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Biographie de Arthur Rimbaud :

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Arthur Rimbaud

Un enfant précoce :

Jean Nicolas Arthur Rimbaud est né au 12, rue Napoléon à Charleville (Ardennes) le 20 octobre 1854. Sa mère, Vitalie Cuif, est une paysanne aisée, et son père, Frédéric Rimbaud est capitaine d’infanterie. Il a un frère aîné Frédéric, né en 1853 et aura trois sœurs Vitalie (née en 1857, elle vécut un mois), Vitalie (1858) et Isabelle (1860). 

Il est élevé avec autorité par Vitalie alors que son père, qui fait la bataille de Crimée en 1855-56, est constamment en déplacements. Le couple se sépare en 1860. Arthur est très précoce et il réussit brillamment à l’institution Rossat, puis au Collège de Charleville. Arthur Rimbaud a pour ami Ernest Delahaye. A quinze ans, soutenu par son professeur Monsieur Duprez, il publie des vers en latins dans le Moniteur de l’enseignement secondaire. Ce sont Ver erat, L’Ange et l’Enfant et Jugurtha, qui lui vaut le premier prix du Concours Académique (1869). 

En 1870 Arthur Rimbaud fait paraître dans la Revue pour tous son premier recueil de poèmes en français, Les Etrennes des orphelins. Il fait parvenir à Théodore de Banville les poèmes Par les beaux soirs d’été (renommé par la suite Sensation), Ophélie, Credo in Unam (qui deviendra Soleil et Chair) puis Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs. Ses lettres restent sans réponse. 

Un feu incontrôlable :

Son professeur de lettres (qui est aussi poète), Georges Izambard, le prend en affection. Il lui présente le poète Paul Demeny. Dans un pays excité par la guerre éclatant contre la Prusse, l’énergie de Rimbaud explose. Ne tenant pas en place, il fugue en août et en octobre 1870. Il écrit les poèmes du Cahier de Douai. Il publie le poème Trois Baisers (renommé par la suite Comédie en trois baisers puis Première Soirée), dans la revue satirique La Charge. 

En février 1871, Arthur Rimbaud, voulant absolument intégrer le milieu littéraire, se rend à Paris. Il erre quinze jours dans les rues. A son retour dans Charleville occupée il trouve un emploi au journal Le Progrès des Ardennes. En mars il rejoint les communards. Cette expérience lui inspire les lettres du voyant (comportant notamment Chant de guerre Parisien) qu’il adresse à Georges Izambard et Paul Demeny. 

L’aventure avec Verlaine :

C’est enfin Paul Verlaine qui apprécie son génie. Verlaine lui paie un billet de train et après l’avoir logé brièvement dans l'hôtel particulier de ses beaux-parents, il l’adresse à ses amis artistes dont Charles Cros et Théodore de Banville. 

En octobre 1871, Arthur Rimbaud dîne avec les Vilains Bonshommes et collabore à l’Album du Cercle Zutique. Le Parnasse l’acclame lorsqu’il dit son Bateau Ivre. 

Rimbaud encanaille Verlaine qui se met à boire. Ils s’adonnent à l’absinthe et leur liaison fait scandale. Début 1872, Verlaine se dispute violemment avec sa femme Mathilde. Elle le quitte une première fois pour se réfugier à Périgueux. 

En mars Rimbaud se montre très «Vilains Bonshommes» en blessant l’artiste Etienne Carjat avec une canne-épée et Verlaine lui demande de rentrer à Charleville. 

En mai Henri Fantin-Latour expose au Salon Le coin de Table, sur lequel figurent entre autres poètes Verlaine et Rimbaud. 

En juillet 1872 Rimbaud et Verlaine partent pour Bruxelles ou Mathilde les rejoint pour tenter de récupérer son mari. Les deux hommes s’installent à Londres en septembre, aidés par les communards en exil. Enthousiasmé par le voyage, Rimbaud écrit une partie de son recueil des Illuminations. 

Ils alternent les séjours à Londres et sûr le continent, Verlaine essayant de récupérer sa femme et Rimbaud obéissant à sa mère. Lors d’un séjour dans la ferme maternelle de Roche, Rimbaud se met à rédiger un Livre Païen ou Livre Nègre qui deviendra Une Saison en Enfer. 

