rien faire,
Dorment sur leur laurier,
Passent du bon temps,
Ne sont pas fatiguées de leur journée,
Pendant que moi,
Je trime chaque jour,
Malade ou non,
Je dois assumer tout toute seule.
Le monde est cruel,
Qu'es-je fait, pour mériter tout ce mal de la part des autres ?
Pourquoi ?
Ai-je le droit de vivre ?
Ai-je le droit à la parole ?
Ai-je le droit d'être aimer ?
Ai-je le droit de me reposer ?
Ai-je le droit d'être un être humain ?
Je ne suis que le punching-ball.

Tous les autres sont parfaits, sauf moi.
Je ne suis qu'un déchet pour eux.
Le reproche est mon quotidien,
Je ne dois surtout pas montrer,
Que j'ai le droit d'être fatiguée,
Que j'ai le droit d'être malade,
Que j'ai le droit moi aussi de vivre,
Que j'ai le droit d'être heureuse,
Que j'ai le droit d'aspirer à la paix.
De vivre,
Et de ne pas être,
Le punching-ball des autres.

Tous droits réservés © Modvareil
France 2016

Poème : Qui suis-je, Où suis-je ?

Un poème de : DOMINIQUE ELVIRA 
Qui suis-je ? poème & poésie psyco
Qui suis-je ?
Où suis-je ?
Je ne trouve plus ma place.
Je ne suis plus une femme,
Je ne suis plus une mère.
Mon chemin, où est-il ?
Je ne sais plus.
J'ai l'impression de ne plus exister,
J'ai l'impression de disparaître.
Je suis transparente,
Je suis rejetée.
Plus de vie normale,
La bonniche de chacun
L'indésirable de tous.
Tiraillée de toute part,
Plus un mot,
Plus un regard,
Plus un geste,
Que des mots fuyants,
Que des reproches,
Plus de caresses,
Plus d'affection.
Où suis-je ?
Je ne trouve plus ma place.
🔽
Seule, je me bats,
Seule, j'avance dans les ténèbres,
Seule, à tout moment.
🔼
Personne s'intéresse à moi,
Sauf pour les papiers,
Sauf pour le ménage,
Sauf pour les repas,
Sauf pour les démarches,
Tout repose sur ma tête.
Mais à leurs yeux,
Qui suis-je ?
Où suis-je ?
Je ne trouve plus ma place.
Eux vivent,
Rient,
S'amusent entre eux,
Plus de place pour moi.
Et moi, pourtant je suis là,
Dans mon coin, toute seule,
Sans un regard,
Ni un mot doux,
Ni une tendresse,
Ni un geste ;
Qui suis-je ?
Où suis-je ?
Je ne trouve plus ma place.
🔀
Si je parle, je parle trop,
Je dois me taire.
Si je suis silencieuse, je fais la tête.
Je n'ose plus ouvrir la bouche,
Dire mes ressentis,
De montrer mes désaccords,
Faire comprendre que j'existe aussi,
Et non pas là, transparente,
Pour tout faire aux autres.
🔄
J'ai envie de vivre,
D'aimer,
D'être aimer,
D'exister en tant que femme,
D'exister en tant qu'être humain,
D'exister en tant que mère. 
Je n'ai plus aucun lien,
Rien ne me retient à ce jour,
Dans ce monde inhumain.
Qui suis-je ?
Où suis-je ?
Je ne trouve plus ma place.
🔁
Le Copyright ©  Modvareil
France 2016