A Londres, ils vivent en donnant des cours de français et grâce à l’aide de la mère de Verlaine. Alcoolisés, drogués, ils se disputent régulièrement. Le 10 juillet 1873 Verlaine tire sur Rimbaud et l’atteint au poignet. Verlaine est arrêté puis condamné le 8 août à deux ans de prison. 

Rimbaud vagabonde en Europe :

En août 1873 Arthur Rimbaud fait publier Une Saison en Enfer chez Jacques Poot à Bruxelles, mais, ne pouvant le financer, il n’en édite qu’une poignée, à compte d’auteur. 

En novembre, Arthur Rimbaud fait la connaissance du poète Germain Nouveau avec qui il part à Londres en mars 1874. Ils travaillent ensemble aux Illuminations. Nouveau, craignant la mauvaise réputation de Rimbaud, repart en Juillet. 

En 1875, Rimbaud commence à voyager, en gueux, dans toute l’europe. En 1875 il se rend à Stuttgart ou il rencontre Verlaine récemment libéré. Ils se disputent une dernière fois et Rimbaud lui remet le manuscrit des Illuminations. En mai et juin il voyage en Italie. En décembre il est grandement attristé par la mort de sa sœur Vitalie. 

En 1876 il se fait détrousser en allant à Vienne puis s’engage à Rotterdam dans l’armée coloniale Hollandaise. Il déserte après quelques semaines. En 1877 il voyage à Cologne et Brême, est engagé comme traducteur dans un cirque et tente de s’engager dans la marine américaine. Il fait un séjour à Rome. 

Un aventurier au Moyen Orient :

Son père décède en 1878. Il s’embarque pour Alexandrie et travaille comme chef de chantier dans une carrière à Chypre. Atteint de typhoïde il rentre à Charleville en mai 1879. Il supervise la construction du palais du gouverneur britannique à Chypre en mars 1880. 

En août 1880 Arthur Rimbaud est engagé à Aden (Arabie) par la compagnie Mazeran, Viannay et Bardey pour surveiller le conditionnement du café puis il est affecté à l’agence d’Harar. 

Fin 1883, Verlaine publie des poèmes de Rimbaud dans la revue Lutèce et présente l’homme aux semelles de vent parmi sa série Les Poètes Maudits.

En février 1884, la Société de Géographie publie à Paris le Rapport sur l’Ogadine (une région près d’Harar) rédigé par Rimbaud. En octobre 1885, Pierre Labatut engage Rimbaud afin de vendre des armes d’occasion au roi Ménélik II. La caravane qu’il mène séjourne longuement dans le port de Tadjoura (Mer rouge). Peut-être mêle t’il le trafic d’esclaves au trafic d’armes. 

En avril 1886 Verlaine fait publier dans la revue La Vogue plusieurs poèmes de Rimbaud, dont Les Premières Communions et le recueil des Illuminations. Une Saison en Enfer est réédité en septembre. Ceci va permettre de faire enfin connaître le poète. Rimbaud n’est pas au courant de ces publications. 

A partir de 1888, après la mort des associés Pierre Labatut et Paul Soleillet, Rimbaud fait des affaires au Caire. Il a pour ami et partenaires d’affaires César Tian et Alfred Ilg, ingénieur suisse, qui devient Empereur d’Abyssinie en 1889. Le quotidien le Bosphore Egyptien publie ses aventures. Il s’ennui. Taciturne et toujours plus associable, il voudrait néanmoins fonder une famille. 

En février 1891, une douleur au genou l’empêche de marcher. Il se fait transporter en civière sur 300 kilomètres dans le désert. Arrivé à l’hôpital européen d’Aden il est rapatrié à Marseille où on l’opère d’un cancer, le 27 mai 1891. C’est une maladie familiale qui a déjà emporté sa sœur Vitalie et qui touchera Isabelle en 1925. 

Arthur Rimbaud est soigné par sa sœur Isabelle et sa mère mais son état se dégrade rapidement et il meurt de gangrène le 10 novembre à Roche. Il est enterré à Charleville. 

En 1895, Verlaine fait publier chez Vanier les poésies complètes der Rimbaud.

Les Poèmes de Arthur Rimbaud :

Autres sources : Biographie de Arthur RIMBAUD

Poème : Roman

Poète : Arthur Rimbaud / Recueil : Poésies d'Arthur Rimbaud 1892

Roman, poème d'Arthur Rimbaud
Arthur Rimbaud, Poésies
I

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

-Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête ...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête ...

III

Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père ...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif ...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines ...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. 

29 septembre 1870

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Poème : Rêvé pour l’Hiver

Poète : Arthur Rimbaud / En wagon, le 7 octobre 1870

Rêvé pour l'hiver, poème d'Arthur Rimbaud
Rêvé pour l’Hiver - Arthur Rimbaud En wagon, le 7 octobre 1870
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras : "Cherche !", en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup... 

7 octobre 1870

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Poème : Ophélie

Poète : Arthur Rimbaud / Recueil de Douai

Ophélie, poème d'Arthur Rimbaud
Ophélie - Arthur Rimbaud
I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton œil bleu !

III

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys. 


15 mai 1870

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Poème : Aube

Poète : Arthur Rimbaud / Œuvre : Illuminations, 1886 :

Aube, poème d'Arthur Rimbaud
Illuminations - Aube - Rimbaud 
J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route
du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq.
A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu
son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

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Poème : Le Cœur supplicié, Le Cœur du pitre, et Le Cœur volé

Poète : Arthur Rimbaud, 1871/ Oeuvre : Le bateau ivre, Arthur Rimbaud (1871)

Le Cœur Volé : Poème d'Arthur Rimbaud
Le Cœur Volé - Arthur Rimbaud
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur couvert de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe
Mon triste cœur bave à la poupe :
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon cœur couvert de caporal.

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l'ont dépravé.
Au gouvernail, on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques
Prenez mon cœur, qu'il soit lavé.
Ithyphalliques et pioupiesques 
Leurs quolibets l'ont dépravé !

Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô cœur volé ?
Ce seront des hoquets bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques 
J'aurai des sursauts stomachiques
Moi, si mon cœur est ravalé:
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ? 

Mai 1871

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Poème : La Maline

Poète : Arthur Rimbaud / Charleroi, Octobre 1870

La Maline : Poème d'Arthur Rimbaud
La Maline - Arthur Rimbaud
Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel mets
Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise. 
En mangeant, j'écoutais l'horloge, - heureux et coi.
La cuisine s'ouvrit avec une bouffée,
Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée 

Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue, 

Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m'aiser ;
- Puis, comme ça, - bien sûr pour avoir un baiser, -
Tout bas : "Sens donc, j'ai pris une froid sur la joue..." 

Octobre 1870

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Poème : Génie

Poète : Arthur Rimbaud / Oeuvre : Illuminations 1886.

Génie : Poème d'Arthur Rimbaud
Génie - Arthur Rimbaud
Il est l'affection et le présent, puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase. 

Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie... 

Et nous nous le rappelons, et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa promesse sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !" 

Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce péché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé. 

O ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action. 

O fécondité de l'esprit et immensité de l'univers. 

Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle ! 

Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite. 

Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense. 

Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions. 

O lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues. 

O monde ! et le chant clair des malheurs nouveaux ! 

Il nous a connus tous et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. 

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Poème : Entends comme brame

Poète : Arthur Rimbaud / Oeuvre : Derniers vers

Entends comme brame : Poème d'Arthur Rimbaud
Entends comme brame - Rimbaud
Entends comme brame
près des acacias
en avril la rame
viride du pois ! 
Dans sa vapeur nette,
vers Phoebé ! tu vois
s'agiter la tête
de saints d'autrefois... 

Loin des claires meules 
des caps, des beaux toits,
ces chers Anciens veulent
ce philtre sournois... 

Or, ni fériale
ni astrale ! n'est
la brume qu'exhale
ce nocturne effet. 

Néanmoins ils restent,
- Sicile, Allemagne,
dans ce brouillard triste
et blêmi, justement ! 

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Poèmes : Ce qui retient Nina

Poète : Arthur Rimbaud / Œuvre : Poésies d'Arthur Rimbaud 1892

Ce qui retient Nina : Poème d'Arthur Rimbaud
Les réparties de Nina 1

LUI - Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
Du vin de jour ?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d'amour

De chaque branche, gouttes vertes,
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs :

Tu plongerais dans la luzerne
Ton blanc peignoir,
Rosant à l'air ce bleu qui cerne
Ton grand oeil noir,

Amoureuse de la campagne,
Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
Ton rire fou :

Riant à moi, brutal d'ivresse,
Qui te prendrais
Comme cela, - la belle tresse,
Oh ! - qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,
O chair de fleur !
Riant au vent vif qui te baise
Comme un voleur,

Au rose, églantier qui t'embête
Aimablement :
Riant surtout, ô folle tête,
A ton amant !...
Ce qui retient Nina : Poème d'Arthur Rimbaud 2
Ce qui retient Nina 2
Dix-sept ans ! Tu seras heureuse !
Oh ! les grands prés,
La grande campagne amoureuse !
- Dis, viens plus près !...