Poème du jour : C’est le temps de l’orage 

Monika Del Rio : La poétesse
Monika Del Rio
C’est le temps de l’orage
Le monde s’est tu…
Le vent engage sa partie
« con fuoco »
Suivi par les arpèges de la pluie.
Des gouttes épaisses,
Engorgées de peine tombent
Sur la braise de mon cœur
Et le font chavirer,
Tel un bateau solitaire
Qui au milieu des eaux profondes
A pris soudainement feu…
Assourdie par les trombes
Et les cloches célestes, mondaines,
Aveuglée par les éclairs,
Étouffée par les cordes de la pluie
Je m’accroche
Au croissant de la lune
Et je m’assoupis
Sur la maigre poitrine 
Du seul ami
Qui me reste ce soir.
Le sommeil gagne sa partie…
Je me laisse abandonner
Dans les bras noirs
D’une rivière tachetée
Comme une hyène.
Charon exige une pièce -
J’en ai une,
La seule qui me reste…
Je tends ma main,
Mais…. il s’envole
Avec ce cri horrible de hadada,
Il jongle avec ses longues jambes
Et fait gonfler sa gorge
Pleine de proies –
Le marabout de ténèbres…
L’orage s’arrêta.
Je suis revenue sur la terre ferme
Portée par les ailes du rêve,
Déposée dans un coin de la vie,
Sauvée des hurlements
De chacals affamés
Et tu es là,
Tu m’attends
Le coulé de l’amour
Dans les cratères de tes yeux….
De mon cœur
Il ne reste que des cendres
Laissons donc ce rêve
Durer encore un petit peu…

Monika Del Rio
© Monika Del Rio, Addis Abeba

Analyse & commentaire poétique:

Je connais Monika Del Rio depuis près de quinze ans. Et ce que je savais d’elle est qu’elle était une excellente pianiste, une bonne nouvelliste et une peintre de grand talent. Mais elle n’a jamais soufflé mot en ma présence sur la poésie. Puis soudain dès son installation à Addis-Abeba en Ethiopie il ‘y a six ans, ses dons poétiques explosent curieusement et elle en est aujourd’hui à son soixante-dixième poème. Ce qui remplirait facilement deux bons recueils. Cette transformation s’expliquerait apparemment par l’ambiance climatique, humaine et culturelle qu’elle a trouvée dans ce pays et qui est très différente de son monde d’origine : l’Europe. Mais avancer une telle interprétation, c’est ne pas connaitre Monika Del Rio qui a toujours soutenu que notre vie est un rêve et que l’âme qui l’habite appartient à une époque très éloignée. Ainsi en arrivant en Afrique, le berceau de l’humanité, il lui a semblé qu’elle est revenue à ses vraies origines. Et du coup, elle s’est mise à se chercher dans la nature environnante. D’où cette quête pénible du Moi à travers la déflagration d’une intempérie qui lui a suscité un mélange de phobie, de douleur et de tristesse (des gouttes épaisses, engorgées de peine/ tombent sur la braise de mon cœur/- assourdie par les trombones et les cloches célestes, mondaines, aveuglée par les éclairs, étouffée par les cordes de la pluie je m’accroche … Charon - cri horrible) puis cette reprise rapide de l’équilibre dès l’arrêt de l’orage. 

Cet état changeant est-il vraiment lié à l’Afrique ? Il nous semble que c’est dans la première enfance ou même dans la période prénatale de la poétesse qu’il faut en chercher les causes. Quant au retour de l’équilibre, on le voit lié à une présence humaine chaleureuse ( l’orage s’arrêta. /je suis revenue sur la terre ferme/ portée par les ailes du rêve,/ déposée dans un coin de la vie,/ sauvée des hurlements de chacals affamés/ et tu es là, tu m’attends/ le coulé de l’amour dans les cratères de tes yeux….),qui serait probablement celle de la mère ou du père mais qui a pris ici dans l’imaginaire inconscient de la locutrice les traits d’un bien-aimé. 

Un poème psychologique dans lequel s’entremêlent le réel et l’imaginaire, l’extérieur et l’intérieur , le passé lointain et le présent, les affects positifs et négatif, laissant entrevoir une âme tourmentée en quête de son identité profonde qu’elle ne trouvera peut-être jamais !