- Ta poitrine sur ma poitrine,
Mêlant nos voix,
Lents, nous gagnerions la ravine,
Puis les grands bois !...

Puis, comme une petite morte,
Le coeur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
L'oeil mi-fermé...

Je te porterais, palpitante,
Dans le sentier :
L'oiseau filerait son andante :
Au Noisetier...

Je te parlerais dans ta bouche ;
J'irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu'on couche,
Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
Aux tons rosés :
Et te parlant la langue franche...
Tiens !... - que tu sais...

Nos grands bois sentiraient la sève,
Et le soleil
Sablerait d'or fin leur grand rêve
Vert et vermeil.
Ce qui retient Nina : Poème d'Arthur Rimbaud 3
Ce qui retient Nina 3 - Rimbaud
Le soir ?... Nous reprendrons la route
Blanche qui court
Flânant, comme un troupeau qui broute,
Tout à l'entour

Les bons vergers à l'herbe bleue,
Aux pommiers tors !
Comme on les sent toute une lieue
Leurs parfums forts !

Nous regagnerons le village
Au ciel mi-noir ;
Et ça sentira le laitage
Dans l'air du soir ;

Ca sentira l'étable, pleine
De fumiers chauds,
Pleine d'un lent rythme d'haleine,
Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ;
Et, tout là-bas,
Une vache fientera, fière,
A chaque pas...

- Les lunettes de la grand-mère
Et son nez long
Dans son missel ; le pot de bière
Cerclé de plomb,

Moussant entre les larges pipes
Qui, crânement,
Fument : les effroyables lippes
Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes
Tant, tant et plus :
Le feu qui claire les couchettes
Et les bahuts.

Les fesses luisantes et grasses
D'un gros enfant
Qui fourre, à genoux, dans les tasses,
Son museau blanc

Frôlé par un mufle qui gronde
D'un ton gentil,
Et pourlèche la face ronde
Du cher petit...

[Noire, rogue au bord de sa chaise,
Affreux profil,
Une vieille devant la braise
Qui fait du fil ;]*

Que de choses verrons-nous, chère,
Dans ces taudis,
Quand la flamme illumine, claire,
Les carreaux gris !...

- Puis, petite et toute nichée,
Dans les lilas
Noirs et frais : la vitre cachée,
Qui rit là-bas...

Tu viendras, tu viendras, je t'aime !
Ce sera beau.
Tu viendras, n'est-ce pas, et même...

ELLE - Et mon bureau ? 

15 août 1870

Retour à la liste des poèmes d'Arthur Rimbaud :

Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes, et mort le 10 novembre 1891 à l'âge de trente sept ans.

Résumés et analyses des principales oeuvres de Rimbaud :

Arthur Rimbaud - Auteur et poète français
Oeuvres poétiques - Arthur Rimbaud

Sommaire : 

1. Le bateau ivre, Arthur Rimbaud 1871 :

Célèbre poème d'Arthur Rimbaud (1854-1891), écrit en 1871 et publié pour la première fois par Verlaine, dans son étude sur "Arthur Rimbaud" parue dans la revue "Lutèce" du 2-9 novembre 1883 et reprise dans les "Poètes maudits" ("Trisan Corbière-Arthur Rimbaud-Stéphane Mallarmé"), Vanier, 1884. "Le bateau ivre" fut par la suite inclus dans les diverses éditions des "Poésies", dont la première ("Reliquaire, Poésies", 1891) préfacée par Rodolphe Darzens, fut faite à l'insu de l'auteur, alors qu'il agonisait à l'hôpital de Marseille. Ernets Delahaye, amis du poète, rapporte que sur la fin de septembre 1871, se trouvant à Cherleville, en compagnie de Rimbaud, ce dernier, à la veille de partir pour Paris, lui confia: "Voici ce que j'ai fait pour leur présenter en arrivant" et il lui récita "Le bateau ivre"; puis il ajouta tristment: "Oui, on n'a rien écrit de semblable, je le sais bien... Et cependant, ce monde des lettres, d'artistes! Les Salons! Les élégances!... Je ne sais pas me tenir... je ne sais pas parler... Oh! pour la pensée, je ne crains personne...". Pourtant, Rimbaud, qui avait à peine dix-sept ans, n'en était pas à son premier poème ni à son premier départ. Cette interrogation ne devait rien à la crainte; il faut y voir plutôt le pressentiment d'un échec, le sentiment profond d'une incompatibilité qui déjà se manifestait à travers les strophes du "Bateau ivre" et qu'un autre poème, celui de sa propre vie, allait dévoiler.

Car la poésie fut pour lui un geste naturel que par probité il se refusa d'exploiter; une démarche qu'il abandonna comme inefficace, ou plutôt, qui se modifia d'elle-même lorsqu'il atteignit, à l'âge d'homme, une nouvelle conscience du monde et de sa propre réalité.
On a beaucoup écrit sur ses sources présumées, et les amateurs de rébus n'ont pas manqué d'en situer l'inspiration, pour le thème et même pour le langage, dans les collections de magazines illustrées tels que le "Magasin pittoresque", dans les poèmes de Gautier, "La ballade du vieux marin", de Coleridge, "Les travailleurs de la mer", les romans de Jules Verne. Peu nous importe après tout de savoir que l'adolescent poète n'avait jamais vu la mer avant d'écrire le "Bateau ivre"; il nous suffira d'y apprendre qu'il aimait contempler les flaques et y découvrait autant de mystères et d'enchantements que dans tous les Océans réunis le moindre moreau de matière, le moindre reflet, une coloration, lui permettaient de connaître et de savourer d'avance les qualités possibles de l'univers. Les publications illustrées, certes il s'en nourrissait, mais plus omme supports de son imagination que comme modèles, les appréciant en tant qu'objets ayant une valeur d'excitants, ne retenant, comme preuve, que les motifs où il se reconnaissait lui-même. "Le bateau ivre" est une préfiguration de la destinée de Rimbaud dans la mesure où celui-ci demeura fidèle aux impulsions et aux images fondamentales qui commandèrent son comportement et firent sa personnalité. En fait, déjà nanti d'une expérience vécue, il tenta de donner avec ce poème, et pour la première fois dans son oeuvre, une synthèse à la fois allégorique et sensible de ses aspirations et de ses contradictions. Tous ses poèmes antérieurs, à l'exclusion du "Cœur volé", ébauche du "Bateau ivre", sont parfois visionnaires, mais demeurent en quelque sorte "réalistes", peints d'après nature, se définissant dans l'espace et le temps familiers. Ici par contre, nous entrons dans la durée où le présent devient une éternité qui engage l'être de façon totale, connaissance immédiate, voyage intérieur que le poète épuisera avec "Les illuminations" et "Une saison en enfer": "Elle est retrouvée? - Quoi? - l' éternité. C'est la mer mêlée au soleil".
Pour l'instant, s'il a cédé à l'appel des sirènes, s'il s'est choisi "voyant", il pressent, au premier pas de cette fugue d'un nouveau genre, tout ce qu'il risque et perd. Car ses aventures spirituelles ne furent jamais pour lui un jeu sans conséquences. En ce sens, après Nerval et Baudelaire, Rimbaud chargeait la vocation de Poète d'une signification et d'une gravité nouvelles.