Poème du jour : Chaque heure se ferme sur les regretsPar : France Bernard

J’ouvre l'enveloppe 
je lis le mot
Point d'appui de mon désarroi
La confidence noie la douleur
Les rêves meurent dans le souvenir
Je ferme les yeux 
Flux et reflux de sensations
Délice dans ma bouche gourmande
Je ferme les yeux
Flux et reflux d'images
Le passé féconde le présent
Comment raconter ?
J'écoute le mot
Je m'accroche à mon chapelet
Je l'égrène avec ferveur
Tranche de vie jaillit de ma pensée
Versets grandioses du coran
Paroles consolatrices
Se disputent mon attention
Miracle joyeux
Miracle ténébreux
Chaque heure se ferme sur les regrets
Au temps du rire
Au temps de l'amour
Au temps de la tristesse...
Photo du France Bernard
Copyright © France Bernard
Dans ce poème, l’auteure esquisse un portrait psychologique dans lequel elle met en évidence les traits les plus marquants d’une âme féminine qui se révèle à nous d’une sensibilité à fleur de peau, laquelle se manifeste dans une tendance à se laisser entraîner par des afflux d’affects contradictoires bouillonnants qui la prennent d’assaut du début du texte jusqu’à sa fin .Ces affects sont d’un côté négatifs ( «désarroi » , « douleur » - ) et de l’autre positifs («je ferme les yeux flux et reflux délice dans ma bouche gourmande »- « je ferme les yeux flux et reflux d'images le passé féconde le présent » ) .Cette hypersensibilité , naturelle, chez les artistes en général, se trouve doublée ici d’une spiritualité profonde ( « je m'accroche à mon chapelet , l'égrène avec ferveur » - « versets grandioses du coran » ) qui dévoile un autre aspect de soumission, celle de l’âme devant son créateur ,une soumission qui lui procure une sensation de sécurité , de confiance et de plénitude ( « Paroles consolatrices » - « Miracle joyeux » ) . 

Sur le plan du style, la poétesse en procédant, à la manière des impressionnistes, par de petites touches juxtaposées, a réussi à créer une atmosphère purement abstraite, celle de l’intérieur de l’âme humaine.

Poème du jour : Je m'en vais faire une balade

Par :Judith Pitussi

Je m'en vais faire une balade 
Le soir apaise la chaleur 

Écouter chanter les étoiles  
Les martinets siffler en cœur 

je vais flâner les yeux au ciel  
Le cœur léger et sifflotant 

Je m'en vais border le soleil  
Et m’embraser de son ardent 

Le drap du ciel en bleu de soie 
S'opacifie et s'obscurcit  

Le croissant doré devant moi  
M'éclaire et me donne l'appétit 

Le monde à enfilé sa cape 
Et tout de noir il est vêtu  

Dans le ciel pointent les étoiles 
Les anges perdent leur vertus 

La lune berce le silence  
Les oiseaux sont enfin couchés  

Les insectes entament une danse  
Une Heure festive pour araignée 
Judith Pitussi © Tous droits réservés
La promenade dont relate les faits la locutrice dans ce poème se déroule dans un futur qui peut bien être hypothétique, car elle s’incruste expressément dans le cadre du voulu ( je m'en vais faire une balade). Mais si tout voulu ne se réalise pas nécessairement , celui qui anime la poétesse s’est concrétisé au niveau linguistique par l’écriture de ce texte qui nous décrit une balade des plus vastes où le vraisemblable se mêle à l’imaginaire. Et étant donné que cette promenade est projetée dans le futur, nous pouvons dire qu’elle se passe à l’intérieur de la locutrice sous forme d’une sorte de rêve éveillé. Ce qui nous offre l’occasion de plonger dans cet intérieur pour essayer de mettre à nu ses traits caractériels les plus marqués. Le premier de ces traits est, sans aucun doute, que la poétesse possède une âme spécifiquement romantique visible dans cette fuite qu’elle entreprend dans le temps : du jour tumultueux et suffocant vers la nuit calme et douce (le soir apaise la chaleur - la lune berce le silence ). Cependant, le calme et la douceur ne sont pas recherchés ici en soi mais c'est plutôt l’ambiance qu’ils créent et lui offrent pour donner libre cours à son imagination dans monde nocturne fascinant , non dans l’espace urbain mais en pleine nature. Et du coup, se réunit dans le paysage décrit une multitude d’êtres (martinets - anges - oiseaux - insectes - araignée ) et d’objets (étoiles - ciel - soleil - croissant ) soit resplendissant de beauté, soit suscitant l’étrangeté, mais concordant tous harmonieusement les uns avec les autres et le tout qu'ils forment avec le cœur de la poétesse. A la fin , nous ne terminons ons pas ce bref commentaire sans rappeler la signification archétypale de la nuit qui symbolise dans l’imaginaire humain l’inconscient féminin avec tout ce qui le caractérise comme intuitivité créatrice , réceptivité et liquidité , à l’opposé du jour qui est typiquement masculin .