Il redonnait aux mots un poids de chair, poussé par le même besoin de sincérité que cet autre adolescent, Lautréamont, bien que ce dernier ait oeuvré sur un autre plan, infiniment plus littéraire. Il n'était pas nouveau le symbole du "bateau voyageant sur l'océan de la vie" et les "Bâteaux-fantômes" hantaient depuis longtemps les mers de la littérature, mais jamais on ne l'avait chargé d'autant de réalité. Ce n'est plus un noble voilier que ce "Bateau ivre", mais une péniche, faite pour les fleuves et les haleurs; une embaration passive, abandonnée, inutile, Bateau amoureux de l'élément que par destination il doit vaincre, au point de s'y livrer, de s'en griser et de s'y perdre. Thème de l' Irresponsabilité (cher à la littérature de tous les temps mais à qui le XIXe siècle avait donné une valeur personnelle), avec ses corollaires de Malédiction, de Condamnation, et de Paradis perdu; ses attitudes justifiatrices de protestation, d'inspiration et d'inconscience, d'orgueil et de révolte; refus de participation que la sincérité envers soi-même transforme en une liberté plus concrète, à laquelle, dans ses propres limites, Rimbaud atteindra. La même lucidité qui lui faisait écrire à son ami Demeny, quelques mois avant de composer le "Bateau ivre": "Ne sachant rien de ce qu'il faut savoir, résolu à ne rien faire de ce qu'il faut faire, je suis condamné dès toujours, pour jamais", semble lui avoir dicté la conclusion du poème: "Si je désire une eau d' Europe, 'est la flache - Noire et froide où, vers le crépuscule embaumé - Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche - Un bateau frêle comme un papillon de mai - Je ne suis plus, baigné de vos langueurs, o lames, - Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, - Ni traverser l' orgueil des drapeaux et des flammes, -Ni nager, sous les yeux horribles des pontons!" Mais entre temps, mêlant un exotisme aujourd'hui usé, qu'il a su cependant fixer dans sa forme naïve, à l'extase d'une communion avec les éléments, "plus soeurs que les cerveaux d'enfants", "Libre, fumant, monté de brumes violettes", baigant dans "le Poème de la Mer, infusé d'astres", il a vécu en raffiné un univers barbare et fantastique, et a "vu quelquefois ce que l'homme a cru voir".

Voilà pour la signification. Quant au langage, il lui est intimement associé. Rimbaud s'était créé sa matière. La forme fait corps avec le fond. Les assoiations de mots et d'images ne sont pas seulement des combinaisons de sonorités, l'expression d'une émotion musicale, mais la restitution d'un état consistant; ce qui explique la puissance évocatrice du poème et le différencie de la production des symbolistes contemporains. Et si quelques images sont trop dans le goût de l'époque, trop entachés encore de romantisme et de préciosité verbale (ce "baroque" s'incère toutefois assez bien dans le climat étrange, la tonalité inouïe dont le poème est imprégné), il en est d'autres qui, s'imposant avec la violence d'un jaillissement spontané, n'en sont pas moins d'une perfection définitive. Rimbaud pouvait dire: "On n'a rien écrit de semblable"; en effet, il échappait au discursif, à l'effusion sentimentale et musicale, utilisant un autre mode d'expression, plus riche, plus complet, opérant la mise au jour de ces "Correspondances" que Baudelaire avait révélées. Poème d'évasion et d'emprisonnement, témoignage de suave et d'amère perdition, et, en même temps, effort et désir d'échapper à ces obligations contradictoires en conservant sa propre intégrité: tel apparaît le "Bateau ivre".

2. Illuminations, Arthur Rimbaud 1886 :

Recueil poétique en prose d'Arthur Rimbaud (1854-1891), publié à Paris dans la Vogue, et en volume aux Éditions de cette revue en 1886. Dans l'édition des Poésies complètes (Paris, Léon Vanier, 1895), figurent des textes découverts plus tard et absents dans l'édition de la Vogue ainsi que dans la première effectuée par Vanier en 1892. Dans chacune de ces éditions, le recueil est précédé d'une "Notice" ou "Préface" de Paul Verlaine.

En 1875, lors d'une dernière rencontre à Stuttgart, Rimbaud remit à Verlaine le manuscrit des Illuminations, qui passa ensuite entre de nombreuses mains, avant d'être publié en 1886. Rimbaud, qui avait depuis longtemps renoncé à la poésie et vivait en Abyssinie, ignora cette publication. Selon le témoignage de Verlaine, l'ouvrage "fut écrit de 1873 à 1875" (Notice de l'édition 1886).
En effet, si quelques poèmes en prose sont antérieurs à ceux d'Une saison en enfer, il est désormais généralement admis que la plupart sont contemporains ou postérieurs. Cela n'interdit toutefois nullement de voir dans Une saison en enfer une sorte de testament poétique que les Illuminations corrigent ou prolongent.

La vie de Arthur Rimbaud :

Nouvelle photo d'Arthur Rimbaud
Arthur Rimbaud  (1854 - 1891)
Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes. Son père, Frédéric Rimbaud est capitaine d'infanterie et sa mère, Vitalie Cuif, est la fille de propriétaire ruraux de Roche, prés de Charleville. Ils se marient en 1853 et donnent naissance à leur premier fils Frédéric, le frère aîné d'Arthur, puis naîtront ses sœurs Vitalie en 1858, et Isabelle en 1860, ainsi qu'une autre fille née en 1857 qui mourra en bas age. Leur père quitte définitivement le domicile conjugal lorsque Arthur a six ans. Blessée, sa femme se fait désormais appeler "Madame Veuve Rimbaud". Drapée dans le deuil et le devoir elle donne à ses quatre enfants une éducation sévère et rigide ainsi qu'une stricte discipline religieuse. Le jeune Arthur va rapidement étouffer dans cette ambiance familiale et aura de plus en plus de ressentiments envers sa mère qu'il affublera plus tard dans ses poèmes et sa correspondance de "doux" noms tel que: la Sorcière, la Vampire, la mère Rimbe, la Daromphe. Pourtant c'est vers elle qu'il se tournera dans les moments difficiles de sa vie.
Dés l'age de huit ans Arthur fréquente l'Institut Rossat puis, en 1865, il entre au Collège de Charleville, où il rencontre Ernest Delahaye, qui restera son ami de toujours. Elève brillant, Rimbaud rafle tous les prix et se fait rapidement remarquer pour son aisance dans le maniement du langage. Il enverra en 1868 des vers latins au Prince Impérial à l'occasion de sa première communion. Ses composition latine Ver Erat, Jamque novus (L'Ange et l'Enfant), et Jugutha sont publiés dans le "Bulletin de l'académie de Douai" en 1869, un an plus tard Les Etrennes des Orphelins, une de ses première poésie en vers français, paraît dans "La Revue pour tous".
En janvier 1870, la rencontre avec Georges Izambard son nouveau professeur de rhétorique, va être déterminante pour Rimbaud qui sympathise rapidement avec ce jeune enseignant de vingt deux ans. Izambard lui fait découvrir les poètes parnassien et lui ouvre sa bibliothèque personnelle. Mme Rimbaud ne voit pas d'un très bon oeil cette amitié et pense que certains ouvrages comme Les Misérables de Victor Hugo, peuvent avoir une mauvaise influence sur son fils. Le 24 mai 1870, dans l'espoir d'être publié dans le Parnasse contemporain, Arthur envoie à Théodore de Banville : Sensation, Ophélie et Credo in Unam (première version de Soleil et Chair), mais n'obtient pas de réponse favorable, l'année suivante il enverra à Banville l'impertinent: Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs.
Lorsqu'en juillet la France entre en guerre avec la Prusse, les Ardennes sont en état de siège. Privé de journaux et de livres que les libraires ne reçoivent plus, Arthur s'ennuie ferme dans sa ville qu'il juge: "supérieurement idiote entre toutes les petites villes de province".

Le 29 Août, Arthur fugue une première fois et gagne Paris où il est arrêté à sa descente de train, sans billet ni argent, et incarcéré à la prison de Mazas. Libéré sur l'intervention d'Izambard, il s'en va passer une quinzaine de jours à Douai, chez les vieilles tantes de son professeur, les demoiselles Gindre où il commence à recopier ses poèmes. Tout juste rentré à Charleville (le 25 septembre), Arthur s'enfuit à nouveau le 7 octobre, à pied cette fois, jusqu'à Charleroi puis Bruxelles avant de revenir chez les demoiselles Gindre à Douai. Là, il termine de recopier ses poèmes à l'intention de Paul Demeny, un jeune poète que lui a présenté Izambard et qui vient d'être publié. Le 1er novembre, sa mère le fait ramener de force au domicile par la police. L'école étant fermée, Arthur mène, fin 1870, une vie d'oisiveté et de lectures interrompues par de longues balades avec son ami Delahaye. Le 25 février 1871, il s'enfuit de nouveau à Paris, mais n'ayant pas un sou en poche il finit par rentrer à pied à Charleville le 10 mars.

La Commune est proclamée le 18 mars à Paris. Arthur prend parti pour les insurgés et écrit quelques poèmes "communard" comme Chant de Guerre Parisien, Les Mains de Jeanne-Marie, Paris se repeuple, cependant on ignore encore aujourd'hui si Rimbaud a réellement participé à la Commune. Certains biographes pensent qu'il s'est engagé dans les corps-francs et a séjourné à la caserne de Babylone (ou il aurait été victime de violences intimes ?), toutefois, sa correspondance laisse plutôt penser que son désir de participer aux évènements n'a pas pu se réaliser: "...les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais, je suis en grève.".