Un poème psychologique s’ouvrant sur les profondeurs du Moi et écrit avec finesse et une grade subtilité esthétique .

Poeme du jour : Quand je serai parfaite

Par : Solène de la Marlier 
Quand je serai parfaite, je n'aurai plus de doute 
J'irais dans les sentiers des douces certitudes 

Et à toute opinion, je laisserai latitude 
Et grande liberté pour se donner en joute 

Quand de ma perfection j'aurai pris le sommet 
Ayant grimpé mon cœur au niveau de mon âme 

J'inviterai là-haut uniquement des femmes 
Car aucun de nos hommes n'aura pu s'élever 

Mais si j'étais parfaite, je ne serais cruelle 
Au point de ne vouloir aucun mâle nous aimer 

Je laisserai monter les plus beaux cavaliers 
Heureusement chacune n'est parfaite qu'en rêve 

Et c'est dur d'accepter qu'un rien nous fait pleurer...
Le monde n'est rien sans nous, ni sans fragilité !

femme parfaite selon les hommes
Copyright © Solène de la Marlier, 25 juin 2014
L’auteure de ce poème évoque cette fois la question éternelle et épineuse de la nature féminine de la femme : est-ce un point fort dont elle devrait être fière ou au contraire un point faible qu’elle doit s’en débarrasser ? Pendant longtemps, la première thèse était adoptée à des degrés divers. En Arabie avant l’Islam, par exemple, on enterrait les fillettes vivantes parce qu’on considérait la femme comme une source de tentations susceptible de mettre l’honneur de la famille en péril. En Occident et depuis Aristote, l’idée de l’infériorité de la femme était largement partagée. 

Pour les psychanalystes, en revanche, la nature féminine ne doit pas être traitée en termes de « force » ou de « faiblesse » mais il faut la considérer comme une spécificité par opposition à la masculinité, laquelle, tout en étant son contraire, se complète avec elle harmonieusement. Vue sous cet angle, la féminité se présente comme un ensemble de traits dont les plus importants sont la réceptivité, la liquidité, la mollesse, l’intuitivité, la tendresse…etc. Est-ce en se basant sur ces traits que la poétesse s’est convaincue qu’elle imparfaite ? Ou tient-elle à une vision qu’avait l’ancienne noblesse française de laquelle elle est issue à l’égard de la femme ? En tout cas, ce qui est sûr , c’est qu’elle n’est nullement gagnée aux idées émancipatrices féministes. S’acceptant telle qu’elle est, elle tente de réunir des arguments susceptibles d’appuyer la thèse commune qu’elle soutient. Et si ces arguments n’ont rien de philosophique ou de profond, leur exploitation esthétique ne manque pas d’attrait .Et cela se manifeste dans l’imagination du contraire de ce que l’auteure croit être c.à.d. une femme parfaite et de ce qui en suivrait (quand je serai parfaite - quand de ma perfection j'aurai pris le sommet- si j'étais parfaite).

Les conséquences qui découleraient de cette supposition seraient en fin de compte, selon la poétesse, négatives parce qu’elles feraient de la femme une sorte de divinité ou une amazone hautaine, égoïste et prétentieuse et relègueraient l’homme au statut d’un simple être secondaire végétant au bas de l’échelle humaine. Ce qui impose donc à la femme de demeurer imparfaite pour ne pas dérégler l’ordre de la nature.

Un texte riche en informations sur la vision que l’auteure porte sur elle-même, bien construit et élégamment conçu au niveau de la forme.

FEMME ENFANT :

Femme enfant, je suis,
Femme enfant, je resterai,
Au milieu d'un flot de bonheur,
Inondée de joie et d'amour,
Je parcours cette vie,
D'un regard lointain,
Je dis adieu à mon passé.

Enfant heureuse, femme malheureuse,
Je me bats contre mon destin,
Près de toi, enfoui dans tes bras,
Je deviens une enfant,
Et femme, lorsque tu m'attires près de toi.

Un univers s'ouvre à mes yeux,
Plein de charme,
Et cette femme enfant découvre peu à peu,
S'évanouir ses cauchemars,
Pour laisser place aux mystères.

Je suis déchirée au fond de moi,
En découvrant que le bonheur,
Est à ma portée,
A ce moment présent,
Je suis cette femme enfant,
Et femme enfant, je resterai,
Pour le plaisir de me retrouver près de toi,
Tantôt enfant, tantôt femme,
Sans jamais les éloigner l'un de l'autre.

Je suis une femme enfant
© Femme Enfant, envoyé le : 4/28/2015 par  MODVAREIL - Tous droits réservés
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Certes, la pièce est chaude et bien douillette,
des colibris y fusent, éclairs rouge-feu 
qu'indiffère semble-t-il le crachin qui fouette 
la baie masquée de rideaux bleus.

Dehors, les cyprès grelottent sous le vent,
frissonnent ainsi que des palmes, et moi, je me demande 
si ce sont des zombies ou bien des korrigans 
qui flottent vaporeux, aux frontières de la lande ...

Mon cœur, me dites-vous, est une bille d'agate,
transparente, comme l'est le ciel de là-bas 
mais que nuance pourtant un trait de rouge pâte,
tout semblable aux nuages qui courent devant moi

Par : José Le Moigne

Ce poème, bâti sur la dualité : intérieur/extérieur ,offre au lecteur attentif l’occasion de plonger dans la psyché du locuteur et de suivre les traces de sa vision dans le monde représenté ici par l’environnement immédiat.

Ces deux niveaux : bas ( l’âme) /haut (le milieu) se complètent en réalité mutuellement, du fait qu’ils donnent de l’être de l’auteur une seule et même image, à savoir un intérieur propre, serein et équilibré (mon cœur est une bille d'agate - la pièce est chaude et bien douillette, des colibris y fusent) et sain de tous les affects nuisibles à autrui ( agressivité – haine- rancœur – jalousie …), en somme une âme lyrique en accord total avec l’univers. Cependant, si la nature a favorisé le poète de ce côté-là, l’élevant ainsi à un rang non loin de celui des prophètes, le milieu (peut-être social) ne lui a pas épargné une gêne étrange dont il ignore la nature et la cause et qui constitue techniquement le « nœud » du texte.

Cette incommodité se présente à travers le dit comme un mélange de peur (des zombies ou bien des korrigans qui flottent vaporeux, aux frontières de la lande – grelottent - frissonnent ) et de doute (nuages qui courent devant moi ) étant donné que les nuages symbolisent l’obscurcissement de la conscience. Et la peur n’est pas du tout dissociée du doute car toute peur est une peur de ce qui se passera à l’avenir. 

Il en découle que cet affect a toutes les caractéristiques d’une phobie natale mais une phobie, à vrai dire, enrichissante parce que c’est probablement grâce a elle que l’auteur écrit la poésie .Un poème psychologique et symbolique écrit avec finesse et plein de poéticité.

Je ne dors pas,
J'erre,

Comme un fantôme,
Dans ma somnolence,

Moi la mendiante,
Des mots que l'on écrit avec son cœur,

Éternel amour,
Dans l'infini,

J'ai peur de l'obscurité de la vie,
Aux heures de la pénombre du ciel,

J'avance dans le champ de bataille,
Où l'espace est glacial,

Je pleure,
Je vide mes yeux,

Sur la robe noire,
Qui a envahi les cieux,

Pour ne pas oublier la douleur,
Les battements de mon cœur,

Échangent quelques larmes de cristal,
Avec l'aurore qui s'installe,

Puis je m'endors,
Ou les premières lueurs du jour se sont posées,
Pour rêver.
Copyright © Patricia Royet
Une tendance s’accentue de plus en plus dans les écrits de cette poétesse : une sorte d’hyper-sensibilité mélancolique s’exprimant à travers une vision nettement phobique de l’univers comme si elle n’y trouve pas la place qui lui convient ou si elle y est, comme le dit Sartre, « de trop ». Et la dimension existentielle de cette vision se manifeste surtout dans l’absence de toute trace de la présence humaine à part celle de la locutrice et de tout élément à caractère social ou civilisationnel dans le milieu vaste qui l’entoure.