Quoi qu'il en soit, c'est un Rimbaud révolté et anarchiste qui envoi de Charleville le 13 et 15 mai les fameuses lettres dites" du Voyant ", la première est adressée à Georges Izambard et la seconde à Paul Demeny. Dans ces deux lettres Rimbaud expose son programme poétique à savoir "...un long et raisonné dérèglement de tous les sens.", étape par laquelle le poète doit passer pour accéder à l'inconnu et trouver du nouveau. A Charleville, Rimbaud qui travaille à se "rendre voyant", boit, s'encanaille et scandalise son entourage.La rencontre avec Verlaine reste cruciale et va pousser Rimbaud très loin dans sa recherche poétique. Cependant, leur relation outrageuse et passionnée ne durera pas.
C'est sur les conseils d'Auguste Bretagne, un employé aux contributions indirectes de Charleville épris de poésie et ami de Paul Verlaine, que Rimbaud envoi, fin août, quelques un de ses poèmes à l'auteur des "Fêtes galantes". Séduit, Verlaine l'invite à le rejoindre à Paris en des termes enthousiastes: "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ". A la mi-septembre, Arthur part à Paris avec en poche son poème Le Bateau Ivre. Si Verlaine accueil le jeune voyant à bras ouverts, sa belle famille (Verlaine qui vient juste de se marier avec Mathilde Mauté vit encore chez ses beaux-parents) ne supporte pas l'attitude outrageante d'Arthur qui finit par se faire héberger par les amis de Paul comme Banville, Charles Cros ou encore Ernest Cabaner. Verlaine emmène son jeune protégé au dîner des Vilains Bonshommes au cours duquel Rimbaud déclame son poème marin et impressionne la communauté parnassienne. Les deux hommes fréquentent aussi le cercle des poètes Zutiques, fondé par Charles Cros, qui se réunit à l'Hôtel des Etrangers, boulevard Saint-Michel, et collaborent à l'Album collectif du groupe. Cependant, l'attitude méprisante de Rimbaud envers les autres poètes ainsi que sa liaison scandaleuse avec Verlaine vont conduirent peu à peu à son exclusion du milieu littéraire Parisien.

Rimbaud et Verlaine hantent les cafés du Quartier Latin se saoulent à l'absinthe et mènent une vie dissolue. En janvier 1872, victime de violences conjugales, Mathilde s'enfuit à Périgueux avec son fils. Affecté par ce départ, Verlaine promet à sa femme de rompre avec Rimbaud, qui repart pour Charleville en mars, et de reprendre la vie conjugale. Elle accepte et revient à Paris, mais Rimbaud aussi. Il loge à l'hôtel rue Monsieur le Prince puis à l'hôtel de Cluny où il écrit Fêtes de la patience et raconte sa vie nocturne dans ses lettres à Delahaye. Agacé par les démêlés conjugaux entre Paul et Mathilde il décide de rompre avec Verlaine et de quitter Paris. C'est en allant poster sa lettre de rupture que Rimbaud rencontre par hasard Verlaine et lui fait part de sa décision, Verlaine abandonne tout et le suit à Bruxelles. En juillet 1872, Mathilde, accompagné par sa mère arrive à Bruxelles pour convaincre Verlaine de rentrer à la maison, celui-ci accepte mais à la gare il leur fausse compagnie et s'enfuit avec Rimbaud.

C'est lors de leur passage à Ostende que Rimbaud voit la mer pour la première fois, ils partent ensuite pour Douvres puis Londres. Ils retrouvent là bas des communards exilés, comme Eugène Vermersh et Félix Regamey qui les aident à s'installer près de Soho, 34 Howland Street. Rimbaud écrit de nombreux poèmes, sans doute les premières proses des Illuminations tandis que Verlaine compose ses Romances sans Paroles. Tourmenté par le procès en séparation de corps que Mathilde vient de lui intenter, Verlaine est accablé de remords et en pleine crise de conscience. Arthur fait appel à sa mère qui lui conseil de revenir à Charleville, il rentre fin décembre. Trois semaines plus tard, Verlaine malade appel au secours. Retour à Londres avec la mère de Verlaine cette fois. Paul et Arthur reprennent alors leur existence précaire faite d'études, de ballades et de cours de français qu'ils donnent pour survivre. Le 4 avril, Verlaine quitte Londres dans l'espoir de se réconcilier avec sa femme, mais elle refuse tout contact. Arthur rentre à Roche le 11 avril. De cette période datent les premiers textes d' "Une Saison en Enfer" qui s'appelle alors Livre Païen, ou Livre Nègre.

Austin Jack

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