En effet, la poétesse se place dès le titre et tout au long du son texte dans une solitude totale en face d’un monde inhabité sur lequel elle se met à projeter énergiquement son état d’âme endolori comme si elle trouve dans cette démarche un peu de soulagement. Ce que confirmerait l’ultime vers « Pour rêver » qui fait allusion à cette démarche compensatoire.

Cependant bien que l’auteure qui est d’une spontanéité et d’une sincérité exemplaires nous livre son propre ressenti, l’image qu’elle donne d’elle-même est, en réalité, celle de tous les poètes, ces quémandeurs de sens et de mots qui vivent dans un monde non seulement plein de secrets mais aussi et surtout regorgeant de contrariétés. 

Le style très attachant grâce à sa teneur romantique et psycho-philosophique est un vrai régal pour les amoureux de la belle poésie !

Solitude, sais-tu pourquoi je t'aime ?
Solitude, sais-tu pourquoi je t'attends ?
Solitude, sais-tu pourquoi je t'espère ?
Solitude, sais-tu pourquoi je t'ai apprise ?

En toi, je trouve le refuge face au regard étranger,
En toi, je trouve le silence face à l'inexplicable,
En toi, je trouve la paix face à l'épuisement,
En toi, je trouve celle que je suis devenue.

Avec toi, j'ai parcouru des chemins inconnus,
Avec toi, j'ai parcouru l'espoir et la désespérance,
Avec toi, j'ai parcouru la vie et sa souffrance,
Avec toi, j'ai appris à tout réapprendre.

Alors, Solitude, quand ma main tu lâcheras
Et qu'une main nouvelle viendra se tendre,
Alors, Solitude, vers toi mon cœur reviendra,
Car pour Aimer, il faut savoir attendre.


Image de l’auteure du poeme
Copyright ® Elisabeth LAFONT

Voici un thème sur lequel les philosophes et les psychologues ont longuement débattu sans toutefois parvenir à s’accorder sur sa véritable nature : est-ce un état d’exclusion et d’abandon que l’individu a mille raisons de craindre, à cause des affects négatifs auxquels on l’associe souvent surtout l’angoisse, l’anxiété et la sensation de vide ou bien une occasion de se retrouver avec soi-même et de profiter de sa richesse intérieure dont on est généralement peu conscient ? 

Devant cette divergence théorique, il est toujours utile d’écouter les avis et les témoignages des solitaires et parmi eux les poètes, du fait que l’acte qu’ils accomplissent au moment de l’écriture met en œuvre toutes les facultés de l’esprit et de l’âme. 

Dans ce poème, les réponses que nous donne l’auteure ne nous aident pas à aller dans cette direction ou dans l’autre, car elles ne font que confirmer la nature problématique de la solitude (avec toi, j'ai parcouru des chemins inconnus, / avec toi, j'ai parcouru l'espoir et la désespérance, avec toi/ j'ai parcouru la vie et sa souffrance). Et cette nature dépend, en réalité, du fait qu’elle soit choisie ou imposée. Dans le premier cas, on la recherche comme source de richesse intérieure , à la manière du poète Rainer Rilke ( 1875-1926 ) qui la présente en ces mots : "Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir ". Mais cela ne paraît pas être le cas dans ce texte étant donné que notre poétesse déclare expressément qu’elle l’envisage comme refuge (en toi, je trouve le refuge face au regard étranger, /en toi, je trouve le silence face à l'inexplicable, / en toi, je trouve la paix face à l’épuisement). Et comme tout refuge, la solitude ne procure pas toujours la protection escomptée, d’où cette sensation d’instabilité et de mal à l’aise exprimée dans la troisième strophe. 

Un poème psychologique dans lequel l’auteure a réussi, avec des mots simples et sans aucun artifice de langage, à traiter l’un des problèmes les plus cruciaux de notre temps.
Analyse publiée par : Mohamed Salah Ben Amor

Austin Jack

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